Stratégie d’achat d’aliments québécois: «strict minimum», selon Québec solidaire

QUÉBEC — Les écoles, les hôpitaux, les garderies et autres établissements sous la responsabilité de l’État devront tous s’être fixé une cible d’achat de produits locaux d’ici 2025.

C’est ce qu’a annoncé mardi le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, lors de la présentation de sa Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois.

Une stratégie tout à fait «enlevante», s’est réjoui le ministre, tandis que la porte-parole de Québec solidaire en matière d’agriculture, Ruba Ghazal, la qualifiait de «strict minimum».

«Que nos institutions publiques aient des cibles d’achat local en 2020, c’est vraiment le strict minimum. Ça aurait dû être fait il y a plus de dix ans», a-t-elle réagi. 

Le ministre Lamontagne souhaite que d’ici 2023, 85 % des institutions publiques se soient dotées d’une cible d’achat de produits locaux au sein de leurs services alimentaires. Elles devront choisir elles-mêmes leur cible.

À l’heure actuelle, environ 45 % des aliments achetés par les institutions publiques provinciales ont été produits au Québec, évalue-t-il, en disant espérer faire passer ce taux global à 60 % d’ici cinq ans.

«Concrètement pour le secteur agricole, c’est 180 millions $ de plus de ventes agricoles. Si on veut traduire en termes d’emplois, à terme ça représente 3000 emplois directs et indirects», a-t-il déclaré.

Le gouvernement Legault vise une plus grande autonomie alimentaire. Il a campé son annonce mardi sous le signe de la «mobilisation» et s’est dit prêt à accompagner les institutions publiques.

Pour l’heure, les institutions qui ne font «pas vraiment d’efforts» achètent environ 30 % de produits québécois. Celles qui sont «le moindrement organisées» peuvent dépasser la barre du 50 %, a souligné M. Lamontagne.

Le gouvernement prévoit six mesures d’accompagnement:

– la création d’un service d’accompagnement en collaboration avec l’Institut national de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ);

– la création du Répertoire des aliments québécois pour permettre d’identifier et de mieux connaître les produits alimentaires québécois;

– un nouveau Programme de développement des marchés bioalimentaires;

– le programme de reconnaissance Aliments du Québec au menu;

– une aide financière de 900 000 $ accordée à l’organisation M361 pour soutenir les établissements scolaires dans la réalisation de projets favorisant l’achat d’aliments québécois;

– un comité regroupant les principaux ministères responsables.

Le «vrai problème»

Québec solidaire appelle toutefois le gouvernement à s’attaquer au «vrai problème», celui des accords de libre-échange et des processus d’appels d’offres centralisés «qui favorisent les gros joueurs, souvent étrangers». 

«Si on ne veut plus offrir des pommes des États-Unis ou des tomates de l’Ontario dans nos CHSLD, le gouvernement va devoir aller plus loin et s’attaquer aux règles du jeu qui défavorisent nos petites entreprises locales», a plaidé Mme Ghazal.

Le ministre Lamontagne répond qu’il est possible de «diriger un peu» le contenu des appels d’offres. «Par les libellés que l’on met dans les contrats, comme la question de l’environnement ou du réchauffement climatique, il y a toutes sortes d’aspects qu’on peut venir joindre dans les contrats tout en respectant les traités.»

«Un grand pas»

La Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois a été somme toute généralement bien accueillie mardi.

«Plusieurs gouvernements ont tenté d’augmenter l’achat d’aliments québécois dans nos institutions, mais c’est la première fois que des cibles précises sont exigées, s’est réjoui le président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau. C’est une bonne nouvelle, d’autant plus que l’ensemble de l’appareil gouvernemental est directement interpellé.»

L’UPA dit être d’avis que le fractionnement des appels d’offres faciliterait l’accès aux fournisseurs locaux. Elle a prévenu le gouvernement qu’il «s’approprie» désormais une «obligation de résultat que les productrices et producteurs agricoles suivront avec grande attention».

De son côté, le groupe environnemental Équiterre affirme que le gouvernement effectue là «un grand pas en avant». «La stratégie (…) permettra de déployer des moyens concrets pour retrouver plus d’aliments sains, locaux et écoresponsables dans nos institutions publiques», a déclaré sa directrice générale, Colleen Thorpe. 

«L’achat alimentaire institutionnel est complexe et présente beaucoup de défis. C’est toutefois encourageant de constater qu’il y a non seulement de la volonté politique du gouvernement, mais qu’il se dote aussi d’outils pour atteindre ses objectifs.»

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