Suite de l’attentat: Couillard veut aborder les enjeux autrement

QUÉBEC – La tragédie survenue dimanche dans une mosquée de Québec devrait inciter les parlementaires à aborder les enjeux identitaires d’une autre façon, selon le premier ministre Philippe Couillard.

En marge d’un caucus de deux jours des députés libéraux réunis en vue de préparer la rentrée parlementaire de mardi prochain, M. Couillard s’est montré prudent, jeudi, sur la suite des choses, sur le plan politique, insistant sur le fait qu’au cours des prochains jours la politique devait céder le pas au recueillement et à la solidarité avec la communauté musulmane.

Il a dit qu’il ne se laisserait pas distraire par l’actualité politique et d’autres enjeux dans les jours qui viennent.

Les travaux du caucus, normalement consacrés au menu législatif, ont été perturbés à la fois par la tragédie survenue à la mosquée et par l’annonce selon laquelle l’ex-député libéral Gerry Sklavounos ne ferait l’objet d’aucune accusation relative aux allégations d’agression sexuelle qui pesaient contre lui.

En milieu de matinée, M. Couillard a quitté le caucus pour prendre la route vers Montréal et assister à la cérémonie tenue en guise d’appui à la communauté musulmane, en hommage aux victimes de l’attentat qui a fait six morts et une quinzaine de blessés. Vendredi, il assistera à une autre cérémonie semblable tenue cette fois à Québec.

Dans un deuxième temps, la tragédie devra permettre de réfléchir à la fois sur les façons de s’exprimer sur l’enjeu de la laïcité et la façon d’aborder cette question, «mais pas pour cette semaine», a-t-il dit, lors d’une mêlée de presse, avant de rejoindre ses députés tôt jeudi matin.

«On a avantage, pour ce qui est des acteurs politiques, à bien réfléchir à la façon dont on nomme les enjeux, et parfois même à la façon dont on commence à les aborder», a-t-il ajouté.

Chose certaine, la prochaine session sera marquée notamment par l’étude article par article du controversé projet de loi 62, qui impose le visage découvert pour donner ou recevoir des services de l’État.

En principe, le gouvernement espère faire adopter ce projet de loi avant l’ajournement de juin.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui parraine le projet de loi, a promis de présenter bientôt des amendements à sa législation, mais refuse d’en révéler la teneur.

Malgré les critiques de l’opposition, la ministre entend maintenir le cap et laisser intact l’esprit du projet de loi 62, qui ne prévoit aucune interdiction relative au port des signes religieux. Cela laisse entendre que les amendements seront mineurs.

«Je n’ai pas l’intention de m’écarter de l’esprit du projet de loi», a tranché Mme Vallée, jeudi matin lors d’une mêlée de presse.

Elle a rappelé que tous les débats abordant les questions d’immigration et les questions identitaires devaient se faire avec «calme» et «se placer au-dessus de la mêlée».

Quant aux échéances à prévoir, la ministre est d’avis qu’à la suite de l’attentat, il valait mieux «laisser la poussière retomber», sans précipiter l’étude du projet de loi, mais «sans présumer qu’il y a un report aux calendes grecques» non plus.

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a nié avoir négligé de donner suite à une rencontre tenue en septembre avec des groupes de confession musulmane venus le sensibiliser aux problèmes rencontrés par leur communauté.

Le Devoir rapportait jeudi que ces groupes étaient venus exprimer leurs craintes devant la montée de l’extrême droite islamophobe au Québec et lui avaient remis un document contenant des recommandations, mais déploraient qu’il n’y ait pas eu de suite concrète.