Surdité professionnelle: des exclus de la réforme de Jean Boulet

QUÉBEC — Des milliers de travailleurs atteints de problèmes d’ouïe ne pourront plus obtenir de l’aide en vertu de la réforme de la santé et de la sécurité du travail du gouvernement Legault.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, fait valoir que les coûts en matière de surdité professionnelle ont «explosé», passant de 40 millions $ à 160 millions $, et qu’il faut donc mettre fin au «statu quo intolérable».

Le projet de loi 59 impose ainsi des barrières à l’assistance par rapport aux règles d’admissibilité actuelles, mais cela pourrait accentuer la détresse et l’isolement des travailleurs affectés, s’inquiète un groupe de cliniques rattaché au réseau public 

Le groupe Lobe fait du lobbying pour que le projet de loi 59 qui est actuellement à l’étude soit modifié. Car personne ne réclame un appareil auditif par coquetterie, plaide-t-on. 

«On doit être un porte-voix pour ces milliers de travailleurs, a commenté le président du groupe Lobe, Martin Cousineau, dans une entrevue avec La Presse Canadienne diffusée lundi. Ce sont des impacts humains importants.»

En vertu des nouveaux critères proposés, une demande d’ouverture de dossier sur six à la CNESST serait refusée (16,5 %), selon l’estimation de M. Cousineau. Cela représenterait 21 millions $ en indemnités refusées. 

Handicap

Actuellement, un travailleur peut avoir droit à une «assistance médicale» sur recommandation d’un médecin, un handicap en fonction de la «difficulté ressentie», même si sa surdité est en deçà des barèmes, «parce que la difficulté est relative à chaque individu», a expliqué le patron de Lobe.   

Or le projet de loi introduit des seuils qui ne reposent aucunement sur des données scientifiques, a-t-il déploré.  

«C’est unanime dans le monde de la santé auditive. On se questionne tous sur la provenance de ces chiffres. (…) Ça va à l’encontre des données scientifiques probantes récentes.»

Le président du groupe Lobe propose donc une solution: les nouveaux critères doivent être évalués et établis par le comité scientifique que le projet de loi prévoit de mettre en place.

Vieillissement et exception

En outre, le projet de loi prévoit aussi d’empêcher un travailleur retraité de solliciter une indemnisation pour une perte d’audition qui serait causée par le vieillissement. 

Toutefois il est démontré qu’il s’écoule en moyenne sept ans entre le moment où quelqu’un détecte une perte d’audition et une consultation. 

Le groupe Lobe réclame une exception: si un travailleur a documenté pendant sa carrière une perte d’audition grâce à des examens auditifs, plus tard au cours de sa vie il pourrait se prévaloir du régime d’indemnisation. 

M. Cousineau a rencontré le cabinet du ministre du Travail, Jean Boulet, qui pilote cette réforme. 

Traumatismes et acouphènes

Enfin, il demande que la réforme tienne compte de la surdité causée par des produits toxiques, ou des traumatismes sonores, ou des acouphènes. 

On estime qu’entre 287 000 et 350 000 travailleurs sont exposés à des niveaux de bruit suffisamment élevés pour être sujets à développer une surdité professionnelle. 

«Les conséquences de troubles d’audition non reconnus sont lourdes», a expliqué M. Cousineau.  

«Cela se traduit par des fatigues cognitives, de l’isolement social, une diminution de la qualité de vie, de la détresse psychologique. C’est loin d’être négligeable, car on vit dans un monde de communication.»

Jean Boulet réagit

Le gouvernement soutient que son projet de loi ne fait qu’assurer une équité en s’alignant sur ce que d’autres gouvernements font.  

L’État ne peut plus indemniser la «surdité personnelle», par exemple un retraité qui n’est plus à l’emploi depuis plus de cinq ans et qui est âgé de plus de 60 ans, a justifié Jean Boulet, en entrevue téléphonique. 

«Ce sont des avancées considérables, c’est sûr qu’il y en a que ça peut heurter», a-t-il reconnu.

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