Au centre d’une controverse, Claude Surprenant est exclu du caucus de la CAQ

SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU, Qc – Aux prises avec une succession de tuiles qui lui tombent sur la tête depuis quelques jours, le chef caquiste François Legault a décidé de suspendre temporairement de son caucus un député visé par des allégations embarrassantes.

En concluant un caucus de ses députés dominé par les questions entourant les dépenses de Claude Surprenant, M. Legault a déclaré que ce retrait était nécessaire le temps d’une enquête du commissaire à l’éthique Jacques Saint-Laurent.

«Je veux pouvoir regarder les Québécois en pleine face et leur dire que la CAQ est un parti intègre», a-t-il dit aux journalistes, mardi.

M. Surprenant est au centre d’une controverse qui a commencé il y a une semaine à la suite de révélations d’une employée qu’il a congédiée.

Julie Nadeau, que le député accuse d’avoir détourné 9500 $ du budget de fonctionnement de son bureau, a accusé M. Surprenant d’avoir pris des libertés avec les règles encadrant les dépenses des élus.

Cette succession d’informations a pris la Coalition avenir Québec (CAQ) de court car M. Surprenant a chaque fois assuré qu’il n’y avait pas d’autres rebondissements, a indiqué M. Legault dans une conférence de presse.

«À chaque jour, il y a une nouvelle information qui s’accumule et dans l’ensemble, on ne peut pas tolérer de garder Claude avec nous dans le caucus», a-t-il dit.

M. Legault a expliqué que cette somme de doutes entourant la gestion de M. Surprenant l’a incité à exiger son départ temporaire.

«S’il y en avait eu un, s’il y en avait eu deux, mais là il y en a trois, il y en a quatre, il y en a cinq», a-t-il dit.

Plus tôt en journée, M. Surprenant avait déjà été rétrogradé par son chef François Legault dans ses fonctions parlementaires.

Lundi, M. Legault avait pris la défense de son député, en plaidant qu’il avait fait des «erreurs de bonne foi», notamment lorsqu’il a fait une fausse déclaration pour réclamer des frais de déplacement.

M. Surprenant a ensuite révélé qu’il avait donné un contrat à sa conjointe architecte pour l’aménagement de son bureau.

Le chef caquiste était plus critique, mardi, au moment de l’annonce que son député siégerait désormais comme indépendant, jusqu’à la fin de l’enquête du commissaire Saint-Laurent.

«Je lui souhaite de laver sa réputation avec le commissaire à l’éthique, a-t-il dit. (…) Ça vient jouer sur la crédibilité, qu’on le veuille ou non. Une erreur de bonne foi, c’est pas la même chose que cinq erreurs de bonne foi.»

La découverte qu’un séjour avec ses enfants, remboursé par l’Assemblée nationale, avait été fait à Québec en plein été a changé la donne, a expliqué M. Legault.

«J’ai posé la question à quelques employés de l’Assemblée nationale qui ne se rappellent pas l’avoir vu au bureau ce jour-là», a-t-il dit.

Lundi, la CAQ avait affirmé que M. Surprenant était allé à son bureau afin de travailler sur le dossier de l’entreprise Uber.

Jusque-là, la CAQ ignorait la date de ce séjour au milieu des vacances de la construction, a indiqué le chef caquiste.

«Ça explique la décision que j’ai prise aujourd’hui», a-t-il dit

Selon le chef caquiste, les faits qui s’accumulent sèment le doute sur la possibilité que d’autres éléments pourraient susciter la controverse.

«Encore une fois (mardi) matin il nous a dit qu’il n’y avait pas d’autre chose, a-t-il dit. Mais il nous avait dit ça hier, avant-hier, avant avant-hier», a-t-il dit.

Le député avait perdu ses titres de responsable des transports ainsi que des mines et forêts, mardi matin. M. Legault a consulté le caucus en l’absence de M. Surprenant avant de prendre la décision de le suspendre.

M. Surprenant avait notamment dû rembourser à l’Assemblée nationale près de 500 $ pour de fausses réclamations de frais de kilométrage alors qu’il faisait du covoiturage avec un autre député, durant l’hiver 2015.

Il a soutenu lundi ne pas avoir profité financièrement de sa décision de donner un contrat de 700 $ à sa conjointe, au printemps 2014, pour lequel il soutient avoir reçu l’autorisation de l’Assemblée nationale.

Le député Éric Caire avait affirmé mardi que la controverse entourant les dépenses de M. Surprenant nuit au discours d’intégrité et de rigueur budgétaire défendu par la CAQ.

«Je ne cautionne pas ce que Claude a fait, ce n’est pas éthique, a-t-il dit en point de presse. Ce qu’il a fait, je ne le cautionne pas.»

M. Caire, porte-parole des dossiers du Conseil du trésor, a affirmé que les règles de l’Assemblée nationale devraient être changées afin d’empêcher les apparences de conflits d’intérêts comme celles soulevées par le contrat donné à la conjointe de M. Surprenant.

«Pour des raisons d’apparences, je vous dirais oui, a-t-il dit. Et là je donne une opinion personnelle. Je trouve ça triste, parce que ça veut dire que des gens compétents, du fait de leurs liens de sang, pourraient se voir disqualifiés, alors que les compétences sont au rendez-vous.»