Sylvain Gaudreault: un petit quelque chose de René Lévesque

QUÉBEC — Il y a un petit quelque chose de René Lévesque dans le nouveau candidat à la direction du Parti québécois (PQ), Sylvain Gaudreault.

C’est ce qu’a laissé entendre un doyen du mouvement souverainiste, Marc-André Bédard, lundi, au lancement de la campagne à la chefferie de M. Gaudreault dans sa circonscription de Jonquière. M. Gaudreault est le premier à se lancer dans la course, mais d’autres sont pressentis, comme Paul Saint-Pierre Plamondon et Frédéric Bastien.

M. Bédard était un compagnon de route du premier ministre René Lévesque et a été son ministre de la Justice de 1976 à 1985. Son fils Stéphane a également été ministre péquiste.

M. Lévesque était un «passionné de l’information qui respectait la démocratie», a affirmé M. Bédard dans une entrevue avec La Presse canadienne.

«Il m’a souvent dit: Marc-André, l’important, c’est d’informer les gens, après ça, ils sont capables de prendre leur décision», a-t-il relaté.

Ainsi, M. Bédard a dressé un parallèle avec M. Gaudreault, qui dit avoir adhéré totalement au résultat du dernier congrès du PQ à Trois-Rivières, où les militants ont remis le cap résolument sur l’indépendance.

Selon M. Bédard, à l’instar de M. Lévesque, le nouvel aspirant chef veut donc informer la population sur l’indépendance.

«M. Gaudreault accepte cette voie, à mon sens, où la personne qui fait l’indépendance importe peu», a-t-il commenté.

«C’est le résultat qui compte. Comme un bateau qui s’engage sur la mer, s’il ne décide pas vers quel port il veut aller, il va se faire travailler par tous les vents et va aller dans toutes les directions. Mais si tu sais vers où tu vas, tu auras des moments difficiles, mais aussi d’autres où le vent va te porter.»

M. Bédard a toutefois refusé de comparer le style de M. Lévesque, de Jacques Parizeau ou de M. Gaudreault.

«Chacun a sa manière de performer», a-t-il conclu.

Le nouvel aspirant à la direction du PQ a tenté de démontrer qu’il pouvait faire le pont entre les militants de la première heure et la garde montante.

Outre M. Bédard, d’autres doyens du mouvement souverainiste étaient présents, notamment l’ancien ministre Guy Chevrette, en plus des ex-députés Jeanne Blackburn et Francis Dufour.

Il y avait beaucoup de têtes grises parmi les partisans, mais aussi des jeunes. On retrouvait des figures nouvelles de l’indépendantisme, comme la députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry-Mélançon, le nouveau député bloquiste de Jonquière, Mario Simard, ou l’ancien candidat péquiste dans Lac-Saint-Jean, William Fradette, maintenant président d’une association de circonscription.

Selon son entourage, M. Gaudreault a des appuis dans toutes les régions du Québec, même si le parti est confiné dans l’Est depuis la défaite électorale d’octobre 2018.

Selon Mme Perry-Mélançon, M. Gaudreault a ce qu’il faut pour rallier les jeunes indépendantistes.

«Il a un réseau de contacts assez impressionnant, il sait comment garder les gens près de lui, demander conseil, valider l’information, a-t-elle affirmé à La Presse canadienne. Il va prendre en considération l’opinion de tous, surtout des jeunes.»

Titulaire du dossier de l’environnement et des changements climatiques depuis son retour dans l’opposition en 2014, M. Gaudreault a dit miser non seulement sur un discours indépendantiste décomplexé, mais sur un Québec vert, environnementaliste, tourné vers la transition écologique — un enjeu fait mouche chez les jeunes électeurs, comme en témoigne par ailleurs Québec solidaire.

Il est «très crédible, pour mener à terme notre objectif final, l’indépendance», a conclu Mme Perry-Mélançon.

«Avec la clarté du message (indépendantiste), il va aller chercher beaucoup d’adhésion, beaucoup de nouveaux membres, il provoque le respect», a soutenu Guy Chevrette dans un entretien. Il a d’abord connu M. Gaudreault il y a longtemps quand il était encore jeune militant.

«Il a la politique dans l’âme, a poursuivi M. Chevrette. Ce qui m’épate chez lui, c’est le « rationnel », la vision globale, qui fait appel à la collaboration et la participation, au lieu d’un discours axé sur sa personne. Ce n’est pas un gars de confrontation.»

Dans son discours, M. Gaudreault a exhibé sa «petite carte bleue», sa carte de membre, qui ne l’a pas quitté depuis 1987, a-t-il témoigné. À cette époque, il ne pensait pas que cette carte du PQ allait le mener aussi loin.

«Je ne croyais pas qu’un jour je me présenterais devant vous pour dire que je veux en devenir le chef», a-t-il lancé sous les applaudissements.