Syrie: des milliers de civils ont été «détenus arbitrairement», selon l’ONU

GENÈVE, Suisse — Des dizaines de milliers de civils ont été «détenus arbitrairement» dans le cadre de disparitions forcées pendant les dix années de guerre civile en Syrie, prévient une commission onusienne dans un rapport dévoilé lundi. Le sort de plusieurs d’entre eux demeure inconnu.

Des milliers d’autres personnes ont été torturées ou victimes de violence sexuelle, des gestes qui peuvent correspondre à des crimes de guerre, a dit la Commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie.

La commission publie régulièrement des rapports concernant les atteintes possibles aux droits de la personne depuis le début de la guerre civile.

Le document affirme que le régime syrien a arbitrairement arrêté et détenu des individus et commis «des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dans le contexte de leur détention». D’autres participants au conflit ont aussi commis des crimes en privant illégalement et arbitrairement des individus de leur liberté, ajoute le rapport.

Des groupes rivaux auraient commis des atrocités depuis l’éclatement du conflit syrien en mars 2011. Ils ont leurs propres prisons où les droits des détenus seraient largement violés.

Le conflit a fait quelque 500 000 morts et déplacé la moitié des 23 millions de personnes que comptait le pays avant la guerre, dont cinq millions qui ont trouvé refuge à l’étranger. De vastes pans du pays ont été détruits et des dizaines de milliers de personnes habitent des camps de tentes.

Le rapport de plus de 30 pages s’appuie sur 2658 entretiens réalisés avec des témoins et des victimes entre 2011 et la fin de 2020, en plus de photos, de vidéos, d’images satellitaires, de documents officiels et de rapports provenant de différentes sources.

Des crimes et des exactions auraient été commis par pratiquement tous ceux qui ont contrôlé un territoire en Syrie depuis 2011.

«L’ampleur des preuves colligées depuis une décennie est époustouflante, et pourtant les participants au conflit, à part quelques exceptions, n’ont jamais enquêté sur leurs propres forces», a déploré la commissionnaire Karen Koning AbuZayd.

«On semble accorder plus d’importance à camoufler les crimes commis dans les établissements de détention, plutôt qu’à faire enquête», a-t-elle ajouté.

Le rapport souligne «l’ampleur énorme des détentions» et des crimes commis par le régime du président Bachar el-Assad. Il dénonce aussi les détentions effectuées par différents groupes rebelles, dont certains sont appuyés par les États-Unis. D’autres sont reliés à Al-Qaïda et à Daech et ont désignés organisations terroristes par les Nations unies.

Le sort de dizaines de milliers de civils qui ont été victimes de disparitions forcées aux mains des forces du régime syrien, dans certains cas il y a près de dix ans, demeure inconnu, selon le rapport. Plusieurs seraient morts ou auraient été exécutés, tandis que d’autres demeureraient détenus dans des conditions inhumaines.

«Des centaines de milliers de membres des familles des disparus ont le droit de connaître la vérité au sujet du sort de leurs proches», a dit le président de la commission, Paulo Pinheiro.

La commission demande au gouvernement syrien d’adopter des mesures urgentes pour faire la lumière sur le sort des disparus. Il exhorte tous les participants au conflit à mettre fin et à prévenir les violations, à libérer immédiatement des groupes spécifiques de détenus, à permettre une supervision indépendante des conditions de détention et à fournir de l’aide aux victimes.

– Par Jamey Keaten et Bassem Mroue, The Associated Press

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