Télescope de Trente Mètres: le Canada appelé à retirer son soutien au projet

OTTAWA — L’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique appelle le Canada à retirer son soutien financier dans le projet de construction d’un nouveau télescope massif à Hawaï, qui sera érigé sur des terres considérées comme sacrées par les Autochtones d’Hawaï.

Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre Justin Trudeau et au gouverneur d’Hawaï, David Ige, l’organisation a demandé de mettre fin à la construction du Télescope de Trente Mètres et a incité le Canada à retirer ses billes du projet.

En avril 2015, l’ancien gouvernement conservateur avait annoncé qu’il investirait jusqu’à 243,5 millions $ dans le projet sur une période de dix ans.

Le Conseil national de recherches du Canada est un partenaire à part entière dans ce plan, aux côtés de l’Institut de technologie de la Californie, de l’Université de la Californie et des autorités scientifiques de l’Inde, de la Chine et du Japon.

Les obstacles réglementaires du projet ont été levés il y a deux semaines.

Mais l’opposition au télescope est de plus en plus vive, alors que des manifestants ont bloqué cette semaine le sommet du Mauna Kea. Le nouveau télescope s’ajouterait à 13 autres observatoires déjà établis sur le pic volcanique — un endroit rêvé pour les astronomes en raison de sa faible pollution lumineuse.

Mardi, un juge a rejeté une motion présentée par des opposants au projet qui cherchaient à obtenir une ordonnance d’interdiction temporaire afin d’interrompre la construction. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées pour avoir bloqué le site.

Obstacle à la réconciliation

L’appui du gouvernement fédéral au télescope va à l’encontre de son engagement en faveur de la réconciliation avec les peuples autochtones, selon l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique. L’organisation appelle également le gouverneur d’Hawaï à veiller à ce que l’État respecte et protège le droit des Kanaka Maoli d’être les gardiens de leurs terres et de leurs eaux. Les Kanaka Maoli sont des Autochtones établis à Hawaï.

«Le profond attachement émotionnel, culturel et spirituel des Kanaka Maoli au Mauna Kea doit être honoré», ont-ils soutenu.

Le Canada respecte les droits de tous les gens qui expriment leur opinion de façon pacifique, a rétorqué le Conseil national de recherches du Canada, ajoutant que des centaines de consultations avaient eu lieu depuis 2003.

«(Nous) avons pris grand soin d’identifier le meilleur emplacement pour le (télescope), afin d’avoir un impact minimal par respect pour la riche histoire ancestrale de Mauna Kea et les croyances spirituelles de la culture autochtone», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le bureau de la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, a affirmé que le gouvernement croyait à la tenue de consultations constructives avec les peuples autochtones et soutenait la liberté d’expression et les manifestations pacifiques.

«Notre priorité est la santé et la sécurité de toutes les personnes impliquées, et nous espérons que toutes les parties agiront de manière respectueuse et responsable lorsqu’elles œuvreront en faveur d’une résolution», a-t-on indiqué dans une déclaration.

La décision de financer le télescope a été prise en 2015 par le gouvernement précédent, a rappelé le bureau de la ministre, ajoutant qu’il surveillait la situation de près.