Télésièges, chalets et événements: les stations de ski se réinventent

«On roulait à pleine vapeur. Les remontées étaient pleines. Et on a annoncé au micro: « Ça y est. Dernière journée de ski. » Ça a fermé violemment autant pour les travailleurs que pour les clients.»

Le président de Ski Saint-Bruno, Michel Couture, se souvient du dimanche 15 mars comme si que c’était hier, alors que le premier ministre François Legault annonçait la fermeture des stations de ski au début de la lutte contre la pandémie.

Comme toutes les stations, il a passé l’été à réfléchir et élaborer des scénarios. Télésièges, chalets et services de restauration, tout est en train d’être revu à la lumière des règles sanitaires.

«À peine à 45 jours des premières ouvertures des stations de ski», M. Couture «attend d’urgence» que la santé publique approuve la «fiche sectorielle» soumise par l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ) qui dictera les mesures qu’il devra mettre en place pour le bon déroulement de la prochaine saison.

«Tout progresse rapidement. Il y a des changements à chaque jour», a déclaré Camille Chapdelaine, une porte-parole de l’ASSQ, un regroupement de 70 stations partout au Québec.

L’association refuse de communiquer les mesures proposées et dit plutôt vouloir «partager les informations officielles et non les informations qui vont se développer ou être modifiées».

D’autres stations, dont celle du Mont-Orford dans les Cantons-de-l’Est, ont décliné la demande d’entrevue de La Presse Canadienne au sujet des nouvelles normes, référant plutôt à leur association.

La diffusion rapide du guide «nous aiderait dans la vente des abonnements», a noté Hélène Bélisle, une porte-parole de Bromont, montagne d’expérience, tout en indiquant être «patiente» et faire «pleinement confiance» à l’ASSQ.

Remontées mécaniques

Chez Ski Saint-Bruno, Michel Couture se demande s’il devra restreindre la capacité des remontées mécaniques. Il se croise les doigts pour que la santé publique autorise les skieurs à embarquer comme à l’habitude s’ils portent une cagoule et des lunettes de ski.

Ce qui est discuté avec la santé publique penche toutefois pour qu’il y ait deux passagers, chacun aux extrémités des télésièges de quatre places, a-t-il indiqué, ce qui serait «une option plus restrictive».

Advenant que les télésièges doivent accueillir moins de personnes, les stations de ski envisagent-elles de limiter la capacité du site pour éviter que de gigantesques files d’attente ne se forment?

«Si c’est ce qu’on nous suggère, on le fera, mais si on ne nous le recommande pas, on n’ira peut-être pas là», a répondu la porte-parole de la station de ski de Bromont.

Beaucoup de stations de ski sont équipées de tapis roulants extérieurs pour la remontée. Dans ces cas-là, la distanciation physique de deux mètres se fait naturellement par la distance des skis.

Les files d’attente ont cependant été ajustées dans certaines stations pour s’assurer qu’il y ait une distance de deux mètres entre les personnes particulièrement sur les côtés, a indiqué M. Couture.

Des logiciels de réservation en ligne seront aussi en place. «On va contrôler les volumes. On va répartir l’achalandage beaucoup mieux pour éviter des périodes de pointe qui pourraient créer de l’insatisfaction à la clientèle.» Ultimement, il prédit que l’expérience sera même meilleure qu’avant.

À Bromont, les détenteurs d’un abonnement auront la priorité et le nombre de billets sera contrôlé. Ils devront d’ailleurs obligatoirement être achetés en ligne.

Se réchauffer à l’extérieur

Les chalets et autres espaces intérieurs représentent «une grande préoccupation» pour les opérateurs, a mentionné M. Couture, étant donné que ces bâtiments ont des capacités bien plus limitées que les grands territoires extérieurs en plein air et que «le deux mètres, ça change les capacités».

Les skieurs pourront rentrer pour se rendre aux toilettes, mais ceux qui voudront boire un chocolat chaud ou déguster une soupe par exemple devront la prendre «pour emporter» à l’extérieur.

Selon M. Couture, grâce aux avancées technologiques dans les vêtements, «les gens sont mieux habillés qu’avant» et rester dehors n’est «pas généralement un gros problème». La station compte s’assurer de protéger ses visiteurs du vent et installer des lampes à infrarouge qui diffusent de la chaleur.

La distanciation physique sera aussi respectée à Bromont, ce qui réduira «considérablement» le nombre de places assises. Les effets personnels ne pourront pas être déposés dans les chalets et des casiers ne pourront pas être loués puisque la façon dont ils sont disposés ne permet pas la distanciation.

L’offre de restauration «a été revue afin d’assurer un meilleur mouvement, d’éviter que la clientèle ait à manipuler des ustensiles de service», a indiqué la porte-parole Hélène Bélisle.

Les skieurs pourront-ils manger à l’intérieur? «Tout dépendra» des règles gouvernementales sur la restauration.

Des espaces extérieurs seront aménagés — des chapiteaux et conteneurs sont envisagés — «pour augmenter le nombre de places assises et pour pouvoir accommoder ceux qui sont peut-être moins à l’aise de se trouver à l’intérieur du chalet».

À Ski Saint-Bruno, on dit ne pas s’attendre à un hiver extraordinaire, même si la météo et la neige seraient au rendez-vous. Les règles sanitaires, les craintes de la population et l’annulation des groupes scolaires augurent mal pour les revenus.

Texte de l’Initiative de journalisme local.

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