Les libéraux tentent de négocier avec le Sénat pour éviter la mort de C-6, C-10

OTTAWA — Les libéraux fédéraux déplorent que le Sénat n’ait pas adopté deux de leurs projets de loi prioritaires avant de quitter pour l’été, mais ne s’engagent pas non plus à ne pas déclencher d’élections hâtives qui auraient pour effet de signer la mort de ces pièces législatives. 

La question a été posée à trois reprises au premier ministre Justin Trudeau, qui tenait mercredi sa première conférence de presse à l’extérieur de Rideau Cottage depuis la fin de sa quarantaine. À trois reprises, il a refusé de se commettre. 

Les projets de loi C-6, qui interdit les thérapies de conversion, et C-10, qui réforme la Loi sur la radiodiffusion, ont été adoptés au Sénat en deuxième lecture, puis renvoyés à des comités pour y être étudiés davantage à l’automne. Le processus sera à recommencer si des élections ont lieu. Mais le gouvernement espère toujours que le Sénat va trouver une façon de les adopter avant septembre. 

«Nous sommes en discussions avec le leadership du Sénat parce que nous espérons que (les sénateurs) vont pouvoir continuer leur travail et accélérer le processus pour ces deux projets de loi», a laissé tomber M. Trudeau, sans offrir davantage de précisions. 

«Les jeunes de la communauté LGBT ont besoin d’être protégés de cette approche barbare qu’est la thérapie de conversion et (…) dans une ère numérique où les gens consomment leur contenu de plus en plus par l’internet (…), on a besoin de mettre en place une approche semblable à ce qu’on a déjà à la radio et à la télé pour protéger et appuyer le contenu des créateurs canadiens», a-t-il poursuivi. 

«Le Parti conservateur savait très bien qu’il allait pouvoir tuer ces deux mesures-là au Sénat», a renchéri M. Trudeau. 

Or, le représentant du gouvernement au Sénat, Marc Gold, a bien tenté, mardi soir, très tard, de demander le consentement unanime pour que le travail se poursuive cet été sur un de ces projets de loi, soit l’interdiction des thérapies de conversion, en vain. Des «non» bien clairs ont fusé dans la Chambre haute. 

«Les Canadiens croient que les thérapies de conversion devraient être interdites. Les conservateurs ne sont apparemment pas d’accord», a aussitôt réagi le ministre de la Justice, David Lametti, sur Twitter. 

Mercredi, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, s’est elle aussi désolée de la situation. 

«Je suis… déçue est un mot trop faible», a-t-elle laissé tomber en anglais, en réponse à une journaliste. «Je pense que la vaste majorité des Canadiens savent que les thérapies de conversion sont une pratique vraiment dangereuse qui peut causer des dommages qui durent toute une vie», a-t-elle ajouté. 

Mme Freeland tenait une conférence de presse pour souligner le passage du projet de loi C-30, qui a reçu la sanction royale dans les dernières heures et qui met en oeuvre des mesures contenues dans son budget d’avril dernier. Il vient en outre prolonger les programmes fédéraux d’aide aux entreprises affectées par la pandémie jusqu’en septembre. 

La vice-première ministre dit que le gouvernement se réserve le droit de les prolonger jusqu’en novembre, si nécessaire.

«À ce moment-ci, je suis optimiste et je pense que (…) le plan idéal sera de continuer avec le plan qu’on a présenté aux Canadiens au mois d’avril avec le budget, mais on est prêts à toutes les possibilités et c’est une bonne chose», a-t-elle dit. 

«Je pense que la pandémie nous a démontré que de faire des promesses certaines est très difficile. (…) Une quatrième vague est possible. Et je pense aussi que c’est important de constater que c’est difficile de savoir précisément comment se fera la relance. Parce que c’est une nouvelle chose pour nous de fermer l’économie et ensuite de la rouvrir», a-t-elle continué. 

«Ce n’est pas aussi facile que d’allumer des lumières dans la maison», a insisté Mme Freeland. 

Elle n’a pas voulu, non plus, se prononcer sur la possibilité d’élections, estimant que le seul objectif du gouvernement, à l’heure actuelle, est d’aider les Canadiens à passer à travers une pandémie mondiale.

Pourtant, quelques heures plus tard, le premier ministre offrait un bref aperçu de la campagne électorale pandémique à venir en visitant un chantier de construction dans la région d’Ottawa, non pas sans parler aux résidants du voisinage à distance raisonnable, avec masque. Il devrait poursuivre des visites à l’extérieur de sa résidence pour y faire des annonces dans les prochaines semaines. 

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