La vie de nombreux enfants encore en jeu cinq ans après la mort de Tina Fontaine

PREMIÈRE NATION SAGKEENG, Man. — La Protectrice des droits des enfants du Manitoba affirme que de nombreux enfants pris en charge risquent encore d’être exploités sexuellement ou de mourir presque cinq ans après la découverte du corps d’une adolescente autochtone dans une rivière.

«Ce qui est en jeu, c’est la vie des enfants», a déclaré Daphne Penrose, mardi, lors de la publication de son rapport sur la vie et la mort de Tina Fontaine.

«Ce qui est en jeu, c’est que des enfants vont mourir si nous n’apportons pas de changements», a-t-elle ajouté.

Tina Fontaine, l’adolescente autochtone retrouvée morte dans la rivière Rouge, au Manitoba, avait demandé de l’aide pendant les semaines qui ont précédé son décès, mais les services sociaux lui ont répondu qu’il n’y avait pas de lit pour elle.

Le rapport de la Protectrice des droits des enfants de la province conclut que Tina Fontaine a essentiellement été abandonnée à son sort, sans toit, et à risque d’exploitation sexuelle.

Daphne Penrose affirme que les travailleurs sociaux et d’autres fonctionnaires ont fait fi de multiples signes qui indiquaient que la jeune femme courait un danger.

Mme Penrose formule cinq recommandations qui, selon elles, devraient être rapidement mises en oeuvre, puisque des enfants et des adolescents sont confrontés aux mêmes risques que Tina Fontaine, et qu’ils risquent de recevoir la même réponse des services sociaux.

Tina Fontaine, qui avait 15 ans, a quitté la première nation Sagkeeng pour retrouver sa mère biologique à Winnipeg en juin 2014. Son corps a été retrouvé au mois d’août, enveloppé dans une couette attachée à des roches.

Le rapport très attendu a été dévoilé sur le territoire de la réserve de la jeune femme.

La mort de Tina avait réalimenté les appels à la mise en place d’une enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées et inspiré des groupes de bénévoles à aider à protéger les plus vulnérables.

L’Assemblée des chefs du Manitoba a créé le bureau du défenseur des droits de la famille des Premières Nations et un espace sécuritaire de 24 heures pour les jeunes de Winnipeg a été dédié à la mémoire de Tina en mai dernier.

Le rapport explique comment les travailleurs sociaux et d’autres personnes ont échoué à venir en aide à l’adolescente alors même qu’il devenait évident qu’elle était prise dans une spirale et que sa vie était en danger.

L’Assemblée des chefs du Manitoba a réitéré son appel à une enquête indépendante sur le décès de Tina.

Le rapport comprend cinq recommandations concernant la justice, l’éducation, la santé mentale et le bien-être de l’enfant. Mme Penrose a déclaré que le gouvernement devait agir rapidement, car de nombreux autres enfants et jeunes «tombent encore dans les fissures du filet de sécurité de la société, tout comme Tina».

Le premier ministre Brian Pallister a simplement affirmé que le gouvernement examinerait les recommandations, sans prendre d’engagement.

«Il est indiscutable que nous n’avons pas été à la hauteur pour nos enfants dans le passé. Que nous devions veiller à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour donner à chaque enfant l’occasion de se développer et la sécurité ne fait pas de doute», a-t-il déclaré.

La mort de Tina a révélé les défaillances des services à l’enfance et à la famille à travers le pays, a soutenu Carolyn Bennett, ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, à Ottawa.

«C’est horrible», a déclaré Mme Bennett en retenant ses larmes. «Je pense qu’aucun de nous ne comprend vraiment la douleur que ces enfants ont subie.»

Mme Penrose a notamment examiné les dossiers du médecin légiste, de la police, des autorités sanitaires et des agences de protection de l’enfance. Le rapport comprenait également des entretiens avec les membres de la famille et de la communauté de Tina.

Le rapport détaille comment sa famille a été affectée par la situation des pensionnats autochtones, la «rafle» des années 1960 et les problèmes des agences de protection de l’enfance.

«Elle portait un fardeau qui n’était pas le sien», a déclaré Mme Penrose.

La mère de Tina avait 17 ans et était encore un enfant pris en charge lorsque Tina est née le jour du Nouvel An en 1999. Ses deux parents étaient aux prises avec une dépendance. Cinq ans plus tard, son père a demandé à la grand-tante de Tina, Thelma Favel, de la Première Nation Sagkeeng, de prendre soin de la fillette. Ce fut une période relativement stable dans la vie de la jeune fille.

Cela a changé lorsque le père de Tina a été assassiné en 2011. La grand-tante a essayé d’obtenir de l’aide pour la jeune fille auprès des services d’aide aux victimes. Mais à cause de questions sur qui était le tuteur légal de l’adolescente, elle n’a jamais reçu d’aide.

En juin 2014, Tina s’est rendue à Winnipeg pour tenter de renouer avec sa mère. Thelma Favel a tenté de nouveau d’obtenir de l’aide puisqu’elle était sans nouvelle de la jeune fille.

Mme Penrose a fait valoir qu’il devrait y avoir de l’aide bien avant qu’une famille se fracture et que des enfants sont en crise.

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