Tous les voisins de la Russie sont en danger, selon la Lettonie

RIGA, Lettonie — Tous les pays limitrophes de la Russie sont actuellement en danger.

C’est ce que soutient un haut responsable de la Défense de la Lettonie, un pays allié que le Canada contribue actuellement à soutenir sur le plan militaire.

À la suite d’une frappe qui a tué deux personnes en Pologne, conséquence de la guerre qui fait rage en Ukraine, la Lettonie rappelle ainsi que, un peu plus au nord, elle est aussi exposée à la menace russe.

Elle partage 300 km de frontières avec son imposant voisin, qui l’a annexée deux fois de force dans son Histoire.

Et ce risque d’être avalé de nouveau «ne peut être écarté», a estimé le chef intérimaire de la composante Terre de l’armée lettonne, le colonel Didzis Nestro, dans une entrevue avec La Presse Canadienne cette semaine.

Le Canada joue un rôle de leader dans l’appui à ce pays balte membre de l’OTAN.

Pas moins de 1200 militaires d’ici s’y trouvent et le Canada assure en quelque sorte l’encadrement du groupement tactique de la présence avancée renforcée en Lettonie (GT eFP Lettonie), une sorte de force de dissuasion et de défense de l’OTAN, basée au camp Adazi.

Car la petite armée régulière de 6000 membres de la Lettonie ne pourrait pas suffire.

«Depuis la guerre de Tchétchénie dans les années 1990, toutes les guerres que la Russie a menées visaient à regagner ses points d’accès (du temps de l’URSS ou de la Russie tsariste auparavant)», a analysé le colonel Nestro, dans un modeste bureau d’un complexe militaire important en banlieue de Riga.

«Donc tous les pays aux frontières de la Russie sont en danger», estime celui qui est aussi chef d’état-major par intérim pour les affaires gouvernementales.

Son pays en sait quelque chose, alors qu’il célébrait son indépendance vendredi en grande pompe.

Autrefois territoire conquis par l’empire russe, le pays balte à dû gagner par deux fois son indépendance. Devenue un État après la Première Guerre mondiale, elle a été annexée par Staline en 1939; puis en 1991, lors de la désagrégation de l’URSS, elle a de nouveau proclamé son indépendance.

«Le risque d’annexion a diminué depuis 1939, mais on ne peut l’écarter», juge le colonel Nestro.

«C’est pour ça qu’on est allié à d’autres États, afin de prévenir une situation imprévisible, parce que la Russie de (Vladimir) Poutine est imprévisible.»

La Lettonie ne cache pas son soutien entier à l’Ukraine. Partout à Riga le drapeau ukrainien pavoise, notamment sur les bâtiments officiels, et on voit même de grandes illustrations rendant hommage aux Ukrainiens ou dénonçant la destruction de Marioupol.

Le soutien reste le même malgré l’incident mortel survenu cette semaine, quand un missile à la dérive qui serait ukrainien a tué deux personnes en Pologne, un pays allié de l’OTAN.

Car fondamentalement, «c’est clairement à cause de la guerre que livre la Russie à l’Ukraine», a résumé le colonel.

Le conflit a toutefois contribué à alléger la menace aux frontières baltes, même si la Lettonie maintient son niveau de vigilance et d’alerte.

«Le niveau de menace n’a pas changé, nous évaluons attentivement la situation.»

La guerre d’usure qui se poursuit depuis février a néanmoins clairement émoussé les capacités militaires de la Russie, qui dégarnit ses unités pour les diriger sur le front ukrainien.

Tout autour de la Lettonie, il y a des bases russes, parfois à moins de 30 km: il y a une division aéroportée à Pskov, des hélicoptères tout près de la frontière, une brigade d’infanterie motorisée, des Spetsnaz (forces spéciales russes), a évoqué le haut gradé letton.

Et les unités aériennes et maritimes sur la Baltique ont encore leur force de frappe.

Un incident comme celui survenu en Pologne pourrait-il frapper les Lettons?

«Nous faisons partie d’une défense collective avec l’OTAN, a expliqué l’officier. Nous aurions des indicateurs d’avertissement, notamment de la défense aérienne.»

Mais le système de défense antiaérienne de la Lettonie possède un court rayon d’action, 5 à 6 km, un «dernier recours», et un autre système fourni par l’Espagne est à moyen rayon d’action. C’est «aussi limité», reconnaît-il, dans un pays qui fait à peine quelques centaines de kilomètres sur toute sa largeur.

Tout de même, Vladimir Poutine «devrait y penser à deux fois avant d’attaquer un pays de l’OTAN», car le traité stipule que si un État membre est victime d’une attaque armée, les autres membres se considèrent comme aussi attaqués et ripostent.

«Il y a une faible probabilité que ça arrive aujourd’hui, conclut le colonel Nestro. On n’est plus dans la situation de 1939.»

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