Toute personne présentant des symptômes ne sera pas systématiquement dépistée

TORONTO — La plus haute responsable de la santé publique du Canada affirme que les restrictions d’approvisionnement obligent les centres de dépistage de la COVID-19 à «être intelligents» quant aux personnes qu’ils peuvent diagnostiquer pour la maladie respiratoire tandis que Santé Canada tente d’accélérer l’approbation des trousses de test commerciales.

La Dre Theresa Tam a reconnu lundi que le matériel de laboratoire, ainsi que les équipements de protection pour les travailleurs, étaient des «éléments clés» que les responsables de la santé souhaiteraient avoir davantage pour lutter contre le virus, alors que les diverses juridictions à travers le pays ont clarifié leurs critères pour déterminer quelles personnes sont admissibles aux dépistages.

Elle a également déclaré que la demande croissante pourrait être en partie comblée par des trousses commerciales et l’adoption éventuelle d’équipements conçus pour tester d’autres maladies.

«Chaque juridiction examine exactement comment elle gère son approvisionnement», a déclaré la Dre Tam lundi.

«Cela dit, il y a beaucoup d’innovation – par exemple, il pourrait ne pas y avoir suffisamment de certains écouvillons viraux (un type de brosse qui sert au prélèvement), donc les laboratoires testent en fait d’autres écouvillons qui sont en abondance et essaient de déterminer comment les utiliser en remplacement».

Elle a déclaré que les fabricants intensifiaient également la production de nouvelles trousses commerciales.

«Santé Canada aide en les vérifiant très, très rapidement afin que vous ayez des trousses d’analyse de bonnes qualités et davantage de variétés commerciales.»

Ces commentaires faisaient suite à un appel pressant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour que les pays intensifient les dépistages autant que possible.

Le Directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a réprimandé les juridictions du monde entier pour ne pas avoir rassemblé les données nécessaires à une réponse globale à la pandémie.

«Nous avons un message simple pour tous les pays: dépistage, dépistage, dépistage», a-t-il déclaré.

Néanmoins, divers responsables de la santé ont déclaré que la pression pour des dépistages plus larges s’est heurtée à des limites pratiques et à la nécessité de prioriser les citoyens les plus vulnérables du Canada, notamment les résidents âgés des établissements de soins de longue durée et ceux qui ont voyagé dans les zones les plus touchées par la COVID-19.

Le premier ministre Justin Trudeau a fait allusion à cela au cours de la fin de semaine lorsqu’il a dit qu’il n’avait pas fait de test de dépistage en partie parce que cela priverait quelqu’un qui a des symptômes d’un test. Justin Trudeau s’est placé lui-même en isolement après que sa femme Sophie Grégoire Trudeau ait contracté la maladie.

La Dre Theresa Tam a déclaré que les tests sont prioritaires pour certains types de cas: les voyageurs qui présentent des symptômes; les personnes atteintes d’une maladie respiratoire grave, qu’elles aient voyagé ou non; les personnes dans les établissements de soins de longues durées souffrant d’une maladie de type grippal; y compris les travailleurs de la santé qui sont malades. Elle a souligné, cependant, que les cliniciens ont toujours la possibilité de juger qui doit être testé.

Le spécialiste des maladies infectieuses, le Dr Jeff Kwong, a souligné que la distanciation sociale est l’aspect le plus important dans la maîtrise de la propagation, précisant que tant que le grand public utilise des mesures strictes pour limiter les contacts avec les autres, le besoin de tests diminuera.

«Idéalement, nous identifierions chaque cas, mais la question est: combien de tests devez-vous faire pour trouver chacun des cas?» a déclaré Jeff Kwong, médecin de famille et membre du corps professoral de l’Institut des sciences évaluatives cliniques de l’Université de Toronto.

«Cela n’a pas de sens de faire des milliers et des milliers de tests seulement pour trouver une poignée de cas. À ce jour, nous constatons qu’environ 1,5% de tous les tests que nous faisons reviennent positifs – alors nous avons dû faire une centaine de tests pour trouver une personne qui a la COVID-19. Et donc la question est: est-ce suffisant ou non?»

Le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, le Dr David Williams, a déclaré que la capacité d’effectuer des tests de la province a considérablement augmenté au cours de la dernière semaine, passant environ de 1 200 dépistages par jour à plus de 2 000 par jour. Avec l’ouverture de nouveaux centres, il a déclaré que la province devrait pouvoir en effectuer 5 000 par jour.

Jeff Kwong travaille au Toronto Western Hospital, qui ouvre sa clinique de dépistage mardi.

Il a déclaré que «tout le monde se démène et fait de son mieux».

Au cours de la fin de semaine, des centaines de personnes se sont présentées dans un centre de dépistage d’Ottawa, mais beaucoup ont été renvoyées chez elles sans subir de test parce qu’elles ne répondaient pas aux critères.

Lundi, un autre centre de dépistage dans l’est de Toronto a indiqué sur son site Web qu’il recevait trop d’appels qu’il était débordé, avertissant à répétition que tout le monde ne pouvait pas être dépisté.

«Beaucoup ne sont pas qualifiés et sont déçus quand on leur dit qu’ils ne peuvent pas subir de prélèvement», a déclaré un porte-parole de l’hôpital Michael Garron par courriel, ajoutant que l’établissement a vu près de 100 personnes par jour ce week-end.

Les symptômes possibles de la maladie comprennent la fièvre, une toux nouvelle ou qui s’aggrave, un mal de gorge, des maux de tête, des douleurs musculaires, de la fatigue, un écoulement nasal et des douleurs articulaires.

Au Québec, la ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann, a déclaré que la province avait suffisamment de tests et ouvrirait sept nouveaux centres mardi, ce qui permettrait d’augmenter le nombre de tests à 6 000 par jour, contre 1 600 actuellement.

Elle a déclaré que la province formait également de nouveaux employés pour travailler sur la ligne d’information téléphonique dédiée à la COVID-19, qui a vu le volume d’appels quadrupler ces derniers jours.

Alors que l’augmentation du personnel devrait réduire les temps d’attente, la ministre McCann a demandé aux Québécois qui ne présentent pas de symptômes de laisser les lignes téléphoniques à ceux qui ont besoin de soins médicaux et de chercher plutôt des informations sur le site Web de la province.

Le Dr Brian Conway, président et directeur médical du Vancouver Infectious Diseases Centre, n’a pu s’empêcher de faire des comparaisons avec sa spécialité sur les infections à VIH.

Il a déclaré que le nombre de nouveaux cas influencera les prises de décision, notant que «si le nombre de cas double en Colombie-Britannique aujourd’hui, alors, évidemment, quelque chose de différent doit être fait».

«Dans chaque épidémie dans le monde, le dépistage a toujours été une bonne chose. Il n’a jamais été mauvais. Mais à un moment donné, les tests de dépistage du VIH ont été rationnés. Et puis ils sont devenus très largement disponibles et ont généré toutes les informations dont nous disposons actuellement.»

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