Traçage des contacts: la hausse des cas de COVID-19 met le système sous pression

MONTRÉAL — La hausse du nombre d’infections à la COVID-19 depuis les Fêtes signifie aussi ceci: une augmentation exponentielle de gens ayant été en contact avec une personne contaminée, et qui doivent être retracés par la Santé publique — ce qui met le système sous pression.

Le nombre de nouveaux cas confirmés de COVID-19 au Québec s’est maintenu pendant une dizaine de jours en haut de la barre des 2000 cas: par exemple, 2588 nouvelles infections ont été recensées le 7 janvier et la journée du 8 janvier a scellé un triste record, avec 3127 cas rapportés. 

Partout au Québec, des équipes de la Santé publique sont en charge du «traçage de contacts»: elles doivent trouver et aviser ceux qui ont été proches des personnes infectées.

Si ces enquêteurs sont chanceux, chaque nouveau cas n’aura été contact — et n’aura risqué d’infecter — qu’une seule personne. Mais c’est rarement le cas. Chaque nouvelle personne infectée peut avoir été près de dizaines d’autres.

Le travail se multiplie d’autant pour ces travailleurs.

«La tâche est importante et en augmentation constante», a relaté jeudi Catherine Habel, médecin responsable aux Urgences sanitaires en maladies infectieuses (USMI) à la Direction régionale de santé publique de Montréal.

«Nous nous mettons, et nous leur mettons, une certaine pression pour réaliser l’ensemble du travail», a-t-elle ajouté, soulignant le dévouement et «le sens du devoir» de ces employés, à qui il faut souvent rappeler de prendre des journées de congé. «Nous avons fait beaucoup d’accompagnement de nos équipes dans les dernières semaines afin de les soutenir face à l’augmentation de la tâche.»

Cette direction régionale a affecté 1000 employés à cette tâche et en ajoute de 20 à 30 de plus par semaine.

La Santé publique de Montréal n’est plus en mesure de retracer elle-même tous les contacts des personnes infectées par le coronavirus. 

«Compte tenu de la situation épidémiologique actuelle — nous sommes en transmission communautaire et le nombre de cas est trop grand — il est impossible de retracer tous les contacts des personnes infectées», indique la Santé publique montréalaise dans un courriel.

Ses employés parlent toutefois à tous ceux qui habitent avec une personne infectée, lorsqu’ils sont présents au moment de l’appel. Et puis, la Santé publique contacte aussi elle-même l’employeur et la direction d’école si la personne infectée travaille à l’extérieur et a des enfants.

Pour les autres contacts — en moyenne trois par enquête à Montréal — elle aide la personne ayant reçu un diagnostic de COVID-19 à dresser une liste.

Elle leur envoie ensuite un courriel «quotidien» pour un suivi des symptômes et téléphone à ceux qui sont symptomatiques. «Nous leur recommandons d’aller se faire dépister et leur rappelons l’importance de l’isolement, même s’ils ont un résultat négatif.» Si leurs symptômes sont importants, «nous leur indiquons où et comment aller se faire traiter».

La tâche est gigantesque.

Les chaînes de transmission sont trop nombreuses pour qu’on puisse toutes les retracer, est-il précisé.

«Nous aimerions pouvoir appeler tous les contacts, leur offrir un suivi personnalisé et répondre à leurs questions. Toutefois, nous devons ajuster nos interventions au grand volume de cas que nous avons présentement et maintenir les activités qui ont un plus grand impact sur la transmission sur le territoire de COVID-19», a précisé Dre Habel.

C’est pourquoi la Santé publique rappelle que dans le contexte actuel de transmission communautaire, la seule mesure de traçage n’est pas efficace en elle-même pour freiner la progression de la COVID-19. Il faut y ajouter l’isolement, le confinement et le couvre-feu, entre autres.

À Laval, la Direction de la Santé publique a affecté plus de 70 personnes à cette tâche ardue qu’est la réalisation des enquêtes épidémiologiques, incluant la recherche de contacts des personnes infectées. À ceux-là s’ajoutent des équipes responsables de la gestion des éclosions dans des milieux précis, tels que les écoles et les résidences pour aînés.

Cette direction régionale estime être actuellement en mesure d’identifier tous les contacts: elle appelle elle-même les contacts plus étroits et délègue à la personne contaminée la tâche de rejoindre les autres.

«Nous espérons aussi que le confinement plus serré, annoncé par le gouvernement, aura un effet bénéfique sur le nombre de cas qui ne cessent de progresser depuis cet automne, ce qui nous permettrait de reprendre les enquêtes épidémiologiques dans leur ensemble», a précisé dans un courriel Judith Goudreau, du Centre intégré de santé et de services sociaux de Laval.

Dans les pires situations, la Santé publique de Laval a eu à rejoindre 60, 80 et même 100 contacts pour une seule personne infectée, a-t-elle relaté.

La situation en Montérégie ressemble à celle de Laval. 

La Santé publique dit ajouter de nouveaux travailleurs chaque semaine et s’occupe elle-même de rejoindre les contacts dans des milieux précis, comme les écoles, les garderies et les résidences pour aînés. La collaboration des citoyens infectés est requise: des outils leur sont donnés pour qu’ils avisent leurs autres contacts et leur communiquent les consignes d’isolement et de dépistage requises. 

La Santé publique de la Montérégie compte bien reprendre ces dernières tâches «dès l’amélioration de la situation épidémiologique».

À Québec, avec ses 200 employés dédiés à ce travail, la Santé publique dit être en mesure de retracer tous les contacts des personnes infectées.

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