Tragédie en Colombie-Britannique: on a fait du mieux qu’on pouvait, dit une étudiante

MONTRÉAL — Après avoir été essentiellement laissées à elles-mêmes dans les minutes qui ont suivi la collision entre leur autocar et une camionnette de livraison, deux étudiantes québécoises ont dû faire preuve d’un sang-froid et d’une présence d’esprit hors du commun pour garder en vie jusqu’à l’arrivée des secouristes une camarade grièvement blessée.

L’accident s’est produit il y a dix jours dans le sud de la Colombie-Britannique, près de la frontière avec les États-Unis.

Aurélie Choquette, Élisabeth Goulet, sa grande amie Jasmine Beausoleil et une douzaine d’autres jeunes Québécois se trouvaient dans l’Ouest canadien depuis moins d’une semaine dans le cadre du programme d’immersion en langue anglaise Explore, qui est offert par le Collège Selkirk.

Les jeunes rentraient d’une visite à un musée quand Aurélie Choquette raconte avoir entendu un premier bruit qui lui a tout d’abord fait croire qu’une pierre venait de heurter le pare-brise de l’autocar.

«J’ai su qu’il se passait quelque chose quand on a reçu des éclats de verre littéralement sur nous, a raconté la jeune femme de 18 ans. Puis, au même moment, l’autobus ralentissait et passait sur le côté.»

L’accident s’est produit en fin d’après-midi le 30 juin, sur la route 3A entre les villes de Castlegar et de Nelson. L’inspecteur Chad Badry, de la Gendarmerie royale du Canada en Colombie-Britannique, a confirmé que la collision est survenue quand un camion de l’entreprise de messagerie Purolator qui circulait vers l’est a traversé la ligne médiane, harponnant l’autocar avec un miroir latéral.

La GRC n’a pas voulu fournir plus de détails ― notamment concernant l’identité du chauffeur, les accusations qui pourraient être portées, ou si l’alcool ou la drogue sont en cause ― puisque l’enquête se poursuit. L’inspecteur Badry a simplement indiqué que le chauffeur s’est immobilisé après l’accident pour attendre l’arrivée des policiers.

«Quand nous aurons épuisé toutes les possibilités d’enquête, nous étudierons les accusations pertinentes et nous ferons des recommandations à la Couronne», a-t-il expliqué dans un courriel.

À bord de l’autocar, les jeunes restent calmes et commencent à évacuer, a poursuivi Aurélie Choquette.

Élisabeth Goulet et Jasmine Beausoleil partageaient le même banc. Jasmine s’était assise près de la fenêtre pour pouvoir dormir pendant le trajet.

«J’étais comme une des dernières personnes à sortir, a dit Aurélie Choquette. Puis c’est en me levant moi aussi pour sortir qu’Élisabeth m’a regardée, puis elle a dit, « tu viens ici ».»

Travail d’équipe

Comme c’est d’usage, les jeunes se sont présentés au début de leur séjour. Élisabeth sait qu’Aurélie, comme elle, étudie en soins infirmiers, bien qu’elles n’en soient toutes les deux qu’au tout début de leur parcours académique.

C’est donc elle qu’elle interpelle quand elle réalise avec effroi que son amie Jasmine a été grièvement blessée à la tête lors de la collision avec le camion.

Éprouvée par ce qu’elle a vécu, Élisabeth Goulet a fait savoir qu’elle ne souhaite plus parler publiquement de ce qui s’est passé ensuite. Aurélie Choquette, elle, garde un souvenir clair des événements.

La tête de Jasmine, qu’elle avait appuyée contre la fenêtre pour dormir, avait été violemment projetée dans l’autre direction, vers l’intérieur de l’autocar.

«Il y avait du sang, du sang, du sang…, s’est souvenue Aurélie. Il y avait une plaie vraiment très importante.»

Travaillant en équipe, les deux jeunes femmes réalisent instantanément qu’elles n’ont que quelques secondes pour garder Jasmine en vie jusqu’à l’arrivée des secouristes.

Aurélie demande tout d’abord à Élisabeth le chandail à capuchon qu’elle porte. Elle s’agenouille ensuite à côté de Jasmine, dans le verre brisé, et utilise le vêtement pour faire toute la pression dont elle est capable sur la tête de la jeune femme, dans le but de ralentir l’hémorragie. Pendant ce temps, Élisabeth prend le pouls de son amie au niveau du poignet et confirme qu’elle est toujours en vie.

«J’ai mis une main sur son oreille (droite) et avec l’autre j’appuyais sur le « hoodie », a dit Aurélie Choquette. Je n’arrêtais pas de parler à Jasmine, je lui disais « tu restes avec nous, tu ne t’en vas pas », j’appuyais ma vie sur sa tête pour arrêter le sang, et puis j’ai vérifié ses pupilles, mais…»

Même si elles sont évidemment gonflées à bloc par l’adrénaline, Aurélie se souvient qu’Élisabeth et elles sont restées très calmes pendant toutes leurs manœuvres. Elles sont encouragées par les signes sporadiques de vie que donne Jasmine. Élisabeth continue à surveiller le pouls de son amie et d’informer Aurélie de ce qu’elle constate.

Et pendant tout ce temps, les deux étudiantes sont seules à bord avec Jasmine. Les secouristes ne sont pas encore arrivés, et ni le chauffeur de l’autocar ni l’accompagnateur du groupe ne viennent apparemment les aider.

«On était pas mal laissées à nous-mêmes à essayer de garder Jasmine en vie», a dit Aurélie Choquette, qui se souvient qu’une seule autre personne soit venue les voir.

«Antony (un autre étudiant) faisait l’aller-retour entre nous et l’extérieur de l’autobus, a-t-elle indiqué. Il est bien gentil, Antony, mais il ne pouvait rien faire, il n’est pas en soins infirmiers, mais c’était rassurant qu’on ne soit pas seulement Élisabeth et moi à bord de l’autobus.»

Les secours arrivent

Le premier secouriste sur les lieux est un pompier qui arrive à bord d’une camionnette. Aurélie et Élisabeth s’affairent à ce moment à essayer de sauver Jasmine depuis de longues, longues minutes, mais elles ne sont pas encore au bout de leurs peines.

«Le pompier me regarde, il prend sa petite radio et il dit « three more vehicles, the girl has a wound in her head » (trois véhicules de plus, la fille a une blessure à la tête), puis il sort de l’autobus», a raconté Aurélie Choquette, qui semblait encore stupéfaite du peu d’aide qui leur a été offert.

Les deux étudiantes devront attendre l’arrivée de premiers ambulanciers avant d’obtenir enfin des renforts.

Élisabeth est la première à pouvoir sortir de l’autocar. Quand Aurélie offre de céder sa place, elle raconte que l’ambulancier lui a plutôt demandé de rester là encore un peu, à continuer à faire ce qu’elle faisait déjà.

Au cours des minutes qui suivront, elle aidera les ambulanciers à installer un collet cervical à Jasmine et à la transférer sur une planche spinale pour pouvoir la sortir de l’autocar le plus sécuritairement possible.

Jasmine est ensuite placée à bord d’une ambulance et elle prend le chemin de l’hôpital le plus rapproché, accompagnée de son amie Élisabeth.

«Ensuite, je suis allée voir tous les autres, j’ai parlé à pas mal tout le monde en leur demandant, « es-tu correct? », a dit Aurélie Choquette. Mais ensuite, il y avait des ambulanciers pour s’occuper de pas mal tout le monde.»

C’est seulement quand un ambulancier lui offre de l’eau pour se laver que la jeune femme réalise que ses deux bras sont recouverts de sang.

Fin de la journée

Le groupe prend un peu plus tard la direction de l’hôpital, où les jeunes seront examinés à la recherche de blessures qui pourraient être passées inaperçues.

Pendant qu’elle patiente à l’urgence pour être examinée après avoir passé tout ce temps agenouillée dans la vitre brisée, Aurélie raconte qu’un homme est venu la voir pour la remercier pour son aide.

«Sur le coup je ne l’ai pas reconnu, mais c’était l’ambulancier que j’avais aidé à installer le collet cervical», a-t-elle dit.

Un peu plus tard, un couple de jeunes parents qui participe aussi au programme Explore, mais qui voyageait à bord de son propre véhicule, débarque à l’urgence avec leur bébé de neuf mois pour divertir les jeunes. Ils ont aussi avec eux amplement d’aliments qui sont meilleurs pour le moral que pour la santé, et qui sont grandement appréciés des étudiants qui n’ont pas mangé depuis une dizaine d’heures.

«La maman m’a donné un câlin, et je ne sais pas comment décrire ça, mais c’était un vrai câlin de maman», a raconté Aurélie Choquette, à qui cette triste expérience a prouvé qu’elle a ce qu’il faut pour pratiquer la profession qu’elle a choisie.

De retour à la résidence où ils logent, les jeunes s’entassent dans une salle commune pour ne pas être seuls. On les gave à nouveau d’aliments qui feraient damner une nutritionniste et on leur présente le film «Ice Age» pour leur changer les idées. Certains réussissent à dormir, d’autres pas.

Dans un courriel envoyé aux parents quelques jours après la tragédie, et quelques heures avant l’annonce du décès de Jasmine, le Collège Selkirk souligne la force morale et la résilience dont ont fait preuve les étudiants québécois.

«Je sais qu’Élisabeth et moi, on a fait ce qu’on pouvait; on avait juste un coton ouaté et c’était tout, a dit Aurélie Choquette en conclusion. Avec les connaissances qu’on avait, j’ai vraiment l’impression qu’on a fait du mieux qu’on pouvait, puis en partie on a réussi ce qu’on avait à faire, c’est-à-dire la garder en vie jusqu’à l’arrivée des ambulanciers.

«Si on n’avait pas été là, peut-être que quelqu’un l’aurait fait, mais si personne n’avait rien fait, Jasmine serait morte avant même l’arrivée des ambulanciers. On lui a donné une chance.»

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