Trans Mountain: Rachel Notley bluffe, selon le procureur général de la C.-B.

VICTORIA — Le gouvernement de la Colombie-Britannique qualifie de bluff le projet de loi de l’Alberta qui lui permettrait de réduire ses livraisons d’hydrocarbures à l’extérieur la province, et il promet déjà les contestations judiciaires de son gouvernement et même des pétrolières. Ce qui n’a pas empêché la Saskatchewan d’agiter la même menace, mardi.

Le procureur général de la Colombie-Britannique, David Eby, a soutenu mardi que selon des experts juridiques de son gouvernement, le projet de loi déposé lundi en Alberta est inconstitutionnel et illégal. Il croit d’ailleurs que la première ministre Rachel Notley n’a pas vraiment l’intention de l’adopter: elle souhaite simplement augmenter la pression dans son bras de fer avec la Colombie-Britannique sur l’oléoduc Trans Mountain.

Mais si elle s’avisait d’adopter un tel projet de loi, le procureur général prévient que son gouvernement demanderait immédiatement une injonction du tribunal. M. Eby croit aussi que les pétrolières qui ont conclu des contrats en Colombie-Britannique feraient la file devant les palais de justice pour contester une telle loi albertaine.

Par ailleurs, une autre province productrice de pétrole a apporté mardi un soutien tangible à l’Alberta. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a annoncé sur Twitter que son gouvernement déposera un projet de loi qui pourrait aussi se traduire, concrètement, par une baisse des livraisons de pétrole vers la Colombie-Britannique.

Le premier ministre Moe ne s’inquiète pas trop d’éventuelles contestations judiciaires, et même d’amendes pour violations des règles du libre-échange: cette situation malheureuse et inusitée, après tout, a été créée, selon lui, par l’ingérence de la Colombie-Britannique dans un projet interprovincial déjà approuvé par Ottawa. Il espère tout de même ne jamais en arriver là.

Le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley a déposé lundi un projet de loi qui permettrait à cette province de réduire unilatéralement ses exportations de pétrole et de gaz, par le biais des permis aux producteurs. Son homologue Scott Moe a prévenu mardi que si les réservoirs de carburant se vident en Colombie-Britannique, il ne faudra pas compter sur la Saskatchewan pour venir à la rescousse de cette province.

Accès aux marchés étrangers

Selon l’Office national de l’énergie, la Saskatchewan comptait pour 12 pour cent de la production canadienne totale de pétrole brut en 2016, et occupe le deuxième rang des provinces canadiennes à ce chapitre, derrière l’Alberta. Le premier ministre Moe a toutefois reconnu mardi que la plus grande part des produits énergétiques acheminés vers la Colombie-Britannique provient de l’Alberta.

Les gouvernements néo-démocrates de l’Alberta et de la Colombie-Britannique sont à couteaux tirés sur le projet d’élargissement de l’oléoduc Trans Mountain. Le projet de 7,4 milliards $ a été approuvé par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau en 2016, mais il est paralysé depuis par des contestations judiciaires et de longs délais dans la délivrance des permis par les autorités de la Colombie-Britannique.

Le pétrole albertain se vend sous les prix courants en Amérique du Nord à cause d’un accès limité aux marchés étrangers à l’extérieur des États-Unis. L’Alberta soutient que l’élargissement de l’oléoduc entre Edmonton et Burnaby, qui triplerait de capacité, est essentiel pour réduire un goulot d’étranglement qui coûterait 40 millions $ par jour au pays en manque à gagner. 

Le gouvernement néo-démocrate minoritaire de la Colombie-Britannique, qui a pris le pouvoir grâce à une coalition avec le Parti vert, estime que cet élargissement augmentera considérablement le trafic des pétroliers sur la côte ouest, ce qui accroît d’autant les risques de déversements.

L’Américaine Kinder Morgan a suspendu ses travaux de construction et exige du gouvernement canadien un signe tangible de résolution du conflit d’ici le 31 mai. Le premier ministre Trudeau a vainement tenté de dénouer l’impasse dimanche en rencontrant les premiers ministres des deux provinces concernées, à Ottawa.

Pour rassurer les investisseurs, les gouvernements albertain et canadien songent maintenant à prendre une participation en capital dans l’oléoduc.