Transfert des services jeunesse aux Autochtones en Abitibi-Témiscamingue

ROUYN-NORANDA, Qc — Quatre communautés Anishinabeg de l’Abitibi-Témiscamingue ont franchi un grand pas dans le développement de leurs collectivités mardi, alors qu’elles ont signé une entente avec la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), pour la gestion des services à la famille et à l’enfance dans leurs communautés.

Pour les communautés de Lac-Simon, Kitcisakik (les deux non loin de Val-d’Or), Pikogan (près d’Amos)  et Long Point (au Témiscamingue), il s’agit de l’aboutissement d’un long processus qui a mis plusieurs années à se matérialiser. «Cela faisait longtemps qu’il y avait une volonté de part et d’autre pour que les communautés Anishinabeg puissent avoir leur propre service, indique le directeur de la protection de la jeunesse en Abitibi-Témiscamingue, Donald Vallières. On avait engagé des gens de première ligne depuis un certain temps, pour préparer le terrain pour la transition.»

Sécurisation culturelle

Au cours des dernières années, les membres de certaines communautés, notamment à Lac-Simon, ont manifesté leur mécontentement à plusieurs reprises face aux procédures de la DPJ. Des kokom (grand-mères) avaient même installé un blocus pour empêcher les intervenants de partir avec les enfants. 

Les aînées dénonçaient le fait que ces enfants étaient envoyés dans des foyers allochtones, où ils perdaient contact avec leurs traditions, leur culture. Le DPJ de l’époque, Philippe Gagné, avait été sensible aux doléances des kokom et avait enclenché un processus pour que les enfants puissent être confiés à des familles d’accueil autochtones.

«Aujourd’hui, on vise une certaine forme de sécurisation culturelle pour les enfants, rappelle M. Vallières, qui est impliqué dans les dossiers jeunesse depuis une trentaine d’années, dont les 18 derniers mois à titre de directeur. Il faut cependant une formation et une approche spécifiques si l’on veut que cela fonctionne.»

Tomber dans l’action

En Abitibi-Témiscamingue, 35 à 40% des signalements en matière de protection de la jeunesse impliquent de jeunes autochtones. Le type d’intervention tend à changer cependant dans les communautés. 

«Avant, il y avait beaucoup de signalements en lien avec la drogue, indique Donald Vallières. Le problème est toujours présent, mais les membres des communautés travaillent avec acharnement pour le régler. Cependant, depuis quelque temps, on note beaucoup d’actes de vandalisme, et d’autres sortes de délits similaires.»

Les services jeunesse des quatre communautés ont déjà pignon sur rue à Val-d’Or. Deux travailleurs sociaux ont été engagés au cours des 15 derniers jours; il ne manquait donc que la signature de l’entente. 

Le directeur souligne par ailleurs que l’imbroglio juridique créé par la loi fédérale C-92, toujours contestée par Québec devant les tribunaux, n’a pas eu d’impact sur les pourparlers. «On s’entendait sur les enjeux de fond, indique-t-il. En fait, tout ce que les contestations de Québec ont créé, c’est un malaise et de la confusion. Mais on a réussi à passer par-dessus.»

La Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis, adoptée en juillet par le gouvernement Trudeau, est contestée par le gouvernement du Québec, qui soutient qu’Ottawa empiète sur les compétences des provinces en matière de services sociaux.

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