Transferts en santé: front commun des provinces et territoires

OTTAWA — À quelques jours du discours du Trône, les provinces et territoires réclament qu’Ottawa hausse sa contribution en santé de 28 milliards $ de plus à chaque année.

Cette revendication a été portée vendredi lors d’une conférence de presse au Château Laurier, à deux pas de la colline parlementaire à Ottawa, par le premier ministre du Québec, François Legault, qui s’est fait le porte-voix de tous ses collègues du Conseil de la fédération. Il était accompagné de Doug Ford, de l’Ontario, Jason Kenney, de l’Alberta, et Brian Pallister, du Manitoba.

M. Legault demande à ce que le gouvernement fédéral augmente les transferts fédéraux en santé pour les faire passer de 22 % à 35 % des coûts totaux des provinces et territoires, et ce, sans conditions. Concrètement, il demande donc à ce l’enveloppe fédérale passe de 42 milliards $ à 70 milliards $ par année, une augmentation de 28 milliards $.

Il demande également au gouvernement fédéral d’octroyer 10 milliards $ par année pendant 10 ans de plus pour financer des projets d’infrastructures au pays et d’assouplir le Programme de stabilisation fiscale afin de venir en aide aux provinces de l’Ouest, notamment.

«Il est temps que le gouvernement fédéral fasse sa juste part», a martelé M. Legault, qui endossera bientôt le chapeau de président du Conseil de la fédération. 

Dominic LeBlanc, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, s’est étonné que les premiers ministres des provinces viennent jusqu’à Ottawa pour redemander des transferts supplémentaires en santé alors qu’une rencontre est déjà prévue à cet effet pour l’automne.

«Alors qu’ils soient venus à Ottawa répéter ça une semaine avant le discours du Trône, c’est très agréable, mais moi je pense que les gens s’attendent à ce que leurs gouvernements soient « focussés » sur des questions de santé publique actuellement. Et c’est notre focus aussi», a-t-il déclaré.

MM. Legault et Ford avaient déjà uni leur voix la semaine dernière pour exhorter Ottawa à augmenter de manière significative et récurrente les paiements de transfert en santé versés annuellement aux provinces et territoires. Ils avaient promis d’en parler lors de la prochaine rencontre du Conseil de la fédération pour arriver avec des revendications chiffrées.

Mais cette rencontre, qui devait rassembler à Québec tous les premiers ministres des provinces les 24 et 25 septembre, a été annulée vendredi dernier.

Le gouvernement fédéral a accordé 19 milliards $ pour aider les provinces et territoires à relancer leur économie et à traverser de nouvelles vagues potentielles de COVID-19. Mais M. Legault se dit maintenant déterminé à négocier des sommes récurrentes en santé, sommes qu’il espère voir d’ici au prochain budget fédéral.

La demande spécifique de 70 milliards $ par année est-elle réaliste? M. LeBlanc n’a pas voulu dévoiler les cartes de son jeu.

«Moi je ne sous-estime jamais l’appétit des premiers ministres des provinces pour des transferts illimités du gouvernement fédéral dans tous les domaines. Alors, ça, ça ne me surprend pas. (…) Nous sommes ouverts à cette discussion. On verra le chiffre qui sortira de la conversation», a-t-il dit.

Montrer l’exemple?

Les quatre premiers ministres ont aussi eu à se défendre de s’être rencontrés en personne, alors qu’ils demandent à leur population de respecter les règles sanitaires et d’éviter les déplacements inutiles entre régions devant la flambée des cas.

Qui plus est, la médecin en chef de la santé publique de la Ville venait de déclarer qu’Ottawa amorçait sa deuxième vague de COVID-19.

M. Legault, l’initiateur de la rencontre, n’a pas semblé s’en formaliser. «Pourquoi ça valait la peine de venir ici aujourd’hui? Parce que, justement, il y a un lien avec la COVID!» s’est-il exclamé en réponse à la question d’une journaliste.

À ses côtés, M. Ford a déclaré que toutes les précautions avaient été prises pour éviter une contamination lors de la rencontre. L’hôtel a pris leur température, a-t-il dit, et tout le monde devait porter un masque à moins d’être assis à deux mètres de distance.

«Il y a une différence entre le fait d’entrer dans un hôtel, qui suit des consignes et des protocoles très stricts, et le fait de tenir un gros party de 150 personnes où l’on s’embrasse et l’on se donne des câlins», a-t-il insisté.

Selon M. Kenney, même au beau milieu d’une pandémie, «les gouvernements doivent continuer de travailler».

«Le gouvernement fédéral se rencontrera la semaine prochaine pour entendre le discours du Trône, comme ils le devraient, en prenant les précautions nécessaires comme nous l’avons fait en voyageant ici», a fait valoir le premier ministre albertain.

Les politiciens ne sont pas à l’abri d’une contamination de COVID-19, même s’ils disent suivre les recommandations de santé publique.

Vendredi, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a annoncé qu’il avait reçu un test positif de la COVID-19. Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, est pour sa part toujours en isolement préventif dans l’attente du résultat de son test.

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