Transport par autocar: les MRC de l’Abitibi-Témiscamingue en ont assez

MALARTIC, Qc — La Conférence des préfets des MRC de l’Abitibi-Témiscamingue somme le gouvernement Legault de financer adéquatement les liaisons intrarégionales. Les MRC de l’Abitibi-Témiscamingue déclarent en avoir assez de financer le transport interurbain par autocar dans la région.

«Le transport interurbain relève de Québec, c’est sa responsabilité, point final, tranche le président de la CPAT et préfet de la MRC de la Vallée-de-l’Or, Martin Ferron. Pour un élu, qui est imputable de la gestion des deniers publics, faire payer les citoyens plus longtemps relèverait de l’irresponsabilité. Nous avons donné une chance au gouvernement d’intervenir, nous avons investi régionalement près de 135 000 $ pour maintenir plusieurs lignes, nous avons sonné l’alarme en 2018 et rien n’y fait. Nos citoyens ne paieront plus via leur compte de taxes municipales pour un service qui relève du ministère des Transports.»

Le maire d’Amos, Sébastien D’Astous, croit que le transport interurbain n’est peut-être que la pointe de l’iceberg, et que Québec pourrait pelleter d’autres financements similaires dans ;la cour des municipalités. «Il faudrait, selon la lecture du gouvernement, qu’en région, on assume une partie des coûts à même les taxes municipales des citoyens pour faire fonctionner le transport interurbain, de dire celui qui est aussi préfet de la MRC Abitibi. Préparez-vous bien, ils vont nous dire qu’ils triplent l’argent si les MRC y investissent des montants, une façon habile, disons-le, de faire payer les municipalités de la région pour quelque chose qu’ils ne devraient pas avoir à payer. Les MRC dans notre région devront-elles prochainement assumer le quart des coûts de construction des hôpitaux et des écoles?»

Laissés pour compte

Les élus de l’Abitibi-Témiscamingue qualifient d’indécente la décision d’abandonner les liaisons intrarégionales comme le fait le gouvernement Legault, qui vient pourtant d’injecter 400 M$ dans le transport collectif. Pour la CPAT, il est évident que le gouvernement Legault se fait du capital politique sur le dos de la région. «Il apparaît de plus en plus évident que le maintien du transport collectif interurbain dans les régions est beaucoup moins glamour pour le gouvernement que le dévoilement d’un projet de tramway ou de métro à coup de milliards dans un grand centre urbain. Pourtant, il en va d’un droit fondamental des citoyens de notre région d’avoir accès à un service de transport adéquat.»

La solution n’est pourtant pas compliquée, estime la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire. «Les investissements en transport collectif régional, rappelons-le, représentent moins de 1% des budgets dévolu au transport collectif au Québec. Par ailleurs, si le ministère des Transports mettait seulement 1% de l’énergie qu’il consacre aux grands projets de métro et de tramway dans les grands centres, il y a longtemps que nous aurions des solutions sur la table.»

Autobus Maheux comprend

Le président du transporteur local (Autobus Maheux), Pierre Maheux, a été avisé de la situation. Il comprend, et n’est pas surpris. D’ailleurs, il avait joint sa voix la semaine dernière à cinq autres transporteurs pour presser Québec d’agir. «La plupart des ententes que nous avions avec les MRC de la région prenaient fin le 31 mars dernier, et dans le contexte du COVID-19, n’avaient pas été renouvelées, souligne Pierre Maheux. Mais pandémie ou non, ces ententes n’auraient pas été renouvelées.»

La suite des choses demeure incertaine pour Autobus Maheux, qui avait déjà réduit certains de ses circuits intrarégionaux, déjà déficitaires depuis deux ou trois ans. «Tout dépend des consignes que nous aurons à suivre lors d la reprise de nos activités, rappelle M. Maheux. Si la rentabilité n’est pas au rendez-vous, nous devrons prendre les mesures qui s’imposent.

Autobus Maheux pourrait-elle abandonner complètement le transport intrarégional? «Ce n’est pas impossible, mais nous ne voulons pas en venir à ça, affirme Pierre Maheux. Une clause dans notre permis d’exploitation nous permet de le faire, mais nous devons prouver à la Commission des transports du Québec que l’ensemble de notre permis, incluant la liaison Abitibi-Montréal, n’est pas rentable. C’est une procédure longue et coûteuse, nous n’agirons donc pas de façon frivole dans ce dossier.»

Texte de l’Initiative de journalisme local