Traumatisés par l’occupation russe, les Lettons appuient indéfectiblement l’Ukraine

RIGA, Lettonie — On peut voir le drapeau ukrainien flotter partout, ou presque, dans les quartiers centraux de Riga, en Lettonie.

Une immense caricature du président russe Vladimir Poutine, suggérant une tête de mort, a même été déployée sur le mur d’un immeuble en face de l’ambassade russe. Dans la grisaille de cette journée d’hiver balte, l’image est frappante. 

Les Lettons soutiennent sans fléchir la résistance des Ukrainiens.

«Nous avons une mémoire historique», a argué le secrétaire d’État à la Défense, Janis Garisons, en entrevue avec La Presse Canadienne, dans une salle de réunion au siège du ministère, au centre de la capitale. 

Il est en quelque sorte le sous-ministre de la Défense letton. Son pays a dû gagner deux fois son indépendance au cours du 20e siècle, une fois en 1919, puis une autre fois en 1991, après une douloureuse annexion soviétique en 1939.

Son père et son oncle avaient alors dû trouver refuge dans un autre foyer parce que leurs parents avaient été déportés par les Soviétiques.

«Tous les Lettons ont connu des histoires semblables dans leurs familles», poursuit-il. Des récits de pillage, de déportation, de brutalité, de destruction. 

C’est ce qui explique l’animosité farouche de la Lettonie à l’égard de la Russie de Poutine, sa voisine avec laquelle elle partage une longue frontière.

«On sait ce que ça veut dire, quand les Russes arrivent. On ne se fait aucune illusion.»

Des fenêtres de ses bureaux, dans une élégante villa tout près du centre-ville, l’ambassadeur russe peut entre autres apercevoir une dizaine de drapeaux ukrainiens flottant au vent, sur le vaste terrain du palais des congrès.

S’il choisit de regarder de l’autre côté, un immense visage de Poutine apparaît, squelettique et sinistre, sur fond rouge sang. 

Même la rue a été rebaptisée après l’agression russe en l’honneur de l’Ukraine. Chaque lettre ou colis expédié ou reçu doit donner la migraine au personnel russe de l’ambassade…

Les policiers sont bien visibles tout autour et gardent l’enceinte de l’ambassade.

Pas très loin de là, sur une rue passante, une figure christique d’une femme sur une grande toile, pour évoquer le martyr ukrainien, avec en image de fond, le drapeau aux deux larges bandes horizontales jaune et bleu. 

L’image de cette femme souffrante se trouve à distance de marche, de l’autre côté du parc, de la grande cathédrale orthodoxe russe au bulbe doré de la ville, que beaucoup de russophones fréquentent. 

Car la minorité russe est importante en Lettonie, elle compose pas moins de 34 % de la population du pays. L’influence russe est partout visible, architecture, statues, puisque ce petit pays a fait partie de l’empire des tsars jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale.

De fait on entend parler russe à peu près partout à Riga, et beaucoup de panneaux, affiches, menus sont rédigés autant en letton qu’en russe. 

Et ce ne sont pas des visiteurs russes flânant ici en touristes, car les autorités lettonnes ont restreint l’accès à leur pays aux ressortissants de la fédération russe. Nul n’est admis sans raison précise et des données biométriques sont recueillies. 

Un élu russophone d’une localité de l’est du pays, donc près la frontière, a même déjà formulé des déclarations sympathiques au régime russe de Poutine. 

Alors qu’en est-il de la loyauté de la minorité russe?

La loyauté reste au fond un concept difficile à mesurer, soutient le colonel Didzis Nestro, chef d’état-major adjoint par intérim de l’armée lettonne pour les affaires gouvernementales. 

Les Lettons russophones sont bien intégrés et «sont loyaux», même si certains ont des «opinions différentes», résume-t-il, dans un entretien avec La Presse Canadienne.

La guerre d’usure qui se dessine sur le front ukrainien pourrait-elle toutefois finir par venir à bout du soutien de l’opinion publique, avec l’explosion du coût de l’énergie causée par le conflit, l’inflation, etc?

Le lieutenant-colonel Jérémie Gauvreau, de l’armée canadienne, commandant adjoint de la force opérationnelle en Lettonie de l’OTAN, est dans ce pays depuis trois ans. 

Il est responsable des troupes canadiennes qui y sont postées — un bataillon renforcé avec d’autres alliés qui fait office de force de défense et de dissuasion. 

Il a foi dans la détermination des Lettons, mais aussi de leurs autres voisins baltes, Estoniens, Lituaniens, qui ont aussi souffert du joug russe. 

Les pays baltes avaient sonné l’alarme depuis plusieurs années concernant la Russie et ils ne veulent pas céder un pouce, a assuré le lieutenant-colonel Gauvreau.

«Tout le monde comprend que l’hiver ne sera pas facile et que la stratégie de Poutine est de faire geler l’Europe», a convenu Janis Garisons. Pourtant, les Lettons resteront inébranlables.

«Ça va nous prendre bien plus ici (pour que l’appui de la Lettonie à l’Ukraine faiblisse). Car tout le monde ici comprend les conséquences: si l’Ukraine chute, nous sommes les prochains.»

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