Travail du sexe: la CLES claque la porte de la Fédération des femmes du Québec

MONTRÉAL — Deux organisations de femmes claquent la porte de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) à la suite de sa décision de reconnaître le travail du sexe comme un choix volontaire chez certaines lors d’une assemblée extraordinaire houleuse qui avait duré 12 heures le 28 octobre dernier.

Vivement opposée à toute reconnaissance de cette nature, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) a annoncé mercredi qu’elle avait pris cette décision après «consultation de ses 50 groupes membres et 200 membres individuels».

Le Mouvement contre le viol et l’inceste (MCVI) lui a emboîté le pas.

La fondatrice de la CLES, Diane Matte, explique que la résolution adoptée par la FFQ «est incompatible» avec la mission de son organisme «de contrer l’exploitation sexuelle, de prévenir l’entrée des femmes dans la prostitution et de soutenir celles qui souhaitent en sortir ou en sont sorties».

Elle s’insurge particulièrement contre le fait que la FFQ puisse accepter que les femmes dans l’industrie du sexe «considèrent leurs pratiques comme un travail, une affirmation qui ne tient compte ni des femmes qui sont piégées dans l’industrie du sexe ni des survivantes», affirme-t-elle.

La CLES conteste la prétention de la FFQ voulant que sa prise de position soit intersectionnelle. Elle réplique que «l’intersectionnalité des oppressions que vivent les femmes — pauvreté, violence, racisme, misogynie, colonialisme, etc. — commande de protéger les plus marginalisées en refusant d’accepter que la prostitution constitue pour elles un filet social ou un « travail »».

La CLES soutient que, même si elle reconnaît que les femmes font effectivement des choix, elle ne peut ignorer «qu’elles les font dans divers contextes — de survie, de manipulation affective, de nécessité financière, de contrainte, etc. — qui ne peuvent être balayés du revers de la main».

L’organisme soutient que de ne pas tenir compte de ce contexte «de multiples oppressions» équivaut à abandonner les femmes les plus marginalisées en les renvoyant à leurs choix individuels et à «se priver, comme mouvement féministe, de leviers d’intervention précieux tant en prévention que pour contrer la demande pour des actes sexuels tarifés».

La CLES souligne que certaines femmes qui affirment avoir choisi d’être dans l’industrie du sexe fréquentent régulièrement la CLES. Elle soutient que d’«évacuer les facteurs sociaux et systémiques qui mènent de nombreuses femmes à faire le « choix » de la prostitution, tout en entretenant l’idée qu’il s’agit d’un travail, les culpabilise pour l’exploitation qu’elles subissent, contribue à leur stigmatisation et rend l’accès à des ressources pour la sortie et l’après sortie difficile».

Les deux organismes reprochent à la FFQ d’avoir choisi une voie menant à plus de divisions, mettant en péril sa représentativité ainsi que l’avancement de l’égalité pour toutes.

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Je trouve dommage que la FFQ – dans sa mouture actuelle – fasse disparaître les entremetteurs, les proxénètes et les acheteurs de sexe, qui sont en presque totalité des hommes pour charger les femmes d’une responsabilité » qui sert d’alibi à l’industrie. Pourtant, la société canadienne a fait le choix inverse il y a quatre ans, en maintenant la criminalisation des exploiteurs tout en décriminalisant leurs victimes. ait-on des femmes prostituées des « boucliers humains » pour préserver les intérêts commerciaux et sexuels des hommes? On peut se poser la question.

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