Travailleurs ontariens: le PQ brandit le spectre du saccage de la Baie-James

QUÉBEC — L’idée de voir des travailleurs ontariens ériger des barrages hydro-électriques en sol québécois est loin de faire l’unanimité.

Lancée lundi par le premier ministre François Legault, cette proposition risque de semer la pagaille sur les chantiers de construction, selon l’opposition péquiste, qui brandit déjà le spectre d’une répétition possible du saccage de la Baie-James survenu en 1974.

Lors de sa visite au premier ministre ontarien Doug Ford, lundi, le premier ministre Legault lui a offert de laisser de côté l’énergie nucléaire pour écouler les surplus d’hydro-électricité produits par le Québec. Il a aussi suggéré de recruter des travailleurs ontariens pour bâtir les futurs  barrages québécois, le cas échéant.

Mercredi, lors d’une mêlée de presse, le premier ministre Legault a réaffirmé sa proposition, aussitôt jugée «irresponsable» par le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

«On est capables de les construire nous-mêmes nos infrastructures», a-t-il plaidé en conférence de presse, en marge d’une réunion de son caucus.

Il a servi une leçon de nationalisme au premier ministre, en disant qu’il fallait d’abord «privilégier les nôtres».

Directement visée par cet enjeu, la députée péquiste de Duplessis, Lorraine Richard, qui représente la Côte-Nord, a renchéri pour dire que la proposition était inacceptable et qu’elle ne passerait pas.

En 1974, de violents affrontements étaient survenus entre centrales syndicales rivales, qui avaient dégénéré, au point d’entraîner la fermeture du chantier de la Baie-James pendant deux mois, les dommages ayant été évalués à 31 millions $.

Un tel scénario pourrait-il se reproduire? «Ça pourrait être ça», a estimé Mme Richard, se disant prête à se battre pour «défendre les travailleurs» du Québec.

«Quand les gens ont besoin de travailler et qu’un premier ministre qui est à peine arrivé au pouvoir veut leur enlever le pain et le beurre, c’est pas un climat favorable dans notre coin de pays d’entendre de tels propos», a-t-elle commenté.

Le premier ministre Legault a justifié sa proposition controversée, mercredi, en disant que l’Ontario misait sur les emplois créés par la rénovation prévue de ses centrales nucléaires. L’idée du Québec serait donc d’offrir à l’Ontario une solution de rechange: renoncer à son projet de rénovation et acheter plutôt l’électricité du Québec comme source d’énergie propre et moins coûteuse. De plus, le Québec offrirait des emplois aux travailleurs de l’Ontario pour participer à la construction éventuelle de nouveaux barrages au Québec, si la demande est présente.

Selon lui, alors qu’Hydro-Québec engrange des surplus pour plusieurs années, le projet de construire de nouveaux barrages n’est justifiable que si l’Ontario s’engage à acheter l’énergie du Québec.

Les discussions entre le Québec et l’Ontario à ce sujet ne sont que «préliminaires» a précisé M. Legault, qui échafaude depuis quelques années son projet de «Baie-James du 21e siècle» pour assurer le développement économique du Québec des prochaines décennies.

L’opposition libérale a exprimé elle aussi sa désapprobation de voir d’éventuels emplois de qualité cédés aux voisins de l’Ontario.

«Il est hors de question de céder une partie de notre plus importante ressource naturelle à une autre province», a commenté le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’Énergie et de Ressources naturelles, Saul Polo, par voie de communiqué.

Quelle serait la langue de travail?

Le premier ministre a par ailleurs esquivé la question de la langue de travail qui serait utilisée sur ces chantiers de construction ouverts aux travailleurs ontariens.

Questionné à savoir si les Ontariens  devraient parler français pour être embauchés sur les chantiers du Québec, M. Legault n’a pas voulu se commettre, répondant par une boutade: «Écoutez, on n’est pas rendu là. Et est-ce qu’il y aura des femmes peut-être aussi?» 

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