Trudeau annonce des engagements financiers lors du sommet de l’ASEAN

PHNOM PENH, Cambodge — Le premier ministre Justin Trudeau a dévoilé samedi une série d’engagements financiers dont l’objectif est de renforcer les liens économiques et éducationnels avec l’Asie du Sud-Est, une région qui a été négligée au cours des dernières décennies.

«C’est une réorientation générationnelle», a lancé M. Trudeau aux dirigeants réunis à Phnom Penh à l’occasion du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud‑Est.

«J’annonce des investissements concrets qui démontrent l’importance de notre engagement dans cette relation», a-t-il ajouté avant d’énumérer la liste des mesures prises qui totaliseront 333 millions $.

M. Trudeau a prononcé un discours à l’occasion du Sommet commémoratif ANASE-Canada célébrant les 45 ans de relations entre le Canada et ces pays du sud-est asiatique. 

Ces dix pays s’étaient regroupés pour conclure une entente de libre-échange avec le Canada.

Ce bloc et le Canada souhaitent se distancier de la Chine en raison de mésentente sur une foule de sujets allant des droits de la personne à la propriété intellectuelle.

«Il n’y a pas de surprise. Les cartes sont sur la table. Notre objectif est d’être présents dans la région», a déclaré la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly.

M. Trudeau a annoncé une série d’engagements financiers répartis sur cinq ans.

Le gouvernement investira notamment 133 millions $ pour l’établissement d’une aide internationale dite féministe, dont le quart sera réservé à des organisations canadiennes dans la région.

Le Canada créera un nouveau fonds commun pour les océans de 84,3 millions $ pour lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Il dépensera 40 millions $, notamment pour l’engagement de la société civile et du secteur privé du Canada dans la région et pour soutenir des travaux de recherche à l’appui de l’élaboration des politiques.

Une somme de 24 millions est prévue pour établir une Porte commerciale canadienne. Un montant identique sera consacré à la Fondation Asie-Pacifique pour établir une présence physique dans la région indopacifique. D’autres sommes sont réservées à des échanges éducationnels et commerciaux.

Le cabinet de M. Trudeau a annoncé que l’ASEAN avait accordé le statut de partenaire stratégique global au Canada, la plus haute reconnaissance pour un pays non membre. Les États-Unis et l’Inde ont eux aussi obtenu ce statut. Jusqu’à maintenant, seules l’Australie et la Chine avaient reçu cette reconnaissance.

L’ASEAN est le sixième plus important partenaire commercial du Canada.

La majorité de la population de l’ASEAN est âgée de moins de 30 ans, une donnée démographique qui fait naître de nouvelles occasions économiques dans la région. La classe moyenne est en croissance en Indonésie et en Thaïlande. Certaines entreprises ont déjà commencé à relocaliser des emplois au Vietnam et aux Philippes, enchantés de la possibilité d’exploiter une main-d’œuvre à bon marché.

M. Trudeau a aussi rencontré le premier ministre cambodgien Hun Sen.

«Notre objectif est d’être plus présents dans la région», a-t-elle souligné. Elle a rappelé que le gouvernement libéral avait ouvert des ambassades en Afrique qui avaient été fermées par le précédent gouvernement conservateur.

Wayne Farmer, président du Canada-ASEAN Business Council, déplore que le Canada accuse un retard sur les États-Unis, l’Australie, la Grande-Bretagne et la France dans la région.

«C’est la région la plus éloignée du Canada. C’est encore plus loin que l’Afrique, c’est encore plus loin que le nord de l’Asie et c’est encore plus loin que l’Europe. Ce n’est pas si surprenant que nous soyons des derniers arrivés, dit-il. Mais dans le monde d’aujourd’hui, avec les communications et les moyens de transport, ce n’est plus une excuse.»

Jeffrey Reeves, directeur de recherche de la Fondation Asie-Pacifique, dit que l’Occident pâtit de ne pas avoir aidé les pays émergents à fabriquer des vaccins contre le COVID-19.

«La Chine a fourni des vaccins à la majorité des pays d’Asie pendant que l’Occident a gardé l’approvisionnement pour lui et empêché des transferts technologiques, avance-t-il. C’est le genre de chose qui ne passe pas inaperçue et qu’on n’oublie pas.»

Stéphanie Martel, une professeure en relations internationales de l’Université Queen’s, croit que le Canada pourrait jouer un rôle dans l’établissement de consensus sur différents sujets. Le Canada pourrait améliorer ses relations en se concentrant sur les expériences individuelles de chaque pays du sud-est de l’Asie plutôt qu’en prétendant qu’ils sont l’emprise de la Chine ou des États-Unis.

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