Trudeau copréside une conférence de l’ONU avec un appel à la coopération mondiale

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a lancé un appel à la coopération internationale, jeudi, lors d’une importante réunion des Nations unies visant à atténuer les impacts sociaux et économiques dévastateurs de la pandémie de COVID-19.

Et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a tacitement approuvé la capacité du Canada à réunir de plus grands groupes de pays pour servir le bien commun — un élément clé de la campagne canadienne pour obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité.

La conférence COVID-19 avait lieu alors que le Canada se dispute, avec la Norvège et l’Irlande, l’un des deux sièges mis au vote le mois prochain à New York. La plateforme du Canada vise justement à reconstruire le monde post-pandémique, et M. Trudeau a déclaré jeudi que la visioconférence, qui réunissait plus de 50 chefs d’État et de gouvernement, illustrait très bien cet objectif.

Le premier ministre canadien a déclaré que cette conférence était le résultat d’un travail continu avec le deuxième hôte, le premier ministre jamaïcain Andrew Holness, pour atténuer les impacts du changement climatique. «Le Canada a une longue tradition de réunions, de rassemblements de personnes pour traiter de questions plus vastes, et c’est certainement un rôle que nous espérons jouer au sein du Conseil de sécurité des Nations unies», a déclaré M. Trudeau.

«Nous l’avons démontré aujourd’hui, sur une question sur laquelle nous travaillons depuis cinq ans en termes de développement, de financement et d’amélioration des flux économiques vers les pays dans le besoin. Là-dessus, nous pouvons rassembler des masses critiques de consensus à travers le monde.»

M. Trudeau a soutenu que le Canada, s’il était au Conseil de sécurité, pourrait aider à trouver un terrain d’entente avec les cinq membres permanents, qui disposent d’un droit de veto, et qui sont dans l’impasse depuis des années sur de nombreuses questions, notamment la guerre sanglante en Syrie.

«Je suis bien sûr d’accord avec le premier ministre. Je n’ai jamais vu le travail du Conseil (de sécurité) paralysé par des membres élus» (non permanents), a déclaré Antonio Guterres.

Trump isolé

MM. Trudeau, Guterres et Holness ont entamé la visioconférence de plusieurs heures en réaffirmant leur soutien aux institutions multilatérales, qui doivent mener la reprise, selon eux. «Nos concitoyens doivent avoir confiance dans les institutions internationales qui ne laissent personne de côté et sont capables de surmonter les défis mondiaux», a déclaré M. Trudeau dans son allocution d’ouverture.

Des dizaines de chefs d’État et de gouvernement ont ensuite pris la parole, dont la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, Emmanuel Macron, et le premier ministre britannique, Boris Johnson, ainsi que des représentants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et du secteur privé. Le président américain, Donald Trump, était absent, tout comme le président chinois, Xi Jinping. M. Trump a fait valoir que des dirigeants avisés accordaient la priorité aux intérêts de leur propre pays.

M. Guterres a toutefois soutenu que les États-Unis et la Chine soutiendraient les différents comités créés lors de la réunion de jeudi pour lui faire rapport d’ici juillet sur la reprise financière.

Tour à tour, Mme Merkel, M. Macron et M. Johnson, entre autres, ont critiqué à mots couverts l’approche du président Trump — sans jamais mentionner son nom. Mme Merkel a rappelé que l’Allemagne avait mis à l’ordre du jour le changement climatique lors de sa dernière présidence du G7. M. Trump doit être l’hôte du sommet du G7 cette année.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a noté que la pandémie pourrait pousser certains pays à se concentrer sur leurs propres besoins. «Or, ce n’est pas bien: nous devons travailler ensemble et les uns pour les autres.»

M. Macron, qui n’a jamais hésité à critiquer son homologue américain par le passé, a déclaré jeudi que l’action collective du système multilatéral était cruciale. Boris Johnson, parfois considéré comme un parent politique du président Trump, en a rajouté. «Aucun pays ne détient les clés de la victoire contre notre ennemi invisible», a-t-il déclaré. «Si nous voulons vaincre la COVID-19, parvenir à une reprise mondiale et éviter une future pandémie, nous devons travailler ensemble par-delà les frontières.»

L’Irlande et la Norvège, rivales du Canada pour les deux sièges non permanents du Conseil de sécurité, ont fait écho à ce sentiment. «Ce n’est pas le moment de chercher la confrontation et de se tourner vers soi», a déclaré la première ministre norvégienne, Erna Solberg. «Saisissons ce moment pour assurer une coopération plus globale afin de reconstruire un monde plus sain, plus vert, plus juste, égalitaire et durable.»

Vote du Conseil de sécurité

Le sous-texte du vote imminent pour les sièges au Conseil de sécurité était également affiché. M. Trudeau a courtisé le soutien de divers grands blocs de votes en Afrique, en Asie et dans les Antilles, parce que les pays européens devraient se rassembler autour de la Norvège et de l’Irlande.

La première ministre de la Barbade, Mia Mottley, qui préside actuellement la Communauté des Caraïbes (CARICOM), composée de 20 pays, a remercié M. Trudeau pour ses remarques, mais elle a espéré que cette rencontre au sommet ne servira pas simplement à lancer des voeux pieux.

À moins que les pays ne se réunissent maintenant pour coordonner un plan de relance, l’ONU estime que la pandémie pourrait réduire de près de 8500 milliards $ US l’économie mondiale au cours des deux prochaines années, poussant dans l’extrême pauvreté 34,3 millions de personnes cette année et potentiellement 130 millions de plus au cours de la prochaine décennie.

L’ONU a déclaré que tous les pays sont confrontés à des tensions économiques en raison de la pandémie, en particulier les pays en développement qui étaient déjà en «état de surendettement» avant la crise et ne peuvent pas se permettre d’amortir le coup pour leurs citoyens ou de prendre des mesures de relance budgétaire.

La conférence a abordé «six domaines d’action urgents» pour mobiliser le financement nécessaire à une reprise mondiale:

— augmenter les liquidités dans l’économie mondiale;

— contrer les vulnérabilités liées à l’endettement;

— impliquer les créanciers du secteur privé dans les plans de redressement;

— faire cesser les mouvements illicites de capitaux;

— augmenter les sources de financement externes pour favoriser une croissance inclusive et la création d’emplois;

— élaborer des stratégies pour que les pays sortent plus fort de la crise, atteignent les objectifs de développement durable, luttent contre les changements climatiques et rétablissent l’équilibre entre l’économie et la nature.

«Malgré toutes les avancées technologiques et scientifiques de ces dernières décennies, nous traversons une crise humaine sans précédent à cause d’un virus microscopique», a déclaré M. Guterres. «Nous devons répondre avec unité et solidarité.»