Trudeau défend le ministre Sajjan après la motion de censure des conservateurs

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau défend son ministre de la Défense Harjit Sajjan, après que ce dernier eut fait l’objet d’une motion de censure à la Chambre des communes.

Le premier ministre a utilisé une partie de sa déclaration liminaire lors de sa première mise à jour sur la COVID-19 en une semaine pour vanter les services antérieurs de M. Sajjan en tant que policier et officier militaire.

Et M. Trudeau a affirmé que les conservateurs, qui ont parrainé la motion symbolique de censure de M. Sajjan, qui a reçu l’appui du Bloc québécois et du NPD, tentent de salir la réputation du ministre.

«Nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire pour protéger tous ceux qui choisissent de servir leur pays», a déclaré M. Trudeau, vendredi, lors de la conférence de presse virtuelle depuis son domicile où le premier ministre est isolé après avoir voyagé en Europe.

«Pendant que Erin O’Toole fait de la petite politique malhonnête, nous, dans notre équipe, on reste concentrés sur les vrais enjeux. On soutient tous les membres des Forces armées. On soutient, vous, et votre famille, et on travaille tous les jours pour bâtir un avenir meilleur pour tout le monde.»

Lorsqu’on lui a demandé s’il licencierait M. Sajjan, qui est le seul ministre de la Défense du Canada depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux en octobre 2015, M. Trudeau a répondu: «Il continue d’avoir ma confiance qu’il est la bonne personne pour le poste.»

Les trois partis ont appelé séparément à la démission de M. Sajjan.

M. Sajjan fait l’objet de vives critiques depuis que l’ancien ombudsman militaire Gary Walbourne a révélé il y a plusieurs mois qu’il avait signalé pour la première fois au ministre en mars 2018 une allégation d’inconduite sexuelle impliquant le chef de la défense de l’époque, Jonathan Vance.

M. Sajjan et le gouvernement libéral ont déclaré que toutes les procédures appropriées avaient été suivies, et M. Trudeau a fait valoir que le ministre était déterminé à diriger le changement qui, selon beaucoup, est nécessaire pour remédier aux diverses lacunes dans la culture de l’armée.

Mais les conservateurs et certains experts disent qu’il aurait fallu en faire plus à l’égard de l’allégation soulevée par M. Walbourne, qui, selon Global News, concerne un courriel obscène que M. Vance aurait envoyé à une subalterne en 2012, avant qu’il ne devienne chef de la défense.

M. Vance a nié tout acte répréhensible.

Certains ont également tenu le ministre pour responsable de l’échec de l’armée à traiter le problème plus large de l’inconduite sexuelle dans les rangs.

La motion conservatrice critiquait également M. Sajjan pour sa gestion de l’affaire judiciaire impliquant le vice-amiral Mark Norman et l’accusait d’avoir induit les Canadiens en erreur au sujet de la décision des libéraux de retirer les avions de chasse d’Irak et de ses propres états de service.

Des documents obtenus par les conservateurs en 2017 suggéraient que les responsables irakiens étaient mécontents du retrait par le Canada des CF-18 de la guerre contre Daech. Cela semblait contredire les assurances de M. Sajjan selon lesquelles la décision avait été bien reçue.

M. Sajjan a également été contraint de s’excuser la même année auprès d’anciens combattants canadiens après avoir affirmé lors d’un voyage en Inde avoir été l’«architecte» de la plus grande bataille du Canada en Afghanistan, l’opération Medusa, en 2006.

Plusieurs vétérans ont exprimé en privé leur colère à l’égard des propos de M. Sajjan. Le ministre n’a pas dit pourquoi il avait exagéré son rôle dans l’opération Medusa, qui a également vu 12 soldats canadiens tués dans ce qui reste l’opération la plus sanglante pour les Forces armées canadiennes depuis la guerre de Corée.

La défense de M. Sajjan par le premier ministre est intervenue peu de temps après que le chef d’état-major par intérim, le lieutenant-général Wayne Eyre, a présidé une cérémonie de passation de commandement assombrie par l’échec de l’armée à lutter contre les inconduites dans les rangs.

«Ce sont des moments difficiles pour les Forces armées canadiennes, des moments où nous faisons face à une menace sérieuse (et) peut-être existentielle non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur», a déclaré M. Eyre alors que le vice-amiral Bob Auchterlonie était installé à la tête du Commandement des opérations interarmées du Canada.

«Nous protégeons et promouvons certaines valeurs chez nous et dans le monde, mais il est devenu ultra clair que nous avons souvent échoué à protéger et à promouvoir ces valeurs dans nos propres rangs. Cela a érodé notre crédibilité auprès des Canadiens, la foi dans le leadership et la confiance vitale qui doit exister entre chaque membre des Forces armées canadiennes», a poursuivi M. Eyre.

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