Trudeau demande aux policiers de protéger les pêcheurs autochtones de homard en N.-É.

HALIFAX — Justin Trudeau a appelé vendredi les agences fédérales à assurer la sécurité des Autochtones impliqués dans une pêche au homard «autoréglementée», alors que la veille, un chef mi’kmaq avait demandé au premier ministre de passer de la parole aux actes.

Deux affrontements violents ont impliqué mardi quelque 200 personnes dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Le chef Mike Sack, de la première nation Sipekne’katik, a qualifié jeudi d’«inutile» la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans ce conflit. Le chef Sack a demandé à M. Trudeau d’aller au-delà des tweets réconfortants et de commencer à envoyer des renforts pour les forces de l’ordre sur terre et en mer.

Questionné par les journalistes vendredi, à Ottawa, M. Trudeau a soutenu que son gouvernement avait appelé à la fin de la violence et de l’intimidation. Il a aussi convenu que son gouvernement devait assurer des services de police adéquats pour «que tout le monde soit protégé».

«Nous continuerons certainement de travailler à la réconciliation avec les peuples autochtones, en reconnaissant leurs droits, établis depuis un certain temps, concernant les pêches, et nous devons trouver une voie qui fonctionnera pour tout le monde», a-t-il dit.

Les manifestants non autochtones s’opposent à la décision des Mi’kmaq de lancer une pêche commerciale au homard «autoréglementée» en septembre — avant la saison prévue par la réglementation fédérale, vers la fin de novembre. M. Sack soutient que les peuples autochtones du Canada atlantique et du Québec ont le droit de pêcher où et quand ils le souhaitent, conformément à un arrêt de la Cour suprême du Canada de 1999, qui se base sur des traités signés par la Couronne au 18e siècle.

Cependant, de nombreux détracteurs non autochtones citent une clarification publiée quatre mois après l’arrêt de 1999 selon laquelle les droits issus de ces traités sont tout de même assujettis aux règles fédérales, afin d’assurer la conservation de la ressource, en consultation avec les Autochtones. Les Mi’kmaq soutiennent qu’ils discutent avec divers ordres de gouvernement pour définir le concept de «subsistance convenable».

Darryl Davies, un professeur de criminologie à l’Université Carleton, à Ottawa, a estimé vendredi que les affrontements tendus montrent que la GRC n’a pas assez de policiers dans ses détachements en régions. Les policiers n’ont alors d’autre choix que de se tenir prêts, plutôt que de commencer à procéder à des arrestations, quand il n’y a pas assez de «bottes sur le terrain» pour réprimer une émeute potentielle. «Si vous êtes dans une foule et que vous voyez seulement 10 policiers autour, vous vous dites: ‘Qui va m’arrêter?’»

Le professeur Davies croit aussi que les événements de cette semaine illustraient un manque de planification pour une situation qui pouvait dégénérer depuis plus d’un mois — depuis le lancement de la pêche autochtone, à la mi-septembre. Un porte-parole de la GRC, le sergent Andrew Joyce, a indiqué dans un courriel que la présence policière augmentait de jour en jour depuis les événements de mardi.

Une vente populaire de homard

Pendant ce temps, des militants autochtones ont montré peu de signes de recul dans leur volonté de créer un marché pour cette «pêche autoréglementée». Un petit groupe s’est installé vendredi devant l’Assemblée législative à Halifax pour vendre du homard, et une centaine de personnes ont fait la file pour acheter les prises de Cheryl Maloney, membre de la communauté de la première nation Sipekne’katik.

La vente et l’achat de homard sans licence commerciale fédérale sont considérés comme illégaux, en vertu d’un règlement provincial. «Le premier ministre (de Nouvelle-Écosse) doit prendre bonne note de ce soutien et faire ce qui est juste et modifier la loi, afin de la rendre conforme à nos droits», a déclaré Mme Maloney.

Joël Comeau, un pêcheur de Meteghan, se dit inquiet pour sa petite communauté à prédominance francophone, qui est tiraillée par ces tensions persistantes avec les pêcheurs autochtones de la baie de Sainte-Marie. Il a annoncé vendredi qu’il démissionnait de son poste au sein de l’Union des pêcheurs des Maritimes, parce que lui et sa famille étaient fatigués d’essayer de plaider pour une solution négociée.

Le pêcheur de 45 ans soutient que le ministère fédéral des Pêches n’a pas réussi à inclure toutes les parties dans les négociations et que les frustrations avaient pris le dessus.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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