Dénonciations d’un geste incompréhensible et élan de solidarité pour Toronto

Le premier ministre précise par ailleurs qu’il est «assez clair» qu’il n’y a pas de connexion à la sécurité nationale du pays, même s’il faudra encore du temps pour comprendre les motivations du suspect.

Photo : La Presse Canadienne

OTTAWA — Mines sombres et têtes baissées, les élus à la Chambre des communes ont observé un moment de silence pour marquer les événements de lundi à Toronto.

«Beaucoup trop tôt, nous revoilà, une fois de plus, en train d’offrir des condoléances», s’est désolé le président de la Chambre, Geoff Regan, avant que les élus ne partagent ce moment de recueillement, mardi après-midi.

Tôt le matin, le premier ministre Justin Trudeau avait convoqué la presse au foyer de la Chambre pour exprimer sa tristesse et rassurer les citoyens. «Attaque insensée», «tragédie horrible», l’événement qui a fait 10 morts et 14 blessés ne doit pas pousser les Canadiens à vivre dans la peur, a déclaré le premier ministre.

Et alors qu’Alek Minassian s’apprêtait à comparaître à Toronto pour répondre à dix accusations de meurtre au premier degré et 13 accusations de tentative de meurtre, les politiciens à Ottawa ne pouvaient pas supposer ses motifs.

«Les enquêtes continuent. (…) Pour les motifs, les motivations, ça va prendre encore un peu de temps pour comprendre ce qui était dans la tête de l’agresseur dans cette situation», a avancé M. Trudeau pendant son court point de presse dans le foyer de la Chambre.

«Les Canadiens se posent beaucoup de questions et nous sommes tous ensemble à nous poser des questions sur cette attaque insensée», a-t-il ajouté.

«On doit déterminer tous les faits (…), l’histoire de l’homme (…). Qui est cet homme? A-t-il des problèmes de santé mentale? On doit arriver à des conclusions. Et après, on pourra avoir une bonne discussion (…) pour trouver (des stratégies) pour améliorer la sécurité publique», a commenté, de son côté, le chef conservateur Andrew Scheer avant d’entrer aux Communes, en début d’après-midi.

Son député Erin O’Toole méditait, lui, sur la nécessité de bloquer l’accès aux voitures dans tous les lieux où se retrouvent des piétons en grand nombre. «Nous devons voir après chaque nouveau genre d’attaque ce que nous pouvons en apprendre pour prévenir la prochaine attaque», a dit le député qui connaît bien ce coin de Toronto où il a déjà eu un bureau d’avocat. 

Pas une question de sécurité nationale

M. Trudeau a réaffirmé, mardi matin, que l’affaire n’ayant aucun lien avec la sécurité nationale, le niveau d’alerte au pays ne change pas. Les plans de sécurité pour le sommet du G7, à Charlevoix en juin, non plus.

Mais il veut tout de même se pencher sur la sécurité publique vu les «circonstances changeantes de notre monde». «Nous ne devons pas commencer à vivre dans la peur, dans l’incertitude à tous les jours quand on se promène dans nos villes et quand on vit nos vies», a-t-il conseillé, vantant la nécessité de «rester un pays ouvert et libre et à l’aise dans nos valeurs».

Des applaudissements pour les premiers répondants

Comme la veille dans sa déclaration écrite, le premier ministre a offert mardi matin, de vive voix, ses sincères condoléances aux victimes et à leurs proches. Il a salué les premiers répondants de «calibre extraordinaire», dont les efforts ont certainement contribué à sauver des vies.

En fin de journée, son ministre de la Sécurité publique s’est joint aux applaudissements, depuis Toronto.

«Les policiers et les premiers répondants ont pris en charge cette situation extrêmement difficile avec un professionnalisme remarquable et avec courage. Et ils méritent nos remerciements», a dit le ministre Ralph Goodale avant de faire rapport sur la réunion ministérielle du G7 à laquelle il participait.

À Ottawa, plusieurs élus sont revenus sur le comportement du policier qui a arrêté Alek Minassian sans un coup de feu.

«Il a démontré un professionnalisme extraordinaire (…). Il a été courageux (…). J’étais très fier de cet officier, mais je n’étais pas surpris», a noté le secrétaire parlementaire Bill Blair, lui qui a dirigé les services de police de Toronto.

«Le courage du constable Ken Lam mérite d’être spécialement souligné. Sa retenue et son calme face au chaos est un exemple de professionnalisme et de courage», a déclaré le leader parlementaire néo-démocrate Guy Caron en Chambre.

Solidarité pour Toronto

Le député Caron y est aussi allé d’une expression de solidarité pour Toronto, élan repris par plusieurs.

«Comme le Canada, Toronto est forte, diversifiée, aimante et courageuse. Rien de ce qui est arrivé hier ne va changer cela», a-t-il offert.

«Toronto est une ville forte, a repris le chef conservateur Scheer. Ses résidants auront notre appui alors qu’ils se retrouvent non seulement dans la colère et la peine, mais aussi dans la solidarité.»

«En tant que Montréalaise, je suis de tout coeur avec la population et je suis convaincue que mes compatriotes montréalais sont avec moi dans ce moment difficile», a contribué, pour sa part, Mélanie Joly à son arrivée en Chambre.

La reine Élisabeth II et son mari, le prince Philip, ont aussi témoigné de leur solidarité dans un communiqué transmis mardi après-midi.

«Le prince Philip et moi-même unissons nos voix à celles de tous les Canadiens pour exprimer la tristesse que nous ressentons face à la terrible tragédie qui a secoué Toronto hier. Nous offrons nos plus vives condoléances aux familles et aux amis de ceux qui ont perdu la vie et nous entretenons, pour tous ceux qui ont été blessés et touchés par cet incident, l’espoir d’un rétablissement complet», ont-ils déclaré. 

De Washington, les présidents américain et français ont ajouté leurs voix aux sympathies exprimées.

«Nos coeurs accompagnent les familles éplorées», a déclaré Donald Trump, tandis que son hôte Emmanuel Macron reprenait le même sentiment. «Dans ces moments aussi, nous nous tenons ensemble», a assuré le président français.

Le président Macron avait déjà téléphoné à M. Trudeau dans la soirée de lundi pour lui exprimer sa solidarité et lui offrir l’aide de la France.

Le premier ministre ne prévoyait pas aller à Toronto tout de suite.

«Ça continue d’être une enquête active. J’ai l’intention d’y aller dès que ça aura du sens que j’y aille. Pour l’instant, je pense qu’on va laisser les gens faire leur travail sans trop de perturbations», a expliqué M. Trudeau.

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