Québec et Ottawa s’entendent sur la voie de contournement de Lac-Mégantic

LAC-MÉGANTIC, Qc — Près de cinq ans après la tragédie ferroviaire qui avait enflammé leur centre-ville et coûté la vie à 47 personnes, les Méganticois ont obtenu l’assurance que les trains ne traverseront plus le coeur de leur municipalité.

Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard ont confirmé, vendredi matin, s’être entendus sur le financement de la voie de contournement ferroviaire réclamée depuis le déraillement de train catastrophique du 6 juillet 2013.

Ottawa épongera 60 pour cent de la facture et Québec, les 40 pour cent restants. Le coût total de cette voie de 12,8 kilomètres est évalué à 133 millions $.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, et plusieurs élus régionaux étaient présents au moment de l’annonce, réalisée devant la gare patrimoniale de cette municipalité de l’Estrie.

La nouvelle de la construction d’une voie de contournement avait déjà fait surface, mais son tracé suggéré, qui évite le centre-ville, et le partage des coûts restaient à être confirmés.

Le premier ministre Philippe Couillard s’est dit conscient que cette entente de principe était «grandement attendue», mais il a rappelé qu’un projet d’une telle envergure «ne peut pas s’improviser».

Des cinq tracés analysés par la municipalité dans le cadre d’une étude de faisabilité, il fallait en retenir un «juste assez éloigné, mais aussi juste assez proche pour soutenir le développement économique», a relevé M. Couillard.

Le premier ministre québécois a dit passer le flambeau au gouvernement fédéral, qui devient «maître d’oeuvre» de ce projet.

«Le jour de l’annonce d’un projet d’infrastructure, les politiciens impliqués sont normalement tout sourire, mais pas aujourd’hui», a pour sa part souligné le premier ministre Justin Trudeau.

«Nous espérons qu’en veillant à ce que les trains quittent le centre-ville pour de bon, nous contribuerons à alléger le fardeau (des Méganticois)», a-t-il poursuivi, le ton grave.

Ce projet représente plus qu’un simple déplacement de rail, a renchéri la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, applaudissant «un grand projet de reconstruction sociale».

«C’est la reconnaissance de la part de tous les Canadiens et de tous les Québécois de la profonde blessure qu’a vécue la région de Lac-Mégantic», a-t-elle soutenu.

Présente à l’annonce de vendredi matin, l’ancienne mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy Laroche a accueilli la nouvelle avec enthousiasme.

«Je pense à tous mes concitoyens qui vivent encore des moments difficiles à la suite de la tragédie, a commenté Mme Roy Laroche, qui était en poste au lors du déraillement mortel. Pour nous tous, c’est une autre façon de nous reconstruire personnellement et socialement.»

Gilbert Carette, qui fait partie d’une coalition de citoyens en faveur de la voie de contournement, a pour sa part affirmé que cette annonce était importante pour les résidants qui étaient toujours traumatisés par le terrible événement.

«Chaque fois que le train siffle, c’est comme un petit cauchemar, a-t-il déclaré. Les gens veulent tourner la page.»

Citoyens mécontents

Ce ne sont toutefois pas tous les Méganticois qui sont d’accord avec la solution proposée. Une dizaine de personnes armées de pancartes ont d’ailleurs profité de l’annonce de vendredi pour exprimer leur mécontentement. 

Selon Marc Garneau, les autorités fédérales s’entendront bientôt avec les 44 propriétaires qui devront céder les quelque 80 terrains nécessaires à la construction de la voie de contournement. Le ministre a bon espoir que les travaux seront terminés d’ici 2022.

L’un de ses propriétaires, Michel Dallaire, peinait à contenir sa colère en racontant aux journalistes que la nouvelle voie couperait sa terre en deux.

«Ma terre est finie, elle ne vaut plus rien, s’est plaint M. Dallaire, qui possède le lot depuis 17 ans. Je ne suis pas gros, mais ça va prendre un bulldozer pour me faire bouger de là.»

Une autre manifestante, Rita Boulanger, a souligné que les trains étaient toujours garés au sommet de la pente menant à la ville, comme c’était le cas il y a cinq ans.

Elle a soutenu que bien des résidants préféreraient que le gouvernement règle les problèmes de sécurité et conserve le tracé actuel de la voie ferrée.

«Ce n’est pas vrai que les gens sont traumatisés, a-t-elle affirmé. Ils sont tannés. Nous voudrions tourner la page et passer à autre chose, mais ça fait cinq ans qu’ils se traînent les pieds.»

Durant son allocution, Justin Trudeau a reconnu qu’il était impossible de trouver une solution plaisant à tout le monde.

«Lorsque l’on déplace une voie ferrée, on la déplace d’un endroit vers un autre. Il y a des terres privées partout autour de la ville et il est clair que la nouvelle voie aura un impact sur certaines personnes, a-t-il indiqué. Mais nous croyons avoir choisi le meilleur chemin pour aller de l’avant.»

Ottawa est aussi parvenu à une entente avec le promoteur du projet, Central Maine & Quebec Railway. L’entreprise ferroviaire, née des ruines de la Montreal Maine and Atlantic (MMA), exploitera la nouvelle infrastructure, dont elle sera également propriétaire, selon le cabinet du premier ministre Trudeau.

La tragédie du 6 juillet 2013 avait été causée par un convoi transportant du pétrole brut. Ses 72 wagons avaient été garés pour la nuit en haut d’une pente à Nantes. Le train s’était mis en branle de lui-même, prenant de la vitesse et déraillant au petit matin. Il avait explosé au coeur de Lac-Mégantic, dévastant le centre-ville et tuant 47 personnes au passage.

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