Trudeau et Tam démasqués à l’intérieur, dans certaines circonstances

OTTAWA — Mardi, l’Agence de la santé publique du Canada a révisé ses directives pour recommander le port de masques trois épaisseurs en tout temps à l’intérieur. Vendredi, Justin Trudeau et les administrateurs de l’agence tentaient, en point de presse, d’expliquer pourquoi ils s’accordent des exceptions.

Dans une salle sans fenêtre de la cité parlementaire, le premier ministre retirait son masque pour lire une allocution, puis répondre à des questions. Un exercice qui l’a gardé là pendant un peu plus de trois quarts d’heure. La majorité de ce temps, il parlait démasqué.

Et depuis mardi, les parlementaires ont continué à se réunir à la Chambre des communes, sans masque. Le port du masque dans la cité parlementaire n’est exigé que pour les déplacements dans les corridors. Cette directive qui date du 18 septembre n’a pas changé et au bureau du président de la Chambre, on n’indiquait pas cette semaine un quelconque exercice de révision.

Interrogé sur la contradiction entre ces comportements et la nouvelle directive des autorités sanitaires fédérales, M. Trudeau a dit qu’il devait ôter le masque pour «parler clairement».

Pour ce qui est des habitudes aux Communes, il semble croire que la réflexion devrait se faire.

«Je pense que c’est une question qui se pose, sur les parlementaires qui sont dans un espace clos. Il va falloir qu’on regarde un petit peu la ventilation au niveau d’une Chambre des communes, mais c’est quand même un très grand espace», a-t-il dit.

Depuis qu’ils ont pris l’habitude de donner directives et recommandations en public, les administrateurs de l’agence, Theresa Tam et Howard Njoo, ont toujours souligné que les risques d’infection augmentent lorsqu’une personne parle, chante ou crie.

Comment expliquer qu’eux aussi, comme M. Trudeau, ôtent leurs masques pour parler au micro des conférences de presse?

«D’après moi, si c’est seulement quelques minutes dans un point de presse, (…) pour répondre aux questions, quand on utilise le micro, ça peut aller», a répondu Dr Njoo qui est resté dans cet espace pendant une heure et quart, ôtant son masque à chacune de ses réponses.

Aérosols et masques

Les deux docteurs n’ont pas voulu faire un lien direct entre leurs plus récentes directives et le risque d’infection par aérosols. Depuis mardi, les journalistes et les scientifiques qu’ils interrogent en sont réduits à tenter de deviner ce qui a motivé la nouvelle recommandation du port de masque trois épaisseurs à l’intérieur, même à une distance de plus de deux mètres de son prochain.

Dre Tam a maintenu qu’on ignore toujours à quel point les aérosols, goutelettes minuscules, sont responsables de la propagation de la COVID-19.

Elle souligne que depuis des mois, l’agence, tout comme la communauté scientifique mondiale, reconnaît que les gouttelettes de différentes tailles «jouent un rôle».

«Quelle est l’importance du rôle joué par les plus petites gouttelettes, ou aérosols? Ceci continue à être l’objet de recherches», a-t-elle dit, tout en rappelant les cas d’éclosions dans des chorales et des gymnases.

«Nous en sommes à l’automne et à l’hiver. Nous ne pouvons pas aller à l’extérieur – c’est là que les aérosols sont dilués – ou ouvrir des fenêtres aussi facilement. C’est important de voir ce que nous pouvons faire de plus», s’est-elle contenté d’offrir.

Elle n’était pas prête non plus à donner des conseils de meilleure ventilation pour les édifices, un domaine en dehors de l’expertise de son agence, mais qu’elle explore en ce moment, en faisant appel à d’autres spécialistes.

Pour ce qui est des masques trois épaisseurs dorénavant recommandés, Dre Tam a confié que les tests faits en laboratoire par son agence ont révélé que le coton pour les deux couches extérieures du masque est à recommander. «Le virus ne survit pas vraiment très longtemps sur du coton», a-t-elle rapporté.

La troisième couche filtrante, au milieu du masque, peut être faite de polypropylène non tissé.

«Ce matériau d’entoilage (utilisé en couture) est facilement accessible et sécuritaire pour cet usage», a affirmé Dre Tam.

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