Trudeau exhorte à de nouvelles règles sur les avions en zones de conflit

MUNICH — Le Canada fait pression pour de nouvelles règles internationales afin de protéger les avions de passagers volant à proximité de zones de conflit, a déclaré vendredi le premier ministre Justin Trudeau lors d’une importante conférence sur la sécurité à Munich, en Allemagne.

Cinq semaines après la mort de 176 personnes, dont 57 Canadiens, lorsque l’armée iranienne a lancé deux missiles sur un avion de ligne ukrainien, M. Trudeau a déclaré qu’il travaillait avec les Pays-Bas et d’autres partenaires pour mettre en œuvre plusieurs recommandations visant à rendre le monde plus sécuritaire pour les passagers.

«Les Pays-Bas, avec 10 autres pays, ont été frappés par une tragédie trop similaire il y a six ans lorsque le vol 17 de Malaysia Airlines a été abattu», a affirmé M. Trudeau lors d’un discours à la Conférence de Munich sur la sécurité.

«Alors que la perte de vies est déchirante, le fait que cela puisse se produire plus d’une fois est épouvantable.»

En juillet 2014, 298 personnes ont été tuées lorsque l’avion malaisien a été abattu par un missile sol-air tiré depuis un territoire pro-russe contrôlé par les séparatistes en Ukraine. Les deux tiers des victimes étaient des ressortissants néerlandais. Il y avait un Canadien à bord.

M. Trudeau a déclaré que l’un de ses premiers appels après la tragédie de l’avion ukrainien avait été fait au premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui lui a dit qu’une liste de recommandations avait été établie après l’écrasement de l’appareil malaisien pour essayer d’améliorer la sécurité pour les civils. M. Trudeau a indiqué: «J’ai promis à ce moment-là avec lui» de mettre en œuvre ces recommandations.

Une rencontre samedi

Le Canada a créé un groupe de travail de pays qui ont également perdu des citoyens lorsque le vol PS752 d’Ukraine International Airlines a été abattu au début de janvier.

Le bureau de M. Trudeau n’a pas encore fourni de renseignements supplémentaires sur les recommandations ou sur le fonctionnement de l’initiative.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, organise une réunion du groupe de travail conjoint à Munich samedi. M. Trudeau sera alors de retour à Ottawa. 

L’avion a été abattu plusieurs heures après que les Iraniens eurent lancé des missiles sur des bases militaires irakiennes abritant des soldats américains, en représailles du meurtre par les États-Unis d’un haut général iranien lors d’une frappe de drones à Bagdad la semaine précédente. Alors que l’Iran avait d’abord nié qu’un missile avait abattu l’avion, il a admis trois jours après l’accident que ses militaires avaient tiré les missiles après avoir cru que l’avion était une cible hostile.

Des questions ont été immédiatement posées sur la raison pour laquelle l’avion avait été autorisé à décoller alors que les tensions étaient si fortes.

«Des millions de personnes montent à bord d’un avion chaque jour, et elles ne devraient pas se demander si elles pourraient devenir des cibles par inadvertance», a déclaré M. Trudeau.

Impatience à l’égard de l’Iran

Le Canada continue de pousser l’Iran à mener une enquête approfondie sur l’accident et perd patience contre la réticence de l’Iran à envoyer les boîtes noires de l’avion en France afin qu’elles puissent être analysées.

M. Trudeau est intervenu dans une réunion prévue entre le ministre François-Philippe Champagne et le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, vendredi, à Munich, dans l’espoir que cela aiderait à mettre davantage de pression sur l’Iran.

«J’ai promis aux familles canadiennes de faire tout ce que je pouvais pour m’assurer qu’elles obtiennent des réponses, que nous ayons une enquête complète, que nous comprenions exactement ce qui s’est passé», a-t-il fait valoir.

Le discours de M. Trudeau à Munich a également présenté une défense appuyée des organisations internationales pour résoudre certains des plus grands problèmes du monde.

L’influence d’organisations multilatérales comme l’OTAN ou les Nations unies est menacée, au milieu d’une montée du nationalisme et du protectionnisme dans le monde.

Cette défense a été faite alors que le premier ministre continue de faire campagne pour la candidature du Canada à un siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations unies, l’une des organisations multilatérales les plus puissantes du monde qui a également vu son rôle et son influence ébranlés ces dernières années.

La relation entre l’Iran et les États-Unis de même que la crise entourant l’épidémie du nouveau coronavirus vont occuper une importante place dans les discussions au cours des trois jours de la conférence.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré cette semaine que le COVID-19 était «l’ennemi public numéro 1» sur la planète.

Le ministre Champagne a dit avoir rencontré son homologue chinois, Wang Yi, en marge de la conférence à Munich. Dans un compte-rendu tard vendredi, il a indiqué avoir «abordé les dossiers (des détenus canadiens) Michael Kovrig et Michael Spavor, qui revêtent une importance prioritaire pour le gouvernement du Canada».

M. Champagne a aussi exprimé la solidarité du Canada envers les personnes touchées par la présente éclosion du coronavirus en Chine et a assuré de l’aide continue du Canada. Il a aussi reconnu l’aide apportée par la Chine dans le rapatriement de plus de 400 Canadiens qui se trouvaient à Wuhan, indique le compte-rendu.

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