Trudeau, inquiet de la hausse de cas à travers le pays, plaide auprès des provinces

OTTAWA — Justin Trudeau met en garde les provinces et les villes qui, sous la pression du milieu des affaires, allègeraient trop vite les règles sanitaires.

Le premier ministre a entamé sa conférence de presse de mardi en s’inquiétant de l’augmentation des cas de COVID-19 à travers le pays.

«J’implore les premiers ministres des provinces et nos maires, s’il vous plaît, faites la bonne chose. Agissez maintenant pour protéger la santé publique», a plaidé M. Trudeau.

Il a dit comprendre ceux qui s’inquiètent du ralentissement économique. Cependant, selon lui, si l’activité économique n’est pas suspendue pour des raisons sanitaires, la suite sera pire.

«On n’est pas en train de faire des faveurs aux entreprises en essayant de garder plus ouvert longtemps, quand on voit les cas continuer à augmenter», de l’avis de M. Trudeau qui imagine un grand nombre d’entreprises faisant faillite si la pandémie n’est pas maîtrisée aussi rapidement que possible.

Au cours des derniers jours, l’Ontario a allégé les restrictions dans ses zones les plus touchées par la pandémie. Et en Alberta des voix s’élèvent pour reprocher à Jason Kenney de favoriser l’économie plutôt que la santé de ses citoyens.

Ainsi, lundi, 70 médecins albertains ont signé une lettre ouverte destinée à M. Kenney et à son ministre de la Santé, réclamant du «leadership» et un «confinement sévère» de deux semaines.

«Nous avons besoin de règles, pas de suggestions», ont-ils écrit.

M. Trudeau n’a pas voulu pointer l’Alberta ou l’Ontario en particulier.

«On voit des cas records dans des juridictions qui pourraient en faire plus pour amener des règles et limiter l’expansion, l’éclosion de la COVID-19», s’est-il contenté de dire.

Il a cependant semblé reprendre l’avertissement d’un des signataires de la lettre albertaine, Dr Joe Vipond, qui, en entrevue avec le réseau CTV cette semaine, disait que «l’espoir, ce n’est pas une stratégie».

«Nous savons (…) que d’agir rapidement, de fermer tôt, d’imposer des restrictions dès que les cas augmentent, c’est mieux que de retarder et d’espérer que ça va partir tout seul», a offert M. Trudeau.

Le premier ministre Trudeau a répété, comme il le fait depuis le printemps, que le gouvernement fédéral est là pour offrir un appui financier aux travailleurs et aux entreprises. 

«Si vous pensez que quelque chose manque dans l’aide que nous offrons à nos citoyens, dites-le nous», a-t-il proposé à ses homologues des provinces et aux maires des villes canadiennes.

Le premier ministre ontarien qui a décidé d’ouvrir bars et restaurants, avec certaines limites, a dit ne pas savoir si le message de M. Trudeau s’adresse à lui directement.

«Nous avons besoin de plus d’aide pour les entreprises (…) d’aide financière», a réclamé Doug Ford.

François Legault, lui, n’a pas raté l’occasion lorsque la question lui a été soumise à Québec. 

Celui qui n’est sûrement pas dans la mire d’Ottawa puisqu’il maintient les règles strictes imposées à ses zones rouges «au moins» jusqu’au 23 novembre, a rappelé que les provinces veulent une augmentation des transferts en santé.

La chose est «urgente» et «importante», a insisté le premier ministre québécois, parce qu’il faut embaucher du personnel et que si Ottawa distribue de l’argent, jusqu’à maintenant, ce ne sont pas des sommes récurrentes.

Pour ce qui est du pouvoir d’Ottawa d’invoquer les mesures d’urgence pour imposer des règles sanitaires à travers le pays, M. Trudeau assure qu’on n’en est pas là. 

Il a ainsi repris ce qu’il dit aux premiers ministres des provinces depuis le début de la pandémie.

«Il y a eu des discussions sur la loi sur les mesures d’urgence au printemps, et je les ai assurés à ce moment-là et je peux continuer de les assurer que je ne pense pas qu’on a besoin d’utiliser des mesures d’urgence. Je pense qu’on travaille très bien ensemble», a-t-il déclaré.

Inquiétude chez les entreprises

Manifestement inquiétée par la sortie du premier ministre, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a diffusé un communiqué en fin d’après-midi.

«Quand on dit à la population « qu’on doit se tenir ensemble », cela ne signifie pas qu’il faut demander aux propriétaires de PME de couvrir, à eux seuls, les frais entourant la protection de la société», peut-on y lire.

La fédération souligne les lacunes qu’elle relève dans l’aide fédérale aux entrepreneurs. 

«La générosité de la subvention salariale a été réduite de 75 % à 65 % et aucune majoration supplémentaire n’est prévue pour les entreprises touchées par la deuxième vague de fermetures», fait remarquer, par exemple, la FCEI.

Et aux provinces à qui Ottawa demande de s’empresser de fermer des activités commerciales pour ralentir la propagation des infections, la FCEI demande plutôt d’«éviter le recours au confinement généralisé» et de ne pas utiliser le confinement «pour envoyer un message à la population que la COVID-19 est un enjeu sérieux». 

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