Rayes appuie le projet de loi sur la laïcité pendant que Scheer le dénonce

OTTAWA — Le chef conservateur et son lieutenant québécois ne s’entendent pas sur le projet de loi sur la laïcité du gouvernement caquiste.

Alain Rayes appuie publiquement le projet de loi 21, parlant de gouvernement légitime, élu sur cette promesse, tandis que Andrew Scheer continue de dire que son parti s’engage à protéger les droits individuels.

Le schisme entre les deux hommes est apparu mercredi alors que nombre de politiciens étaient appelés à commenter la sortie du maire de Hampstead, William Steinberg, qui associe l’initiative législative du gouvernement Legault à du «nettoyage ethnique».

À Ottawa comme à Québec, pour la deuxième journée consécutive, on a réclamé des excuses et condamné les propos.

En se joignant au concert de reproches, le député Rayes a exprimé son opinion sur le projet de loi.

«Il y a un gouvernement qui est légitime en ce moment, qui a été élu avec cette promesse, qui tente par tous les moyens de la réaliser. Je pense que ce n’est sûrement pas en ayant des propos comme ça qu’on aide le débat», a déclaré M. Rayes à son arrivée à la réunion de son caucus, mercredi matin.

Puis il a exprimé son espoir que le projet devienne loi.

«Moi, à titre personnel, je pense que (…) le gouvernement est capable de trouver un compromis acceptable pour que les gens puissent se sentir bien dans tous les sens», a-t-il espéré.

M. Rayes rejoint ainsi au moins deux de ses collègues — Pierre Paul-Hus et Jacques Gourde — qui, la semaine dernière, exprimaient leur appui au projet de loi 21 beaucoup plus subtilement.

Invité à commenter les déclarations de son lieutenant, M. Scheer s’est contenté de répéter ce qu’il a dit au dépôt du projet de loi.

«J’ai expliqué ma position de manière très, très claire. Nous sommes le parti qui a toujours appuyé les droits et libertés individuels. Et on va toujours travailler pour garder ces droits et protéger ces droits. Ça, c’est notre position. Ça, c’est clair», a insisté le chef conservateur à sa sortie de la réunion de son caucus.

Pluie de reproches au maire de Hampstead

«Je pense que les Québécois doivent être respectés, et quand je vois le maire de Hampstead en remettre, je trouve qu’il manque de respect envers la majorité des Québécois», a déploré le premier ministre François Legault, en mêlée de presse, dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

À Ottawa, M. Scheer, tout comme le premier ministre Justin Trudeau, réclamait que le maire de Hampstead s’excuse, pendant que le chef néo-démocrate Jagmeet Singh l’invitait à «faire attention aux mots».

Après avoir rappelé sa propre opposition au projet de loi 21, le premier ministre Trudeau a jugé «inacceptables» les paroles du maire.

«Il y a des gens qui sont extrêmement inquiets par ce projet de loi et je les comprends. Mais on ne devrait pas utiliser des propos comme ça», a-t-il ajouté.

«Il y a assez de substance dans ce débat pour l’avoir de façon respectueuse», de l’avis du premier ministre.

«C’est un choix de mots très inacceptable», a dénoncé à son tour M. Scheer.

«On peut critiquer le projet de loi. Ma position sur ce projet de loi était claire. Mais on peut critiquer le projet de loi sans exagérer», a-t-il dit.

Pas de condamnation officielle aux Communes

Malgré toutes ces déclarations publiques, les bloquistes n’ont pas réussi à convaincre la Chambre des communes d’adopter une motion contre le maire Steinberg.

«Que cette Chambre condamne les propos tenus par le maire de Hampstead, William Steinberg, qui a qualifié, le 5 avril dernier, le projet de loi 21 sur la laïcité de l’Assemblée nationale du Québec de « nettoyage ethnique »», affirmait la motion.

Présenté par la députée bloquiste Monique Pauzé, mercredi après-midi, le texte aurait eu besoin de l’accord de tous les élus présents en Chambre pour être adopté sur-le-champ. Cet accord lui a été refusé par un «non» lancé par quelques députés qui n’ont pas eu à s’identifier.

Un conservateur à l’écart

Plus tôt dans la journée, le député conservateur Gérard Deltell a refusé, deux fois plutôt qu’une, de condamner les propos du maire, sous prétexte que ce débat «appartient à la scène provinciale».

«Quand on dit débat, ben évidemment, il peut y avoir des propos qui parfois peuvent surprendre, peuvent décevoir. Mais c’est ça, un débat politique», a offert le député Deltell, à la porte de la réunion de son caucus.

Les responsables de dérapages

Pendant ce temps, à Québec, libéraux et caquistes s’accusaient mutuellement d’être responsables du «dérapage» du maire Steinberg.

«C’est sûr que ce que la CAQ fait au Québec, de façon générale, incite à ce genre d’excès. (…) Il y a des projets de loi qui sont divisifs et, évidemment, ça amène souvent à des excès», a accusé le chef libéral par intérim Pierre Arcand.

«Il n’y a pas de surprise qu’il y ait quelques dérapages, que ce soit émotif. (…) En n’ayant pas réglé le problème depuis 11 ans, c’est certain que ça permet à des gens de se diviser», lui a offert en réplique le premier ministre Legault.

Le maire Steinberg fait actuellement l’objet d’une plainte devant la Commission municipale du Québec. «On va laisser la commission faire son travail, maintenant bon, moi je pense qu’il est en train de s’isoler et il est en train de se mettre à dos la majorité des Québécois», a commenté M. Legault.

Le député libéral fédéral Anthony Housefather, qui était aux côtés du maire de Hampstead vendredi au moment de sa déclaration, trouve «dommage» que le maire ne s’excuse pas.

M. Housefather compte participer au prochain rassemblement contre le projet de loi, ce week-end à Montréal. Il croit que le maire Steinberg n’y sera pas.