Trudeau réitère vouloir que Québec accueille davantage d’immigrants

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau persiste et signe: il souhaite que le Québec reçoive davantage d’immigrants, maintenant ainsi un affrontement frontal avec la vision du gouvernement du Québec.

«Le Québec a depuis longtemps la capacité d’augmenter ses seuils d’immigration. Je sais que chaque fois que je parle à des propriétaires d’entreprises à Montréal ou en région ils soulignent à quel point c’est important de contrer la pénurie de main-d’œuvre», a dit mercredi M. Trudeau en arrivant à la réunion du caucus libéral.

Le premier ministre a renchéri que «l’immigration faite de la bonne façon» est une réponse adéquate à cette situation. «On sera toujours là pour aider M. Legault s’il veut créer plus de croissance économique au Québec», a-t-il ajouté.

Le gouvernement libéral fédéral a dévoilé mardi ses plans pour une augmentation massive du nombre de nouveaux arrivants, dans le but de voir 500 000 immigrants arriver chaque année d’ici 2025, alors qu’Ottawa cherche à pallier une grave pénurie de main-d’œuvre dans tout le pays.

Pas question, dit Legault

La nouvelle a été bien mal accueillie par Québec, qui a réitéré que le seuil de 50 000 immigrants est nécessaire «afin de respecter (la) capacité d’accueil, de francisation et d’intégration» du Québec et qui a réclamé plus de pouvoirs en immigration afin de protéger le français.

À son arrivée au conseil des ministres mercredi matin, le premier ministre du Québec, François Legault, a réitéré que le Québec peine déjà à respecter sa capacité d’accueil. 

«Déjà, à 400 000, il y avait un problème, donc à 500 000 encore plus. Je comprends qu’il manque de main-d’œuvre, mais il reste que déjà à 50 000, ça donne à peine 10 % du 500 000, on a du mal à arrêter le déclin du français.» 

Quelques heures plus tard, la nouvelle ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, s’est présentée devant les médias pour dire que c’est le Québec qui fixe le nombre d’immigrants permanents qu’il reçoit annuellement «et ça ne changera pas, peu importe le nombre d’immigrants qui arrivent ailleurs au Canada».

Le seuil déterminé par Québec est «basé sur notre capacité à accompagner les gens en matière de francisation», a-t-elle soutenu. La ministre a toutefois évité de dire si ce seuil pourrait être augmenté advenant que la province puisse accueillir davantage d’immigrants francophones, estimant «qu’on n’en est pas là».

L’opposition libérale à l’Assemblée nationale souhaite que le Québec accueille aux alentours de 70 000 immigrants. Sa porte-parole en matière d’emploi, Madwa-Nika Cadet, a néanmoins affirmé lors d’une mêlée de presse que «c’est à Québec de fixer ses propres seuils d’immigration en fonction des besoins du marché du travail».

Poids politique

Mardi, le lieutenant politique du fédéral pour le Québec, Pablo Rodriguez, a évité de dires’il considère que hausser de la sorte le seuil pancanadien met de la pression pour que Québec accepte d’accueillir plus d’immigrants s’il ne veut pas voir son poids démographique décliner, affirmant simplement que «c’est une opportunité pour le Québec».

Questionné sur ce même point mercredi avant-midi, le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, a répondu qu’il avait basé sa décision de cibles d’immigration dans un intérêt pancanadien.

«C’est essentiel pour moi de faire la décision qui est (bonne) pour tout le pays. C’est essentiel selon moi d’accueillir beaucoup de nouveaux arrivants pour améliorer la pénurie de main-d’œuvre (et) les problèmes démographiques», a-t-il soutenu.

Appelé à expliquer comment le fédéral allait s’assurer que l’arrivée de nombreux nouveaux arrivants n’allait pas amplifier la crise du logement qui sévit un peu partout au pays, M. Fraser a affirmé qu’Ottawa y va d’une «approche réfléchie».

Il a indiqué que le plan d’immigration dévoilé la veille inclut des dispositions pour que les nouveaux arrivants soient dirigés dans des communautés qui ont la «capacité» de les recevoir.

Il a aussi dit que des immigrants qualifiés pourraient aider à la construction de logements. «Nous avons de nouvelles flexibilités avec notre système d’entrée express (qui va) débuter en 2023 et nous permettre d’amener des travailleurs ici pour répondre aux besoins des secteurs qui ont les plus grands besoins», a dit le ministre.

M. Rodriguez a quant à lui répété que Québec «a déjà les pouvoirs, s’il le veut, d’augmenter de façon importante le nombre d’immigrants qu’il reçoit et qui soient 100% francophones».

Quant au poids politique, il a rappelé que son gouvernement a déposé un projet de loi pour maintenir à 78 le nombre de sièges du Québec à la Chambre des communes. Cela ne fait toutefois que freiner la diminution de la représentation de la province qui allait perdre un siège, mais n’empêche pas qu’elle soit proportionnellement moins présente puisque des sièges seront ajoutés ailleurs au pays.

Mardi, le Conseil du patronat du Québec s’est réjoui que le gouvernement fédéral, avec ses nouvelles cibles, «reconnaît qu’on doit faire une plus grande place à l’immigration dans les prochaines années dans le contexte de rareté de main-d’œuvre».

«Le Québec doit davantage considérer cette avenue pour s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre», avait soutenu son vice-président aux politiques de développement de la main-d’œuvre, Denis Hamel, dans une déclaration écrite.

Selon les estimations de la population au 1er juillet 2022 réalisées par Statistique Canada, 22,3% des Canadiens résident au Québec. Ainsi, pour maintenir son poids démographique, le Québec devrait accueillir près de 112 000 de ces 500 000 immigrants.

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