Trudeau soutient que le Canada a vu pire, récemment, que le nouveau «Buy American»

DISTRICT OF COLUMBIA — Justin Trudeau est convaincu qu’après quatre années passées avec l’administration Trump, le Canada saura bien naviguer sur les mers périlleuses du nouveau régime protectionniste «Buy American» de Joe Biden.

Le premier ministre a tenu à rappeler, en conférence de presse mardi matin à Ottawa, que le Canada avait survécu aux attaques constantes de l’ancien président Donald Trump contre l’Aléna et ses assauts contre les exportateurs canadiens d’aluminium ou d’acier.

Il croit que son gouvernement libéral est beaucoup plus étroitement aligné sur l’actuelle Maison-Blanche qu’il ne l’a jamais été avec le prédécesseur «extrêmement protectionniste» de M. Biden. 

Mais M. Trudeau a refusé de dire si le Canada faisait face à une lutte plus difficile qu’en 2010, lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait réussi à obtenir des exceptions à de semblables règles protectionnistes du président de l’époque, Barack Obama.

La députée conservatrice Tracy Gray, porte-parole du parti en matière de commerce international, affirme qu’il ne suffit pas de se montrer déçus ou inquiets face à Washington: le décret, a-t-elle dit, compromettra la reprise économique de l’Amérique du Nord, et le gouvernement canadien doit négocier avec la Maison-Blanche pour que les exportateurs canadiens continuent de pouvoir participer aux marchés publics américains.

Les conservateurs étaient au pouvoir en 2010 lorsque le Canada a réussi à obtenir des dérogations. «Est-ce que nous pouvons faire confiance à Justin Trudeau pour qu’il fasse la même chose?», demande la députée dans une déclaration écrite. 

Après Keystone XL 

«Il ne suffit pas de faire part de ses préoccupations et de sa déception à l’égard des enjeux importants pour les entreprises et les travailleurs canadiens», a indiqué Mme Gray. «Le Canada et les États-Unis partagent d’étroits liens commerciaux — mais ce plan ‘Buy American’ met en péril notre reprise économique.»

Mme Gray prévoit de faire pression sur M. Trudeau à la Chambre des communes pour que le Canada réplique aux États-Unis, en particulier après la décision du président Biden, dès son inauguration, de retirer le permis pour le passage en sol américain de Keystone XL. L’oléoduc canadien devait acheminer du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’aux raffineries du golfe du Mexique. 

«Au cours des quatre dernières années, nous avons été confrontés à une administration américaine à la fois imprévisible et extrêmement protectionniste, et nous avons pu à chaque étape de la route défendre les intérêts canadiens», a déclaré M. Trudeau. «Nous étions là pour pouvoir défendre les intérêts du Canada et je peux vous dire que nous continuerons de défendre efficacement les intérêts du Canada avec cette nouvelle administration.»

Dérogations «limitées» 

En annonçant les nouvelles règles, lundi, le président Biden a prévenu que des dérogations ne seraient accordées que dans «des circonstances très limitées». L’objectif de cette politique, pierre angulaire de la campagne électorale du candidat démocrate, était d’arracher le soutien des mêmes cols bleus protectionnistes qui avaient contribué à l’élection de Donald Trump en 2016.

Le décret vise à s’assurer que les fabricants, les travailleurs et les fournisseurs américains profitent des quelque 600 milliards $ US en contrats d’approvisionnement accordés par le gouvernement fédéral chaque année. Le décret de lundi fixera notamment un seuil plus élevé pour ce qui sera qualifié de «fabriqué aux États-Unis», établira des outils de surveillance plus stricts et appliquera les règles de manière plus rigide.

Le décret met également en place un bureau «Made in America», rattaché à la Maison-Blanche, pour contrôler le recours aux dérogations, ces exceptions qui permettent justement aux entrepreneurs, fabricants et fournisseurs canadiens d’accéder à une source commerciale lucrative et souvent essentielle.

Ce bureau «examinera les dérogations pour s’assurer qu’elles ne sont utilisées que dans des circonstances très limitées — par exemple, lorsqu’il y a un besoin impérieux de sécurité nationale, humanitaire ou d’urgence ici aux États-Unis», a prévenu le président Biden, lundi. «Ça ne s’est jamais produit auparavant; ça va arriver maintenant.»

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