Trump doit changer le cours de la campagne et Biden doit éviter les bévues

Quelques questions clés avant le débat télévisé de jeudi soir. 

NASHVILLE — Le candidat républicain Donald Trump et son rival démocrate Joe Biden se présenteront sur la scène pour un débat pour la seconde et dernière fois jeudi soir au Tennessee. La joute de 90 minutes aux heures de grande écoute a lieu 12 jours seulement avant le jour du scrutin.

Quelques questions clés avant le débat:

DONALD TRUMP PEUT-IL CHANGER LA TRAJECTOIRE DE LA COURSE?

Donald Trump ne peut pas se permettre un débat qui maintiendrait le statu quo dans la campagne. Les sondages nationaux lui prédisent une défaite face à Joe Biden, et bien que certains sondages dans des États importants soient plus serrés, même certains des propres alliés de M. Trump s’inquiètent à haute voix de la perspective d’une défaite sans équivoque. Ce débat représente sa meilleure et peut-être dernière opportunité de changer les contours de la course sous le regard de dizaines de millions d’Américains.

Le candidat républicain a raté sa chance lors du premier débat le mois dernier, tandis que son approche d’attaque sans relâche s’est retournée contre lui. M. Trump a esquivé une autre occasion en refusant de participer au deuxième débat après que les organisateurs eurent décidé que les candidats se feraient face virtuellement en raison de préoccupations concernant l’infection au coronavirus du président.

M. Trump doit trouver un moyen de concentrer le débat —et les élections plus largement — sur M. Biden et les éléments de son parcours qui jouent contre lui. Mais pour ce faire, il doit éviter de se faire le centre de l’attention, ce qui ne vient pas naturellement au candidat républicain.

LE «SILENCIEUX» ASSURERA-T-IL UNE CERTAINE COURTOISIE?

Le bouton pour mettre en sourdine a attiré beaucoup d’attention avant le débat, mais son impact peut être surestimé.

Compte tenu des interruptions incessantes par M. Trump lors du premier débat, la Commission sur les débats présidentiels a ajouté une nouvelle règle qui coupera le micro de chaque candidat tandis que l’autre prononcera ses remarques de deux minutes au début de chacun des six sujets de débat. Le reste de chaque bloc de 15 minutes sera une discussion ouverte, sans aucune mise en sourdine, indique la commission.

Le changement permettra aux candidats d’avoir au moins un certain temps pour répondre aux questions sans interférence. En fin de compte, cependant, le bouton de sourdine ne peut être utilisé que pour un total combiné de 24 minutes durant un débat de 90 minutes. C’est largement le temps pour les candidats de croiser le fer de manière chaotique.

DONALD TRUMP SAURA-T-IL MIEUX ABORDER SA RÉPONSE À LA PANDÉMIE?

Qu’il le veuille ou non, le président républicain devra parler plus que sommairement du coronavirus. Et il devra trouver une meilleure réponse que lors du premier débat pour convaincre des électeurs à l’écoute qu’il est en contrôle de la situation.

Ce ne sera pas facile.

Les infections au coronavirus atteignent leur plus haut niveau depuis des mois. Plus de 220 000 Américains en sont morts. Et plutôt que de travailler sur un plan complet fondé sur la science pour arrêter la propagation, M. Trump a passé ces derniers jours à attaquer l’expert en maladies infectieuses le plus respecté du pays, le Dr Anthony Fauci, tout en sapant la recommandation de sa propre administration de porter des masques.

Lors du premier débat, M. Trump a souligné sa décision datant de plusieurs mois de mettre en vigueur une interdiction partielle de voyager avec la Chine comme preuve qu’il faisait du bon travail. Il a également mis en évidence des statistiques soigneusement sélectionnées qui minimisaient l’ampleur de la crise. Il devra proposer quelque chose de mieux que cela s’il veut convaincre qui que ce soit d’autre que sa base la plus fidèle qu’il n’a pas complètement baissé la garde face à la crise sanitaire américaine la plus meurtrière depuis un siècle.

COMMENT JOE BIDEN GÉRERA-T-IL LES ATTAQUES CONTRE SON FILS?

M. Trump et ses alliés dans les médias conservateurs ont intensifié leur attention sur la malfaisance présumée du fils de Joe Biden, Hunter, ces derniers jours. L’équipe de M. Biden s’attend à ce que M. Trump fasse de ces allégations une pièce maîtresse de sa stratégie de débat.

Le président a tenté de mettre sur la table dans le premier débat Hunter Biden et sa consommation de drogue, un travers que le jeune Biden a publiquement reconnu. Mais l’attaque de M. Trump s’est peut-être retournée contre lui lorsque M. Biden a déclaré qu’il était fier de son fils, qui, comme beaucoup d’Américains, s’était battu pour vaincre une dépendance.

M. Trump estime qu’il a plus de munitions cette fois-ci, à la suite de la publication d’une histoire dans un tabloïd offrant une tournure étrange aux préoccupations concernant le travail de Hunter Biden à l’étranger. L’article s’attarde à des renseignements prétendument récupérés sur l’ordinateur portable de Hunter Biden, bien que ces éléments n’aient pas été vérifiés et, s’ils sont légitimes, ne lient aucunement le candidat Biden à de la corruption.

L’équipe de Joe Biden considère que la question est une distraction par rapport à des préoccupations beaucoup plus urgentes — à savoir la pandémie — mais le candidat démocrate devra certainement défendre son intégrité et celle de sa famille, jeudi soir.

EST-CE QUE JOE BIDEN PEUT ÉVITER DE JOUER DANS LE «NARRATIF» RÉPUBLICAIN?

Le plus grand ennemi de Joe Biden jeudi soir est peut-être lui-même.

M. Trump a eu du mal à trouver une ligne d’attaque efficace contre le démocrate de 77 ans, mais le politicien de carrière a eu son lot de bourdes qui ont fait de lui une cible de choix des républicains pour le tourner en dérision depuis des années.

À cette fin, M. Trump, 74 ans, et ses alliés ont passé une grande partie de l’année à remettre en question la santé mentale et physique de M. Biden. Bien que M. Biden ait apaisé ces interrogations avec une solide performance lors du premier débat, elles ne se sont pas évaporées. Il doit éviter tout faux pas embarrassant sur scène qui viendrait alimenter le «narratif» républicain plus large selon lequel il n’est pas à apte diriger le pays.

M. Biden sera certainement préparé. Il a passé quatre des cinq derniers jours sans événement public afin de pouvoir s’attarder presque exclusivement aux préparatifs pour le débat.

Tout de même, le passé de bévues pour lesquelles Joe Biden n’a que lui-même à blâmer soulève la possibilité distincte qu’il puisse nuire à sa campagne, avec ou sans l’aide de M. Trump. Le fait que les attentes envers M. Biden sont plus élevées à la suite de la faible performance de M. Trump lors du premier débat n’aide en rien le candidat démocrate.

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