Trump et Biden essaient de se coller sur Fauci pour séduire les électeurs

Le directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases a été cité hors contexte dans une publicité du camp Trump. 

Le président Donald Trump et son rival démocrate Joe Biden essaient tous les deux de profiter de la crédibilité de l’expert le plus connu des maladies infectieuses des États-Unis, le docteur Anthony Fauci, alors qu’ils courtisent l’électorat.

M. Trump le cite hors contexte, selon le docteur Fauci.

M. Biden, de son côté, s’empresse de promettre qu’il sollicitera les conseils du docteur Fauci s’il est élu.

L’automne est difficile pour le docteur Fauci, qui s’est toujours tenu loin des querelles politiques pendant sa carrière de cinquante ans en santé publique. Le médecin s’en est pris à la campagne Trump, qui auraient inséré ses propos dans une publicité électorale pour faire croire qu’il est dans son camp.

M. Biden ne rate pas une chance de s’associer aux positions du docteur Fauci.

Il suffit de consulter les sondages concernant la fiabilité des candidats — et celle du docteur Fauci — pour comprendre ce qui se passe.

Un sondage réalisé en septembre par la fondation Kaiser Family révélait que 68 % des Américains se fient beaucoup ou passablement au docteur Fauci pour leur fournir des informations fiables au sujet du coronavirus. Comparativement, 52 % des Américains croient la même chose de M. Biden et 40 % de M. Trump.

La campagne Trump a commencé à diffuser la semaine dernière une publicité dans laquelle le docteur Fauci dit, «Je ne peux pas imaginer quelqu’un (…) qui aurait fait plus» pour endiguer le virus. Le médecin semble vanter le président, mais le docteur Fauci précise qu’il parlait de la réponse globale du gouvernement fédéral.

M. Biden a traité l’opinion du docteur Fauci depuis le début de la pandémie comme l’Évangile, demandant aux gouverneurs «d’écouter le docteur Fauci» alors qu’ils assouplissaient les mesures de confinement dans leurs États. Il a aussi promis de demander au docteur Fauci, le directeur de longue date du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, de continuer à agir comme conseiller concernant le coronavirus s’il est élu le mois prochain.

Lors du débat vice-présidentiel de la semaine dernière, sa colistière, la sénatrice Kamala Harris, a indiqué qu’elle attendrait les conseils du docteur Fauci avant de décider si elle se ferait vacciner, une fois un vaccin disponible.

«Le fait que les deux candidats s’accrochent au docteur Fauci en dit long, a expliqué Steven Webster, un politologue de l’Université de l’Indiana. C’est un peu un microcosme de la politique américaine: des Américains des deux côtés du ravin peuvent voir la même chose et en tirer des interprétations complètement différentes.»

La docteure Deborah Birx, qui dirige le groupe de travail de la Maison-Blanche sur le coronavirus, a dit à l’Associated Press lors d’une entrevue lundi que «la santé publique n’est pas une question politique et je pense que le docteur Fauci et moi restons fortement attachés à nos valeurs de base en transmettant un message de santé publique et, franchement, un message d’espoir que nous savons comment contrôler ce virus. Ça n’a jamais été un message politique».

La tentative de M. Trump de s’approprier l’appui du docteur Fauci a clairement irrité le médecin.

«En près de cinquante ans de service public, je n’ai jamais appuyé un candidat politique, a-t-il rappelé par voie de communiqué, dimanche. Les commentaires qui me sont attribués sans ma permission dans le message publicitaire républicain ont été extraits du contexte d’un commentaire plus large que j’ai fait il y a plusieurs mois concernant les efforts des responsables fédéraux de la santé publique.»

Le docteur Fauci a déclaré au réseau CNN lundi que la campagne devrait retirer l’annonce, estimant qu’il est «très déplorable et vraiment décevant qu’ils aient fait ça».

Il a dit à CNBC qu’«évidemment il y a plusieurs choses qui se produisent qu’on préférerait ne pas voir, comme l’annonce qui me place dans un contexte politique».

Il s’est aussi hérissé lors d’une entrevue en juillet avec le New York Times, quand on lui a demandé s’il avait été approché par la campagne Biden. «Non, a répondu le docteur Fauci. Je pense qu’ils savent que c’est préférable ainsi, que je suis dans une position délicate.»

La campagne Trump refuse pour le moment de retirer l’annonce, répliquant que les commentaires du docteur Fauci sont «ses propres mots».

«Les mots entendus sont exacts et proviennent directement de la bouche du docteur Fauci», a dit une porte-parole de la campagne, Erin Perrine.

Lors d’un événement électoral dans l’Ohio, M. Biden a souligné l’ironie de voir M. Trump se targuer d’être appuyé par le docteur Fauci, quelques jours seulement après que l’expert eut dénoncé un événement organisé par M. Trump dans le Rose Garden de la Maison-Blanche le 26 septembre pour annoncer sa candidate à la Cour suprême.

«Le docteur Fauci a décrit l’annonce du président dans le Rose Garden comme un événement de super diffusion (du virus), a dit M. Biden. Et comment est-ce qu’il (Trump) répond? Il lance une annonce nationale citant le docteur Fauci hors contexte.»

La tentative de M. Trump de se rapprocher du docteur Fauci dans les derniers jours de la campagne n’est que le plus récent rebondissement d’une relation tumultueuse. Même si le médecin a fait des pieds et des mains pour éviter de donner l’impression qu’il critiquait le président, son désaccord avec sa gestion de la crise a transparu de temps en temps.

En avril, le docteur Fauci a provoqué la colère du président en déclarant que plus de vies auraient pu être sauvées si le gouvernement fédéral avait réagi plus rapidement. «Si on avait tout fermé dès le départ, peut-être que ça aurait été un peu différent, a-t-il dit. Mais à ce moment il y avait beaucoup de résistance à tout fermer.»

Plus tard le même jour, M. Trump a retransmis sur Twitter un appel au congédiement du docteur Fauci (#FireFauci), et on s’est demandé si son emploi était alors menacé. Le lendemain, le docteur Fauci a déclaré publiquement avoir utilisé «les mauvais mots».

Lors d’une participation à une baladodiffusion en juillet, le docteur Fauci a contredit le président Trump, selon qui les États-Unis faisaient du très bon boulot pour endiguer le virus. «En tant que pays, quand on se compare à d’autres pays, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’on s’en tire très bien, a-t-il dit. Ce n’est pas le cas.»

M. Trump a plus tard dit que le docteur Fauci a «commis plusieurs erreurs». Des membres de la Maison-Blanche ont même distribué à la presse une liste de moments lors desquels le médecin se serait trompé.

Brian Ott, qui enseigne les communications à l’université Missouri State et qui a co-écrit le livre «The Twitter Presidency: Donald J. Trump and the Politics of White Rage», estime que la tentative de M. Trump de s’enrouler dans l’approbation du docteur Fauci est trompeuse, mais pas étonnante.

«Il est plus que prêt à dire tout ce qui selon lui l’aidera à être réélu, peu importe que ça corresponde ou non à ses commentaires ou comportements du passé», a-t-il dit.

Le docteur Fauci a toutefois dit qu’il serait «absolument» prêt à rester en poste l’an prochain, peu importe l’issue du scrutin.

«Je ne vais pas tourner le dos à cette épidémie, peu importe qui est président», a-t-il dit à CNBC.

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