Trump et Biden luttent pour définir les questions centrales de la campagne

SWANTON, Ohio — Lors d’un récent événement dans l’Ohio, le président Donald Trump a été interrompu à deux reprises par des partisans qui agitaient des pancartes et criaient, «Pourvois ce siège!»

«Je vais pourvoir le siège», a répliqué M. Trump, avant de se lancer dans une explication détaillée de son intention de trouver rapidement un successeur à Ruth Gader Ginsburg, la juge de la Cour suprême décédée la semaine dernière. «On dit que c’est ce qu’un président peut faire de plus important.»

Lors d’un passage au Wisconsin quelques heures plus tôt, aucune foule n’était là pour acclamer Joe Biden, dont la campagne respecte scrupuleusement les règles sanitaires pour combattre le coronavirus. La querelle concernant l’avenir de la Cour suprême était aussi essentiellement absente, puisque M. Biden est plus intéressé à parler de la pandémie, des soins de santé et de l’économie.

Depuis le décès de Mme Ginsburg vendredi, MM. Trump et Biden tentent de déterminer par quelle lentille les électeurs verront l’élection de 2020. M. Biden souhaite en faire un référendum sur M. Trump et son échec à contrôler une pandémie qui a coûté la vie à 200 000 Américains, ou discuter du sujet plus large des soins de santé au pays. M. Trump veut se concentrer sur la Cour suprême, pour mobiliser sa base et unir les républicains.

Lors d’une entrevue accordée à une station de télévision du Wisconsin, M. Biden a ouvertement admis qu’il ne souhaite pas parler de la Cour suprême, quand on lui a demandé ce qu’il pensait de la suggestion libérale d’augmenter le nombre de sièges au plus haut tribunal du pays.

«C’est une question légitime, mais laissez-moi vous dire pourquoi je n’y répondrai pas — parce que ça changerait le sujet. C’est ce qu’il veut. Il ne veut jamais discuter du problème courant, et il tente toujours de changer le sujet», a dit M. Biden au sujet de M. Trump.

Il a répété que la discussion devrait porter sur pourquoi M. Trump «va dans une direction totalement inconsistante avec ce que les fondateurs souhaitaient».

La stratégie de chaque candidat comporte des risques.

L’approche prudente de M. Biden risque de mécontenter l’aile gauche de son parti, qui veut désespérément empêcher M. Trump de donner une majorité accrue aux conservateurs à la Cour suprême. Non seulement M. Biden hésite-t-il à aborder le sujet, mais il s’est aussi distancé de ses rivaux plus libéraux lors des élections primaires, plus tôt cette année, en s’opposant à l’ajout de sièges au tribunal. 

M. Biden, qui se présente comme un centriste et a passé 36 ans au Sénat, craint que cela ne vienne accentuer les divisions à une période particulièrement polarisante de l’histoire américaine.

Et M. Trump, en s’accrochant à la question, risque d’aliéner les électeurs indécis des États principaux pour qui un siège vacant à la Cour suprême n’est aucunement aussi important que la pandémie ou l’économie mal en point.

Les sondages sont minces si peu de temps après la mort de Mme Ginsburg, mais républicains et démocrates doutent que la Cour suprême soit un sujet qui intéresse les indécis. Les proches de M. Trump admettent en privé que la question sert surtout à détourner l’attention de son leadership polarisant. Les démocrates croient quant à eux que la Cour suprême n’arrive pas au sommet des priorités des électeurs de la classe ouvrière qu’ils cherchent à convaincre.

«Je ne pense pas que ça motive les indécis, a dit Ron Harris, un des responsables du Parti démocrate dans le Midwest. Ça motive la base.»

M. Harris souligne que M. Biden ne laisse pas la question complètement de côté, «mais il essaie de nous ramener sur un terrain gagnant: l’économie, les soins de santé et la pandémie».

Malgré tout, le sujet ne disparaîtra pas d’ici le jour du scrutin. M. Trump a dit qu’il annoncera son candidat, ou sa candidate, samedi, et les républicains du Sénat semblent lui offrir suffisamment d’appuis pour faire avancer le processus de confirmation.

La pression s’accentue sur M. Trump et les républicains du Sénat pour que tout soit terminé avant le 3 novembre.

La figure de proue de M. Biden dans ce dossier pourrait être sa colistière, la sénatrice californienne Kamala Harris. En tant que membre du Comité judiciaire du Sénat, elle comptera parmi les démocrates qui questionneront le candidat de M. Trump.

Mme Harris avait rehaussé son profil national en 2018, avec ses questions acérées lors du processus de confirmation acrimonieux de Brett Kavanaugh. Les feux braqués vers elle pourraient être encore plus intenses cette fois-ci.

La campagne Biden n’exclut pas de diffuser des annonces touchant la Cour suprême d’ici la fin de la campagne, mais la décision finale n’a pas encore été prise. M. Biden aimerait aussi assister aux funérailles de Mme Ginsburg, mais même cela reste incertain.

M. Trump, pour le moment, semble bien s’amuser. Sa prochaine nomination à la Cour suprême serait sa troisième.

«Plusieurs présidents n’en ont aucune; nous en avons eu trois, a-t-il lancé à ses partisans en liesse. Ça les rend dingues, ça les rend dingues, mais pour les gens de l’Ohio, c’est ce que vous voulez.» 

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