Comment Trump et Biden se préparent au premier débat présidentiel

Si Donald Trump s’est dispensé de toute préparation officielle, Joe Biden s’est activement préparé à affronter le président américain sortant.

WASHINGTON — Quelques jours avant le premier duel entre le président Donald Trump et le candidat démocrate Joe Biden, chaque organisation promet d’offrir un contraste frappant dans les propositions, la personnalité et la préparation.

M. Trump s’est passé de toute préparation formelle. Et même si l’équipe de M. Biden pense que l’importance du débat peut être exagérée, le candidat démocrate s’est activement préparé à affronter le président.

L’organisation de Joe Biden a tenu des séances de débat simulées avec Bob Bauer, un conseiller principal et ancien avocat de la Maison-Blanche, qui jouait le rôle de son adversaire républicain, selon une personne ayant une connaissance directe des préparatifs qui a pu s’exprimer sous le couvert de l’anonymat pour discuter de la stratégie interne.

M. Bauer n’a pas réellement enfilé un costume de Donald Trump comme ce qui s’est fait par le passé, mais il représente son style et sa stratégie attendue.

«Je suis sûr que le président jettera tout ce qu’il peut à (Joe Biden). Je suppose qu’ils se préparent à cela, en le bombardant d’insultes et de digressions étranges», a avancé Jay Carney, un ancien employé de Joe Biden et du président Barack Obama.

«C’est un moment important, je pense que c’est vraiment important pour le président Trump, car la direction de cette élection est assez stable depuis longtemps maintenant, et il doit remuer le tout comme n’importe quel candidat qui traîne de l’arrière», a ajouté M. Carney.

«La question est, est-ce que cela peut fonctionner?»

MM. Trump et Biden doivent se rencontrer pour la première fois sur la scène du débat, mardi soir, à la Case Western Reserve University and Cleveland Clinic, à Cleveland, en Ohio. L’événement de 90 minutes, qui sera modéré par l’animateur de Fox News Chris Wallace, est le premier des trois débats présidentiels prévus.

Le vice-président Mike Pence et la sénatrice californienne Kamala Harris, colistière de Biden, croiseront le fer en octobre.

Une importance remise en doute

Pour certains, les débats représentent les moments les plus importants des derniers jours de la campagne 2020 — et une occasion rare pour des millions d’électeurs de comparer côte à côte les politiques et les personnalités des candidats à la télévision aux heures de grande écoute. Joe Biden a mené dans les sondages pendant toute l’année, une réalité qui donne au président une incitation urgente à changer la direction de la course.

D’autres, dont des poches de campagne Biden, ne s’attendent pas à ce que les débats changent fondamentalement la course quoi qu’il arrive, étant donné la situation des citoyens qui affrontent une pandémie et un contexte économique difficile. Ils évoquent également des débats très médiatisés lors d’élections passées, considérés comme des moments décisifs à l’époque, qui ont finalement eu peu d’effet durable.

Ceux qui sont au courant des préparatifs de M. Biden laissent entendre qu’il ne se laissera pas entraîner dans un combat de coqs s’il peut l’éviter. Mais samedi, il était en mode attaque lorsqu’il a discuté de sa stratégie sur MSNBC.

«Je suis prêt à sortir et à expliquer pourquoi je pense qu’il a échoué et pourquoi je pense que les réponses que je dois apporter aideront le peuple américain, l’économie américaine et nous rendront plus en sécurité sur le plan international», a-t-il soutenu, ajoutant que M. Trump ne convaincrait personne avec ses attaques car «les gens savent que le président est un menteur».

Il a dit qu’il ne s’attendait pas à ce que son adversaire articule une vision détaillée pour un deuxième mandat.

«Il ne sait pas comment débattre des faits, car il n’est pas si intelligent, a poursuivi le candidat démocrate. Il ne connaît pas tant de faits que ça. Il ne sait pas grand-chose de la politique étrangère. Il ne sait pas grand-chose de la politique intérieure. Il ne sait pas grand-chose des détails.»

Parler aux Américains

Alors que Joe Biden a déclaré qu’il essaierait d’être un vérificateur de faits sur scène, on conseille au démocrate d’éviter les confrontations directes et de réorienter plutôt la discussion vers les thèmes de campagne qui importent le plus aux électeurs: l’économie, les soins de santé et la pandémie.

«Débattre sur des faits, plaider pour savoir si ce qu’il dit est exact, cela n’est pas gagnant pour Biden», a affirmé Jen Psaki, un ancienne employée de Barack Obama, proche de l’équipe Biden.

«C’est l’occasion de parler directement au peuple américain. Son objectif devrait être de leur parler directement, mais de ne pas être attiré par Donald Trump. C’est difficile.»

Trump se passe de préparation

Donald Trump n’a fait aucune préparation formelle, selon des employés et des proches qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat pour discuter de conversations privées.

Aucune scène n’a été construite et les employés ont refusé de dire si quelqu’un personnifiait M. Biden. Donald Trump a soutenu que la meilleure préparation était de faire son travail quotidien, dont ses interactions fréquentes et souvent controversées avec les journalistes. Des employés de la Maison Blanche ont également organisé une assemblée publique diffusée sur le réseau ABC plus tôt ce mois-ci pour exposer le président aux vraies questions des électeurs pour la première fois depuis des mois.

En privé, certains assistants et alliés craignent que le manque de préparation formelle de Donald Trump ne le conduise à tomber dans le même piège d’orgueil que d’autres anciens présidents lors de leur premier débat présidentiel. Barack Obama, par exemple, avait connu des difficultés lors de son premier duel contre Mitt Romney en 2012.

Mais d’autres proches de Donald Trump sont convaincus que le président est prêt à gérer toutes les questions difficiles ou les attaques de Joe Biden.

«Les débats comptent, a affirmé Lara Trump, conseillère principale de la campagne et bru du président. Donald Trump a certainement fait un excellent travail sur les débats (en 2016) et je pense que ce ne sera pas différent.»

Lara Trump a également semblé augmenter et diminuer simultanément les attentes pour Joe Biden.

«Joe Biden a passé beaucoup de temps dans son sous-sol à étudier. Il est dans ce jeu depuis 47 ans. Je suppose qu’il fera bien, a-t-elle soutenu. Franchement, la barre a été tellement abaissée pour Joe Biden que s’il reste éveillé pendant toute la durée, c’est comme s’il avait peut-être gagné.»

Ce message contradictoire concorde avec celui des alliés de Donald Trump qui ont passé une grande partie de l’année à poser des questions sur la force physique et mentale de Joe Biden, tout en essayant ces derniers jours de le présenter comme un débatteur fort et expérimenté face au néophyte relatif qu’est Donald Trump.

Le président, une ancienne vedette de téléréalité, est parfaitement conscient du pouvoir et des pièges de la télévision en direct. Ses proches disent qu’il est profondément au courant du pouvoir des «moments» pour définir la façon dont un débat est perçu.

Reste à voir avec quelle agressivité Donald Trump attaquera son adversaire. Il est également un «contre-attaquant» avoué et répondra sûrement à toute attaque de Joe Biden.

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