Trump et Biden exposent deux visions de l’Amérique dans un débat courtois

La gestion de la crise de la COVID-19, les inégalités raciales, la Chine ou encore l’environnement ont été au coeur des échanges entre les deux candidats à la Maison-Blanche.

Photo : AP Photo/Morry Gash, Pool

NASHVILLE — Donald Trump et son adversaire démocrate Joe Biden ont étayé des visions radicalement différentes de la gestion de la pandémie lors de l’ultime débat d’une tumultueuse campagne à la présidence des États-Unis.

Les derniers débats présidentiels ont souvent un impact démesuré sur l’issue du vote, mais celui de jeudi soir se distingue à plusieurs égards. Plus de 46 millions d’électeurs ont déjà voté par anticipation et, face à un président sortant aussi polarisant, on dénombre beaucoup moins d’électeurs indécis que lors des précédentes courses à la Maison-Blanche.

Après un premier débat marqué par des échanges acrimonieux, les deux aspirants au poste de président sont restés relativement courtois dans cette joute, qui a néanmoins connu quelques fracas, avec douze jours restants à la course.

Les sondages portent à croire que la gestion de la pandémie, qui a tué plus de 225 000 Américains et détruit des millions d’emplois, constitue l’enjeu central de la campagne aux yeux des électeurs.

M. Biden a présagé «un hiver sombre» pour les États-Unis, tandis que M. Trump a promis qu’un vaccin serait prêt d’ici quelques semaines. «On est tout près. Le virus s’en va», a-t-il affirmé, optimiste.

L’enjeu de leurs déclarations d’impôts a également échauffé les esprits.

En réponse aux allégations selon lesquelles il aurait reçu des fonds de sources russes, M. Biden a souligné avoir divulgué ses propres déclarations fiscales sur une période de 22 ans. «Je n’ai jamais accepté un cent venant de source étrangère de toute ma vie», a-t-il martelé, avant de renvoyer la balle au président en lui demandant ce qu’il avait à «cacher».

M. Trump a répondu qu’il souhaite publier ses propres déclarations fiscales dès que possible. Comme il le fait depuis maintenant quatre ans, le président a faussement avancé qu’il ne peut pas rendre les documents publics pour l’instant puisqu’ils font l’objet d’un audit — ce qui, dans les faits, ne l’empêche pas de les dévoiler.

MM. Trump et Biden se sont lancé des pointes sans monter le ton et ont réussi à discuter pendant plus de 15 minutes sans se couper la parole.

Afin de limiter les interruptions, la Commission des débats présidentiels avait décidé de couper le microphone des candidats pendant deux minutes au début de chaque segment, le temps que leur adversaire livre ses remarques d’ouverture. Le reste de chaque bloc de 15 minutes restait une discussion ouverte, sans aucune mise en sourdine.

Le débat animé par Kristen Welker du réseau NBC a permis à chaque homme de se faire valoir une dernière fois devant une audience de plusieurs dizaines de millions d’électeurs.

Inquiets que le président puisse perdre la Maison-Blanche et coûter le Sénat aux républicains, certains de ses conseillers l’avaient exhorté à troquer son agressivité du premier débat pour une attitude plus décontractée et à plutôt braquer les projecteurs sur son rival, qu’il surnomme «Joe l’endormi».

Lorsqu’il se sent coincé, Donald Trump a tendance à s’emporter. Avant l’un des débats de la campagne présidentielle de 2016, alors qu’il tentait de détourner l’attention d’un enregistrement où l’on pouvait l’entendre se vanter d’attoucher sexuellement des femmes contre leur gré, Donald Trump avait tenu une conférence de presse en compagnie de femmes qui alléguaient avoir été agressées sexuellement par Bill Clinton, l’époux de la candidate démocrate de l’époque Hillary Clinton.

Donald Trump a récidivé, jeudi, en convoquant une autre conférence de presse surprise aux côtés d’un homme qui prétend avoir été le partenaire d’affaires de Hunter Biden et qui allègue que le vice-président avait été consulté par son fils par rapport à ses activités en Chine. M. Trump, qui a invité le procureur général des États-Unis à ouvrir une enquête sur les Biden, fait mousser une histoire de tabloïd sur des renseignements prétendument récupérés sur l’ordinateur portable de Hunter Biden en lien avec sa malfaisance présumée à l’étranger.

Lorsque l’imbroglio a été soulevé dans la soirée, M. Biden s’est directement adressé à la caméra: «Il n’est pas question de sa famille et de ma famille. Il est question de votre famille, et votre famille est durement frappée».

MM. Biden et Trump ont tous deux été déclarés négatifs à la COVID-19 le jour même. Toutes les personnes présentes dans l’auditoire portaient un masque, y compris la première dame Melania Trump, qui avait retiré le sien lors du premier débat. Contrairement à M. Biden, M. Trump ne s’est pas couvert le visage en montant sur scène à l’Université de Belmont, à Nashville, au Tennessee.

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