Trump fait pression sur Barr pour qu’il ouvre une enquête sur Biden

«Nous devons amener le procureur général à agir, a déclaré le président américain lors d’une entrevue à l’émission Fox & Friends. Il doit agir, et il doit agir vite. Il doit nommer quelqu’un. C’est de la corruption majeure, et cela doit être connu avant les élections.»

WASHINGTON — Le président Donald Trump a appelé mardi le procureur général William Barr à ouvrir immédiatement une enquête sur le démocrate Joe Biden et son fils Hunter, exigeant en fait que le département de la Justice salisse son adversaire et abandonne sa résistance historique à s’impliquer dans les élections.

À seulement deux semaines du jour du scrutin, M. Trump a pour la première fois explicitement demandé à M. Barr d’enquêter sur les Biden et a même dit que l’échéance du 3 novembre constituait une raison pour ne pas retarder toute action.

«Nous devons amener le procureur général à agir», a-t-il déclaré lors d’une entrevue à l’émission «Fox & Friends».

«Il doit agir, et il doit agir vite. Il doit nommer quelqu’un. C’est de la corruption majeure, et cela doit être connu avant les élections.»

Julian Zelizer, historien présidentiel à l’Université de Princeton, a suggéré qu’on est ici en terrain inconnu dans l’histoire présidentielle.

«La question est la suivante: est-ce que M. Barr va éroder les lignes directrices et les réformes de l’ère post-Watergate et aller de l’avant avec cela?», a-t-il souligné.

«Nous assistons à une politisation totale du système judiciaire dans les dernières étapes d’une élection.»

Des attaques répétées contre les Biden

Cette demande de M. Trump survient alors que M. Trump est en retard dans les sondages nationaux et dans les États clés. Le président a parlé à plusieurs reprises du passé de Hunter Biden — souvent avec des allégations non fondées — comme d’une raison pour laquelle les électeurs ne pourraient pas faire confiance à Joe Biden à la Maison Blanche.

Le président a fait la promotion d’un article non confirmé du «New York Post» publié la semaine dernière, qui cite un courriel dans lequel un responsable de la société gazière ukrainienne Burisma a remercié Hunter Biden, qui a siégé au conseil d’administration de l’entreprise, pour lui avoir organisé une rencontre avec Joe Biden lors d’une visite en 2015.

La campagne Biden a rejeté ces allégations et a souligné que l’agenda de l’ancien vice-président ne comprenait pas de rencontre avec le responsable de Burisma.

M. Trump n’a pas encore précisé de quel crime il accuse les Biden, mais cela ne l’a pas empêché d’aller jusqu’à suggérer aux électeurs que son adversaire devrait aller en prison.

Le département de la Justice n’a pas répondu aux demandes de commentaires de l’Associated Press.

Les tentatives du président d’assombrir la réputation de M. Biden dans le dernier droit de la campagne font écho aux attaques lancées en 2016 contre son adversaire démocrate Hillary Clinton, qui a fait l’objet d’une enquête du FBI pour son utilisation d’un serveur de messagerie privé lorsqu’elle était secrétaire d’État.

Attaques contre le département

M. Trump essaie d’utiliser tous les leviers de pouvoir à sa disposition alors qu’il lutte pour gagner du terrain contre le démocrate. Il a également exprimé une colère croissante face à la résistance du département de la Justice à certaines de ses demandes.

M. Trump est aussi de plus en plus insatisfait de son procureur général concernant le rythme d’une enquête sur l’origine de l’enquête russe, qui ne sera pas terminée le jour des élections.

Le président et ses alliés avaient de grands espoirs pour l’enquête, dirigée par le procureur du Connecticut, John Durham, pariant qu’elle exposerait un possible acte répréhensible du FBI lorsqu’il a ouvert une enquête pour déterminer si la campagne Trump s’était coordonnée avec la Russie pour influencer les élections de 2016.

Mais un an et demi plus tard, il n’y a eu qu’un seul développement majeur: un ancien avocat du FBI a plaidé coupable pour avoir modifié un courriel du gouvernement concernant un ancien conseiller de la campagne Trump qui était la cible de la surveillance secrète du FBI.

«Un homme très gentil»

Donald Trump n’a pas caché sa frustration. Il a récemment partagé une photo de William Barr avec la légende: «Pour l’amour de DIEU ARRÊTEZ QUELQU’UN». Lors d’un rassemblement en Arizona lundi, il a suggéré que Joe Biden serait en prison si M. Barr n’était pas si «un homme très gentil».

«Je connais des gens qui l’auraient enfermé il y a cinq semaines, a déclaré le président. Bill Barr est un homme très gentil et un homme très juste. Et à bien des égards, cela ne rend pas certains d’entre nous heureux.»

Le procureur général a exprimé en privé sa frustration face aux déclarations publiques du président. Bien que M. Barr soit généralement d’accord avec M. Trump sur la nécessité d’enquêter sur les origines de l’enquête sur la Russie, il déplore souvent le manque de compréhension du président sur les subtilités du système juridique et les mesures qui doivent être prises pour mener à bien une enquête.

À l’approche des élections, M. Barr a gardé un profil bas, limitant son temps devant les caméras pour éviter d’être confronté aux questions directes des médias sur les demandes de Donald Trump.

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