Trump suspend sa menace d’imposer des tarifs au Mexique

WASHINGTON — Le président américain Donald Trump a suspendu sa menace d’imposer des tarifs douaniers au Mexique, puisque le pays aurait «accepté de prendre des mesures fermes» pour endiguer le flot de migrants.

M. Trump a annoncé vendredi soir sur Twitter être parvenu à un accord avec les autorités mexicaines.

Il a précisé que le Mexique avait accepté de prendre des mesures qui «réduiront considérablement, voire élimineront l’immigration clandestine en provenance du Mexique et vers les États-Unis».

Les tarifs qui devaient être imposés à compter de lundi sont donc «indéfiniment» suspendus, a-t-il indiqué.

Selon une déclaration commune publiée par le département d’État américain, les États-Unis élargiront un programme qui prévoit que les demandeurs d’asile soient retournés de l’autre côté de la frontière pendant l’évaluation de leur dossier.

Le Mexique adoptera pour sa part des «mesures sans précédent» afin de «freiner l’immigration irrégulière», comme le déploiement de sa garde nationale à sa frontière méridionale, plus particulièrement le long de sa frontière avec le Guatemala.

Le gouvernement mexicain devra également travailler au démantèlement des organisations de traite de personnes et de passage de clandestins, a-t-on ajouté, de même que «leurs réseaux de financement et de transport illicites».

Cette annonce a marqué un changement de ton par rapport à quelques heures plus tôt, vendredi, lorsque la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a déclaré aux journalistes en Irlande que la position de l’administration n’avait pas changé et que les tarifs entreraient en vigueur comme prévu lundi.

Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, a confirmé l’intervention d’une entente sur Twitter.

«Grâce à l’appui de tous les Mexicains, il a été possible d’éviter l’imposition de tarifs sur les produits mexicains exportés aux États-Unis», a-t-il écrit, en ajoutant que des célébrations auraient lieu samedi à Tijuana.

Les tarifs de 5 pour cent prévus sur les produits mexicains — qui devaient grimper tous les mois pour s’établir à 25 pour cent — auraient eu des conséquences économiques énormes pour les deux pays.

Les Américains ont acheté pour 378 milliards $ US d’importations mexicaines l’an dernier, principalement des voitures et des pièces détachées. De nombreux membres du Parti républicain et des partenaires commerciaux de M. Trump l’ont exhorté à reconsidérer, ou du moins à différer, la mise en œuvre effective des droits de douane,  évoquant les dommages potentiels pour les consommateurs et les fabricants américains.

Des représentants des deux pays ont négocié pendant plus de dix heures, vendredi, à l’occasion de leur troisième journée de pourparlers au département d’État américain afin de tenter de satisfaire la demande de M. Trump.

Les pourparlers avaient notamment pour objectif de s’entendre sur des mesures qui rendraient les demandes d’asile plus difficiles pour les migrants transitant par le Mexique. Le Mexique s’est opposé à un tel changement, mais a semblé disposé à envisager un compromis pouvant inclure des exceptions ou des dérogations pour différents types de cas.

La déclaration commune de vendredi ne fait toutefois pas mention de cet enjeu.

Au cours des derniers mois, Donald Trump a instrumentalisé les droits de douane à plusieurs reprises pour contraindre des pays à se conformer à ses exigences — en l’occurrence, sur la question de l’immigration.

Mais hormis le président lui-même ainsi que certains de ses conseillers, peu de membres de son administration croyaient que l’imposition de ces tarifs était une bonne idée, selon des sources au fait des débats internes.

Des élus républicains au Congrès s’étaient même dits prêts à tenir tête au président, craignant que ces tarifs augmentent les coûts pour les consommateurs américains, nuisent à l’économie et compromettent le nouveau traité de libre-échange avec le Canada et le Mexique.

L’Accord Canada—États-Unis—Mexique, conclu en septembre puis signé par les leaders des trois pays en novembre, reste toujours à être ratifié par les trois législatures avant de pouvoir entrer en vigueur et un litige tarifaire aurait pu y faire obstacle.