Tuerie de Portapique: enquête sur de l’ingérence politique auprès de la GRC

OTTAWA — Les députés du Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes se réuniront lundi pour déterminer s’il y a eu ingérence politique auprès de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), alors que celle-ci enquêtait sur la tuerie de Portapique, survenue en avril 2020 en Nouvelle-Écosse. 

Lia Scanlan, directrice des communications de la GRC, a déclaré à l’enquête publique sur la fusillade que le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Bill Blair, et le premier ministre Justin Trudeau «influençaient ce que nous pouvions et ne pouvions pas dire», sans élaborer davantage.

Le superintendant Darren Campbell, qui était responsable de l’enquête, a écrit dans ses notes que la commissaire Brenda Lucki avait mentionné avoir promis au gouvernement fédéral de divulguer des informations sur les armes utilisées par le tireur.

«La commissaire a déclaré qu’elle avait promis au ministre de la Sécurité publique et au bureau du premier ministre que nous divulguerions ces informations», peut-on y lire.

De son côté, il pensait que révéler ces détails sur les armes utilisées dans les meurtres compromettrait l’enquête tant au Canada qu’aux États-Unis. Le tireur, Gabriel Wortman, avait fait passer en contrebande un certain nombre d’armes de poing et d’armes d’assaut à partir du Maine. Personne dans l’un ou l’autre pays n’a été accusé d’infractions liées aux armes dans cette affaire.

«La commissaire a alors dit que nous ne comprenions pas, que cela était lié à la législation en cours sur le contrôle des armes à feu qui rendrait les policiers et le public plus en sécurité.»

MM. Trudeau et Blair ont catégoriquement nié toute ingérence politique et la commissaire Lucki a répété à plusieurs reprises qu’elle n’avait ressenti aucune pression de la part des autorités fédérales.

Le 1er mai 2020, soit moins de deux semaines après le drame, le gouvernement fédéral avait annoncé qu’il remplissait une promesse électorale en interdisant 1 500 types d’armes de type fusil d’assaut. Lors de l’annonce, M. Trudeau avait fait référence à la fusillade en Nouvelle-Écosse comme un exemple de ce que ces changements étaient censés empêcher.

Lors de la même conférence de presse, M. Blair avait confirmé que la liste incluait certaines des d’armes utilisées par le tireur, bien qu’il n’ait pas fourni plus de détails. Depuis les allégations, il a affirmé avoir discuté de l’enquête sur les fusillades et des mesures de contrôle des armes à feu avec la commissaire Lucki, mais que ces discussions étaient séparées l’une de l’autre.

La GRC n’a pas non plus divulgué d’informations sur les armes au public. Les médias, dont La Presse Canadienne, plaidaient devant les tribunaux à l’époque pour voir ces informations, qui ont été caviardées dans les documents de police utilisés pour obtenir des mandats de perquisition dans l’affaire. Les données ont finalement été rendues publiques en novembre, par le biais de la Loi sur l’accès à l’information.

Les notes manuscrites de Campbell ont été publiées dans le cadre de l’enquête publique en cours sur la fusillade. Elles ont été jointes comme pièce à conviction dans un document cinglant décrivant des dizaines de cas dans lesquels la GRC aurait dissimulé ou obscurci des informations de base sur l’affaire dans les trois mois suivant la fusillade.

Cela inclut le nombre de victimes, leur relation avec le tireur, le fait qu’une victime était mineure, le nombre de scènes de crime, la raison du premier appel au 911 la nuit où les meurtres ont commencé et le moment où la police a appris que le tireur était déguisé en un agent de la GRC, entre autres.

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