Tuerie en N.-É.: la commission publie des enregistrements d’une réunion clé de la GRC

HALIFAX — L’enquête sur la tuerie en Nouvelle-Écosse a publié jeudi certaines parties d’enregistrements d’une réunion tendue de l’état-major de la GRC, qui est au cœur d’allégations d’ingérence politique dans une enquête policière.

Dans des enregistrements réalisés le 28 avril 2020 — neuf jours après la tuerie —, Brenda Lucki, commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), affirme qu’elle comprend que la police ne pouvait pas, au lendemain du drame, divulguer des détails sur la marque et le modèle de chacune des armes utilisées par le tueur pour abattre 22 personnes.

«Je respecte les protocoles qui prévoient qu’il ne faut pas divulguer certaines informations pour conserver l’intégrité des témoins», a mentionné Mme Lucki au cours de la rencontre à laquelle participaient des responsables de la Nouvelle-Écosse et d’Ottawa.

«J’ai déjà participé à de telles enquêtes», a-t-elle rappelé.

Mais elle poursuit en avouant qu’elle avait ressenti de la frustration lorsqu’elle a appris que les notes d’allocution utilisées pour une conférence de presse de la GRC plus tôt dans la journée ne comportaient aucune référence aux armes semi-automatiques et de type assaut.

«J’ai vraiment senti qu’on m’a manqué de respect, parce qu’on m’avait dit que (le surintendant de la GRC Darren Campbell) allait en parler, mais ce n’était pas dans ses notes. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais nous devons faire mieux», a reconnu la commissaire.

Mme Lucki a mentionné que le cabinet d’un ministre, qu’elle n’a pas identifié, lui avait demandé de dévoiler publiquement le fait que des armes semi-automatiques ou de type assaut avaient été utilisées lors de la tuerie.

«J’en ai fait une priorité parce que c’était une demande que j’avais reçue du cabinet du ministre, a-t-elle dit. Et j’avais dit au ministre que ça allait être dans les communiqués de presse, et ça ne l’a pas été.»

Trois enregistrements, qui représentent près de 24 minutes de conversation, ont été rendus publics. Il n’est pas clair si les enregistrements publiés jeudi représentent l’intégralité de ce qui a été dit ce jour-là.

Bien que les références aux armes semi-automatiques ou d’assaut n’aient pas été incluses dans les remarques préparées pour le surintendant, l’officier a finalement divulgué ces détails ce jour-là, en réponse à la question d’un journaliste.

Les notes manuscrites du surintendant Campbell lors de la rencontre avec Mme Lucki, publiées le 21 juin dernier, ont aussitôt soulevé des allégations d’ingérence politique dans une enquête policière.

Ces notes indiquaient que Mme Lucki avait assuré le ministre de la Protection civile, Bill Blair, et le cabinet du premier ministre que la GRC divulguerait des informations sur les armes à feu utilisées, dans le but de soutenir le projet de loi du gouvernement sur un contrôle accru des armes à feu.

Les enregistrements n’ont été découverts qu’en septembre de cette année, lorsque le sous-commissaire de la GRC Brian Brennan a mentionné lors de la commission d’enquête que le directeur des relations avec les médias de la GRC, Dan Brien, avait enregistré des parties de la réunion. M. Brennan a souligné aux commissaires qu’il avait appris l’existence de ces enregistrements en avril ou en mai, mais qu’il croyait qu’ils n’existaient plus.

La GRC a publié un communiqué jeudi dans lequel elle affirme que les séances d’information avec le ministre de la Sécurité publique sont nécessaires, particulièrement lors d’événements importants.

«Il s’agit d’une procédure standard qui n’a pas d’incidence sur l’intégrité des enquêtes en cours et qui n’interfère pas avec l’indépendance de la GRC», indique le communiqué.

Un porte-parole du ministre Blair, qui est maintenant ministre de la Protection civile, a rappelé que, bien que le ministre ait été régulièrement informé des fusillades en Nouvelle-Écosse, les décisions sur les informations à divulguer étaient toujours à la discrétion de la GRC.

«À aucun moment, le ministre Blair ou son bureau n’a influencé la GRC dans ses décisions opérationnelles, y compris pendant et immédiatement après les événements tragiques d’avril 2020, et en ce qui concerne la divulgation des armes utilisées lors de l’événement», peut-on lire dans la déclaration du bureau de M. Blair.

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