Tuerie en N.-É.: la communication de la GRC placée sous la loupe de l’enquête

HALIFAX — La commission d’enquête sur la tuerie survenue en Nouvelle-Écosse en avril 2020 se penchera la semaine prochaine sur les communications de la GRC avec la population au cours du drame.

La police fédérale a été vertement critiquée pour avoir tardé à donner des renseignements clés sur le tueur. Un officier de haut rang fait l’objet d’une enquête pour le rôle qu’il a joué dans le contrôle de l’information.

«Le public perçoit encore qu’il y a un manque de transparence sur les communications. Cela n’aidera pas à rétablir la confiance envers la GRC», constate Christopher Schneider, un professeur de sociologie de l’Université de Brandon, au Manitoba.

Selon un résumé des preuves publié le 13 mai, la commission d’enquête examine présentement l’absence de renseignements donnés à la population sur le véhicule — une réplique d’un véhicule de police —utilisé par le tueur.

Des officiers supérieurs de la GRC ont indiqué aux commissaires qu’ils avaient hésité à fournir de tels renseignements parce qu’ils craignaient semer la panique au sein de la population.

«Cela démontre comment la GRC ne fait pas confiance au bon sens de la population, déplore Wayne Mackay, un professeur émérite de la faculté de droit de l’Université Dalhousie à Halifax. Il ne fait aucun doute que cela pourrait provoquer une certaine frayeur, mais elle aurait dû avoir plus confiance au bon sens de la population.»

La commission examinera aussi le rôle du surintendant principal Chris Leather dans cet aspect de l’affaire.

Un ancien officier de la police de London, Scott Blandford, dit qu’il ne peut pas commenter le rôle que doivent jouer les surintendants principaux de la GRC dans les relations publiques. Toutefois, il se souvient que l’implication des chefs dans la publication des communiqués de presse n’était pas une pratique usuelle au Service de police de London.

«En règle générale, le commandant en poste lors d’un événement était celui qui dirigeait. Seulement en des circonstances exceptionnelles, il pouvait être contredit par un officier de rang supérieur», dit M. Blandford, aujourd’hui professeur à l’Université Wilfrid-Laurier.

Un rappel

La GRC n’a publié son premier message sur Twitter sur le début de la tuerie à Portapique que tard le 18 avril 2020. Le premier appel au 911 avait été fait à 10h01. Ce soir-là, 13 personnes ont été assassinées à Portapique.

Même si le corps policier savait que des personnes avaient été tuées et qu’un tireur actif était toujours en liberté, il s’est contenté d’écrire à 11h32 qu’une enquête sur une plainte liée à des armes à feu était en cours.

Plusieurs appels au 911 et des témoignages faisaient état clairement que le tueur conduisait un véhicule ressemblant à une voiture de la GRC, mais ce renseignement a été tu à la population jusqu’au lendemain.

Selon des témoignages et des documents publiés par la commission d’enquête, la GRC aurait envisagé de lancer une mise en garde plus détaillée cette nuit-là, mais ne l’avait finalement pas fait.

Peu après minuit, la GRC avait obtenu le nom et une photo du suspect. À 1h09, tous les corps policiers de la province étaient avertis qu’un incident impliquant un suspect «armé et dangereux» pouvant être au volant d’un vieux véhicule de police était en cours.

Selon la commission d’enquête, la GRC a envisagé de transmettre un nouveau message vers 7h30, le lendemain matin. La police venait d’obtenir une photo de la voiture du suspect. Elle avait appris que le tueur était lourdement armé et pouvait se retrouver partout dans la province.

À ce moment-là, le surintendant en chef Chris Leather a été impliqué dans le processus de communication avec la population.

Dans les notes personnelles transmises à la commission, M. Leather confirme avoir parlé avec Lia Scanlan, la directrice du département des communications stratégiques de la GRC de la Nouvelle-Écosse, à 7h43.

«Infos transmises au public — tweets, peut-on y lire. La photo et le nom — n’y figurent pas encore.»

À 8h00, le sergent d’état-major Addie MacCallum devait parler à Mme Scanlan au sujet d’un communiqué de presse accompagné d’une photo du suspect et du véhicule.

Près de 10 heures après le début de la tuerie, la GRC a finalement publié un premier tweet faisant état «d’une situation en cours impliquant un tireur» à Portapique à 8h02. Toutefois, le gazouillis ne mentionnait pas le nom du suspect ni le véhicule qu’il conduisait. Il n’était pas clairement indiqué qu’il se déplaçait.

À 8h04, la GRC lançait une alerte interne pour indiquer à ses policiers que le suspect pouvait conduire un véhicule de police Ford Taurus. Il pouvait être à n’importe quel endroit en Nouvelle-Écosse. Le même message a été transmis à tous les corps policiers de la province.

Cinquante minutes plus tard, elle publiait un message comprenant la photo et l’identité du suspect. Mais il n’y avait encore aucune mention du véhicule.

La commission d’enquête a appris que peu après 9h, le sergent d’état-major Bruce Briers a contacté son collègue Al Carroll pour lui demander si un communiqué était publié au sujet du véhicule.  «On y a pensé, mais on a décidé autrement», a répondu l’officier Carroll.

On ne sait pas exactement qui a pris la décision.

Finalement, un premier message comprenant la photo du véhicule a été approuvé à 9h49, mais un délai inexpliqué s’est écoulé avant la diffusion.

Ce n’est pas avant 10h17 que le message a été publié sur Twitter, soit 12 heures après que la GRC eut obtenu l’information, deux heures après avoir reçu la photo du véhicule. Entre-temps, le tueur avait ajouté six autres victimes à son tableau.

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