Tuerie en N.-É.: des familles craignent que le rapport soit «tabletté»

Les familles des victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse ont réclamé mercredi la création d’un comité de surveillance pour s’assurer que les recommandations de la commission d’enquête publique sur la tragédie n’iront pas mourir sur des tablettes.

Dans ses observations finales, Tom Macdonald, avocat du frère de la victime Sean McLeod, a estimé que ce comité restreint devrait inclure des représentants des gouvernements provincial et fédéral et de la Gendarmerie royale du Canada, mais aussi un représentant des familles des victimes. 

Ce comité serait présidé par un seul «grand responsable de la mise en œuvre» des recommandations de la commission, qui devrait obliger les gouvernements fédéral et néo-écossais à rendre des comptes, a-t-il plaidé devant les commissaires.

L’avocat a déclaré que les meurtres de Sean McLeod et de sa femme, Alanna Jenkins, à West Wentworth, au deuxième jour de la tuerie, ainsi que des 20 autres personnes – dont une femme enceinte – assassinées les 18 et 19 avril 2020, exigeaient des réformes durables.

«Dans deux ans, on aura peut-être une direction totalement différente à la GRC, un ministre de la Sécurité publique différent, peut-être un gouvernement différent, et ces (recommandations) sont trop importantes pour être laissées aux aléas du changement», a plaidé Me Macdonald.

Il a indiqué aux commissaires qu’il y avait des preuves «volumineuses» des lacunes de la police, y compris une confusion au début sur le sergent d’état-major qui devait superviser les opérations, une mauvaise connaissance de la géographie locale et des délais «inacceptables» dans les alertes au public faisant état d’un tireur actif conduisant une réplique d’autopatrouille.

Steve Topshee, un avocat dont le cabinet représente les familles des victimes Lillian Campbell, Aaron Tuck, Jolene Oliver et Emily Tuck, a lui aussi évoqué la nécessité d’un mécanisme qui assurera le suivi des recommandations de la commission d’enquête.

Sans réformes, a-t-il dit, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse devrait se demander sérieusement s’il doit continuer à conclure des contrats avec la GRC pour les services de police en régions. 

La commission ne peut porter de blâmes ni conclure à une responsabilité criminelle ou civile dans cette tragédie. Par contre, la commission publiera des recommandations, non contraignantes, pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Plus de collaboration

Jane Lenehan, qui représente la famille de Gina Goulet, assassinée le dimanche matin, a déclaré que l’image de la GRC en Nouvelle-Écosse en avait pris un coup, malgré la bravoure de certains policiers lors de la tuerie. «La vision et la mystique de l’uniforme rouge de la GRC, cette image réconfortante et rassurante, ont volé en éclats», a-t-elle soutenu mercredi.

Me Lenehan a déclaré que ses clients avaient été renversés d’apprendre la mauvaise relation entre la GRC et les corps policiers locaux — elle a souligné qu’au cours de l’enquête, la police a même admis que cette relation n’avait fait qu’empirer. 

L’avocate de la 22e victime du tueur a demandé aux commissaires de recommander qu’il y ait plus de collaboration entre les différents corps policiers. Elle a aussi souhaité un moratoire permanent sur la vente au grand public d’anciens véhicules de la GRC.

L’auteur de la tuerie a réussi à échapper à la police pendant 13 heures et à tromper bon nombre de ses victimes parce qu’il conduisait une réplique exacte d’autopatrouille de la GRC.

Me Lenehan a soutenu que les recettes tirées de la vente à l’encan des anciens véhicules de la police fédérale ne valaient pas le risque que cela faisait peser sur la sécurité publique. Selon elle, le gouvernement fédéral devrait plutôt se débarrasser des anciens véhicules de la GRC en vendant les pièces et la ferraille.

Violence sexiste

Au cours d’une courte séance en après-midi, mercredi, la commission a aussi été invitée à faire des recommandations fortes pour lutter contre la violence sexiste et conjugale.

La commission avait déjà entendu des témoins rappeler que le déchaînement du tueur avait été précédé d’une agression contre sa conjointe, Lisa Banfield. Les preuves recueillies ont permis d’apprendre qu’il avait utilisé des tactiques coercitives contre elle tout au long d’une liaison de 19 ans, mais aussi contre d’autres femmes dans sa vie.

Au nom d’une coalition d’organisations de défense et de soutien telles que les refuges pour femmes, l’avocat Jamie Goodwin a déclaré que la commission devait utiliser sa tribune pour dénoncer la «fausse dichotomie» entre violence publique et privée.

«Nous ne pouvons pas donner un sens aux meurtres d’avril 2020 sans comprendre l’historique de son auteur en matière de violence familiale, sexiste et conjugale», a plaidé Me Goodwin.

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