Tuerie en N.-É.: la rencontre avec la GRC locale devait avoir lieu, dit Lucki

OTTAWA — La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, a déclaré qu’il y avait eu une mauvaise communication entre son bureau et celui de la GRC de la Nouvelle-Écosse dans les jours qui ont suivi la fusillade qui a fait 22 morts en avril 2020.

«C’est pour cette raison que j’ai convoqué la réunion (le 28 avril) pour exprimer ma frustration et ma déception», a-t-elle déclaré lundi au comité de la sécurité publique de la Chambre des communes.

«Cela devait avoir lieu. Il était essentiel que je dispose d’informations plus précises et plus opportunes.»

Le comité a entendu des versions contradictoires au sujet de cette réunion de la part de Mme Lucki et d’autres représentants de la GRC.

Mme Lucki a déclaré qu’elle n’était pas intervenue dans l’enquête, mais qu’elle ressentait de la frustration au sujet de la division de la Nouvelle-Écosse pour sa mauvaise communication avec le public ainsi que pour le fait que les médias révélaient des informations avant que celles-ci ne soient rendues publiques par la GRC.

«Je me souviens d’avoir regardé un écran et d’avoir vu 22 visages sur l’écran», a partagé la commissaire, ajoutant que la GRC signalait un nombre différent de victimes à ce moment. «Nous devions prendre de l’avance.»

Des responsables de la GRC en Nouvelle-Écosse avaient déclaré que Mme Lucki était en colère lors de la réunion du 28 avril, mais pour une autre raison. Ils soutenaient qu’elle avait subi des pressions politiques pour révéler des détails sur les armes utilisées par le tireur.

Darren Campbell, qui était surintendant à l’époque, a écrit dans ses notes sur la réunion du 28 avril que Mme Lucki avait dit aux responsables de la Nouvelle-Écosse qu’elle avait promis au gouvernement fédéral que la police divulguerait les informations.

Lundi, ses collègues, le surintendant principal Chris Leather et le commissaire adjoint à la retraite Lee Bergerman, ont aussi dit se souvenir d’avoir entendu la commissaire déclarer avoir fait une promesse au ministre.

M. Bergerman a raconté que sa réaction aux paroles de la commissaire a été d’abord marquée par la confusion et le choc parce que «tout policier sait qu’en plein cœur d’une enquête certaines informations ne peuvent pas être divulguées».

Lundi, Mme Lucki a déclaré qu’elle ne se souvenait pas d’avoir utilisé le mot «promis» et a déclaré qu’il s’agissait d’une «confirmation» de sa part au ministre de la Sécurité publique de l’époque, Bill Blair qui souhaitait que la liste des armes utilisées soit dévoilée.

Selon Mme Lucki, elle se serait informée auprès de son service des communications pour savoir si la liste serait rendue publique et on lui aurait répondu «oui». C’est ce message qu’elle aurait relayé au ministre.

Lorsque cela s’est révélé faux et que la liste n’a pas été dévoilée, la commissaire dit avoir «eu le sentiment d’avoir mal informé le ministre et, par extension, le premier ministre», a-t-elle expliqué.

Brenda Lucki a dit qu’elle avait lié les informations sur les armes à «la lettre de mandat du ministre» lors de cette réunion, en particulier la directive d’interdire les armes d’assaut.

Le comité se penche sur des allégations selon lesquelles le gouvernement fédéral se serait ingéré dans l’enquête policière sur la tuerie de Portapique. Des documents dévoilés pendant l’enquête publique sur la tragédie révèlent que la commissaire a fourni la liste des armes du tireur au gouvernement fédéral le 23 avril en précisant que cette information ne devait pas circuler en dehors des mains du premier ministre et du ministre.

Toutefois, selon M. Leather, cette liste ne devait tout simplement pas sortir du giron de la GRC à ce moment de l’enquête parce que le document faisait aussi partie d’une enquête de l’Équipe d’intervention en cas d’incident grave.

Les notes manuscrites du surintendant Campbell, qui décrivent la rencontre du 28 avril 2020 avec Mme Lucki, ne parlent pas de l’implication de l’Équipe d’intervention, mais révèlent tout de même qu’il s’inquiétait des impacts sur l’enquête.

Il pensait que révéler des informations sur les armes utilisées dans les meurtres compromettrait l’enquête tant au Canada qu’aux États-Unis. Le tireur Gabriel Wortman a fait passer en contrebande un certain nombre d’armes de poing et d’armes d’assaut du Maine, dont une qui lui a été donnée par un ami. Personne au Canada ni aux États-Unis n’a été accusé d’infractions liées aux armes dans cette affaire.

De son côté, M. Blair a déclaré aux députés du comité que le gouvernement avait choisi la date du 1er mai 2020 pour annoncer l’interdiction de 1500 armes d’assaut après que 22 personnes ont été assassinées en Nouvelle-Écosse, moins de deux semaines auparavant.

M. Blair a dit que les terribles événements de la fusillade en Nouvelle-Écosse l’ont «beaucoup motivé» à aller de l’avant avec la promesse du gouvernement libéral d’interdire les armes, mais il ajoute que l’interdiction était en préparation depuis des mois.

Il a ajouté que le renforcement du contrôle des armes à feu était l’une des raisons pour lesquelles il était entré dans la fonction publique après une carrière dans la police. «Il n’y a pas de place dans une société civile et sûre pour de telles armes.»

M. Blair et le sous-ministre Rob Stewart ont aussi été interrogés par des députés lundi afin de savoir si le gouvernement s’était ingéré dans l’enquête sur la fusillade en Nouvelle-Écosse dans l’objectif d’aller chercher des appuis pour l’interdiction des armes.

M. Blair a déclaré au comité qu’il croyait qu’il y avait déjà un «soutien important» au sein de la population canadienne pour l’interdiction des armes à feu, et qu’il ne pensait pas que le gouvernement avait besoin de relier la mesure aux fusillades pour justifier sa décision.

«Je ne pense pas que ce soit pertinent, pour être franc», a-t-il déclaré.

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