Ugo Fredette a été condamné à un minimum de 25 ans de prison — et non de 50 ans

SAINT-JÉRÔME, Qc — Ugo Fredette passera un minimum de 25 ans en prison pour les deux meurtres qu’il a commis — et non pas 50 ans. 

L’homme de 45 ans avait été reconnu coupable par un jury du meurtre au premier degré de son ex-conjointe Véronique Barbe et de celui d’Yvon Lacasse, tous deux commis le 14 septembre 2017. 

La décision sur sa peine a été rendue vendredi par la juge Myriam Lachance de la Cour supérieure, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Elle lui a imposé une peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

La longueur de cette peine n’a surpris personne.

Depuis la décision de la Cour d’appel dans la cause d’Alexandre Bissonnette, l’auteur de la tuerie de la mosquée de Québec, il n’est plus possible de cumuler les périodes de 25 ans d’inadmissibilité à la libération conditionnelle.

Les proches des deux victimes ont tout de même encaissé le coup vendredi matin au palais de justice de Saint-Jérôme.

«On aurait aimé plus», a soufflé Claudette Biard, la mère de Véronique Barbe.

Quant à la fille d’Yvon Lacasse, Jennifer, elle trouve que cette peine envoie un bien mauvais message, qui dit que tuer une personne, ou deux, ou même trois, cela ne change rien: les conséquences ne seront pas plus lourdes pour le meurtrier.

«Moi ce que je retiens de tout cela, c’est que Véronique a eu 25 ans (la peine imposée pour son meurtre), mais mon père n’a rien eu. Y’a eu zéro», a-t-elle dit.

«Il est mort pour rien.»

En 2017, Ugo Fredette a tué Véronique Barbe de 17 coups de couteau, chez elle, à Saint-Eustache. «Ils étaient en processus de séparation et l’accusé n’acceptait pas la rupture», est-il rapporté dans le jugement. 

Il a immédiatement pris la fuite avec un enfant, déclenchant une longue alerte Amber. Il a alors croisé dans une halte routière Yvon Lacasse, un automobiliste de 71 ans, l’a battu à mort, volant son véhicule pour poursuivre sa cavale sans être repéré. Il a ensuite jeté son corps dans un fossé. Fredette a finalement été arrêté par les policiers en Ontario, et s’était servi de l’enfant comme bouclier.

L’homme a reçu son verdict en octobre 2019: coupable sur les deux chefs.

Vendredi, il a écouté la lecture du jugement par visioconférence, en direct du pénitencier de Port-Cartier, où il est incarcéré. 

Le processus de la peine

Le meurtre au premier degré — le crime le plus grave au Code criminel — entraîne automatiquement une peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Dès que le verdict de culpabilité est tombé, Fredette savait donc qu’il allait passer au moins 25 ans en prison.

Mais comme il a commis deux meurtres, la Couronne avait demandé qu’il passe un minimum de 50 ans derrière les barreaux, soit 25 ans par meurtre. Sinon, cela signifierait qu’il n’y a aucune conséquence à commettre un second meurtre — pas même une heure d’incarcération de plus, avait plaidé cet été le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau.

Cette possibilité de cumuler les périodes d’inadmissibilité à la libération conditionnelle dans le cas de meurtres multiples a été ajoutée il y a quelques années au Code criminel avec l’article 745.51.

Refusant de passer autant de temps incarcéré, Ugo Fredette a contesté la constitutionnalité de cette disposition, soutenant qu’un minimum de 50 ans signifierait qu’il allait mourir en prison, sans aucune chance de réhabilitation. 

La Cour d’appel avait déjà été saisie d’un dossier dans lequel elle devait déterminer si cet article du Code criminel était valide ou non: celui d’Alexandre Bissonnette. 

La juge Lachance devait donc attendre le jugement dans cette affaire, qui est tombé en novembre dernier: la Cour a tranché que l’article 745.51 est inconstitutionnel, et il ne peut y avoir de cumul de périodes de 25 ans. 

Bref, la juge Lachance a été liée par cette décision.

Cela ne signifie toutefois pas que Fredette sortira automatiquement du pénitencier après 25 ans, a précisé Me Baribeau: la Commission des libérations conditionnelles peut refuser chacune de ses demandes.

«La personne ne sort pas après son sixième (de la peine) ou après son tiers: cela ne fonctionne pas comme ça.»

Fredette sera suivi pour toute sa vie et sera «sous le joug» de la Commission des libérations conditionnelles, a ajouté le procureur de la Couronne.

Ce n’est pas fini

Son dossier criminel n’est d’ailleurs pas clos. 

D’abord, Fredette a déjà porté en appel ses verdicts de culpabilité et réclame un second procès.

Et puis, il y a la possibilité que le dossier d’Alexandre Bissonnette — et l’invalidité de l’article 745.51— se retrouve en Cour suprême, ce qui peut changer l’état du droit. 

«Il faut que ça aille plus loin, espère Mme Biard. Il faut que ça change.»

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