Les forces russes auraient freiné leur offensive sur la capitale

KYIV, Ukraine — Dans ce qui pourrait signaler un resserrement important des objectifs de guerre de Moscou, les États-Unis ont déclaré que les forces russes semblaient avoir interrompu, du moins pour le moment, leur offensive terrestre visant à s’emparer de la capitale, Kyiv, et se concentraient davantage sur la prise de contrôle du Donbass, région du sud-est du pays – un changement que le Kremlin a semblé confirmer.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de nouveau appelé la Russie à négocier la fin de la guerre, mais a clairement déclaré que l’Ukraine n’accepterait de céder aucune partie de son territoire au nom de la paix.

«L’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être garantie, a-t-il déclaré dans une adresse vidéo nocturne à la nation. C’est-à-dire que les conditions doivent être équitables, car le peuple ukrainien ne les acceptera pas autrement.»

«Il s’agit d’une guerre barbare, et selon les conventions internationales, les attaques délibérées contre des civils sont des crimes de guerre», a affirmé Mircea Geoana, secrétaire général délégué de l’OTAN.

Il a déclaré que les efforts de Vladimir Poutine pour briser la volonté de résistance de l’Ukraine ont l’effet inverse : «Ce qu’il obtient en réponse, c’est une armée ukrainienne encore plus déterminée et un Occident toujours plus uni pour soutenir l’Ukraine.»

Alors que les Russes continuent de bombarder la capitale depuis les airs, ils semblent s’être «accroupis défensivement» à l’extérieur de Kyiv et se concentrer davantage sur le Donbass, a déclaré le haut responsable américain de la défense, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour discuter de l’évaluation du Pentagone.

«Ils ne montrent aucun signe de volonté de se déplacer sur Kyiv depuis le sol», a affirmé le responsable.

Dans des commentaires qui semblaient corroborer un changement dans les objectifs militaires de Moscou, le colonel-général Sergei Rudskoi, chef adjoint de l’état-major russe, a déclaré que l’objectif principal de la première étape de l’opération — réduire la capacité de combat de l’Ukraine — a «généralement été atteint», permettant aux forces russes de se concentrer sur «l’objectif principal, la libération du Donbass».

Le Donbass est la partie orientale du pays, largement russophone, où les séparatistes soutenus par la Russie combattent les forces ukrainiennes depuis 2014 et où de nombreux habitants souhaitent des liens étroits avec Moscou. Ses régions houillères et industrielles de Donetsk et Lougansk sont reconnues par la Russie comme indépendantes.

Le ministère britannique de la Défense a déclaré que les forces ukrainiennes ont contre-attaqué et ont pu réoccuper des villes et des positions défensives jusqu’à 35 kilomètres à l’est de Kyiv alors que les troupes russes se replient sur leurs lignes d’approvisionnement trop étendues. Dans le sud, les problèmes logistiques et la résistance ukrainienne ralentissent les Russes alors qu’ils cherchent à se diriger vers l’ouest en direction du port d’Odessa, a indiqué le ministère.

En fait, les Russes ne contrôlent plus totalement Kherson, la première grande ville à tomber aux mains des forces de Moscou, a déclaré un haut responsable américain de la défense. Le responsable a déclaré que la ville du sud faisait l’objet de violents combats. Le Kremlin a nié avoir perdu le plein contrôle de la ville.

L’armée russe a indiqué que 1351 de ses soldats sont morts en Ukraine et 3825 ont été blessés, bien qu’il ne soit pas immédiatement clair si cela incluait les séparatistes à l’est ou d’autres ne faisant pas partie du ministère de la Défense, comme la Garde nationale. Plus tôt cette semaine, l’OTAN a estimé que 7000 à 15 000 soldats russes ont été tués en quatre semaines de combats.

Pour les civils, la misère s’aggrave dans les villes ukrainiennes, qui ressemblent de plus en plus aux ruines que les forces russes ont laissées lors de leurs campagnes en Syrie et en Tchétchénie.

Dans le village de Yasnohorodka, à environ 50 kilomètres à l’ouest de Kyiv, les troupes russes qui s’y trouvaient plus tôt dans la semaine semblaient avoir été repoussées dans le cadre d’une contre-offensive des forces ukrainiennes.

La tour de l’église du village a été endommagée par une explosion et les maisons du carrefour principal sont en ruines.

«Vous pouvez voir par vous-même ce qui s’est passé ici. Des gens ont été tués ici. Nos soldats ont été tués ici», a déclaré Valeriy Puzakov, un habitant de Yasnohorodka.

Quant à Marioupol, «il ne reste rien de Marioupol», a affirmé Evgeniy Sokyrko, qui faisait partie de ceux qui attendaient un train d’évacuation à Zaporizhzhia, une gare routière pour les réfugiés de la ville portuaire détruite. «Dans la dernière semaine, il y a eu des explosions comme je n’avais jamais entendues auparavant.»

Oksana Abramova, 42 ans, a déclaré qu’elle souffrait pour les gens restés dans la ville, qui ont été coupés de la communication avec le bombardement des tours de téléphonie cellulaire, de radio et de télévision et n’ont pas les moyens de s’échapper.

«Je pense tout le temps à comment ils sont, où ils sont. Se cachent-ils encore, sont-ils vivants? Ou peut-être qu’ils ne sont plus là», a-t-elle dit.

La frappe contre le théâtre de Marioupol aurait fait 300 morts

Les autorités ukrainiennes ont annoncé vendredi qu’environ 300 personnes ont été tuées lorsqu’une frappe aérienne russe a détruit un théâtre de la ville en ruines de Marioupol où des centaines de civils s’abritaient — une perte catastrophique de vies civiles qui, si elle est confirmée, est susceptible d’augmenter encore la pression sur l’Occident d’intensifier son aide militaire.

Dans une vaine tentative de protéger ceux qui se trouvaient à l’intérieur du grand théâtre à colonnes des missiles et des frappes aériennes que la Russie a fait pleuvoir sur les villes, une énorme inscription indiquant «ENFANTS» en russe avait été affichée à l’extérieur du bâtiment et était visible depuis les airs.

Pendant des jours, le gouvernement de la ville portuaire meurtrie n’a pas été en mesure de donner le nombre de victimes de l’attaque du 16 mars. Le message sur sa chaîne Telegram vendredi citait des témoins oculaires. Il n’était pas immédiatement clair si les secouristes avaient fini de fouiller les ruines du théâtre ou comment les témoins étaient arrivés au lourd bilan.

Peu de temps après l’attaque, Ludmilla Denisova, la commissaire aux droits de la personne du Parlement ukrainien, a indiqué que plus de 1300 personnes s’étaient trouvées à l’intérieur, dont plusieurs dont les maisons avaient été détruites lors du siège de la ville par la Russie. Le bâtiment avait un abri anti-bombe relativement moderne au sous-sol, et certains survivants sont sortis des décombres après l’attaque.

À Kyiv, les cendres des morts s’accumulent au crématorium principal parce que tant de proches sont partis, laissant des urnes non réclamées. Et la ville de Tchernihiv, dans le nord du pays, est presque isolée après que les forces russes ont détruit des ponts, laissant les gens sans électricité, eau et chauffage, ont déclaré les autorités.

Pour les personnes vulnérables — les personnes âgées, les enfants et les autres personnes incapables de rejoindre des millions d’autres se dirigeant vers l’ouest — les pénuries alimentaires s’accumulent dans un pays autrefois connu comme le grenier à blé du monde.

Dans Kharkiv bombardée sans relâche, des centaines de personnes paniquées se sont réfugiées dans le métro et dans une salle d’urgence d’un hôpital remplie de soldats et de civils blessés.

Des gens, pour la plupart des femmes âgées, ont fait la queue stoïquement pour collecter de la nourriture et d’autres fournitures urgentes cette semaine, alors que des explosions retentissaient au loin. S’agitant d’anticipation, une jeune fille observait un volontaire coupant avec un couteau des tranches épaisses de fromage, une pour chaque personne affamée.

«Parmi ceux qui sont restés, il y a des gens qui peuvent marcher seuls, mais beaucoup ne peuvent pas marcher, des personnes âgées, a déclaré Hanna Spitsyna. Tous ces gens ont besoin de couches, de couvertures à emmailloter et de nourriture.»

L’aide arrive, promet-on

Le nouveau bilan à Mariopoul a été annoncé un jour après que le président américain Joe Biden et d’autres dirigeants eurent promis, au terme d’une réunion à Bruxelles, que davantage d’aide militaire pour l’Ukraine arrivait. Mais ils n’ont pas fourni les armes lourdes souhaitées par le président Zelensky. Les pays de l’OTAN craignent que la fourniture d’avions, de chars et d’autres matériels dont M. Zelensky a besoin de toute urgence n’augmente le risque qu’ils soient entraînés dans un conflit direct avec la Russie.

Mais les États-Unis et l’Union européenne ont annoncé une décision visant à accentuer davantage la pression sur la Russie : un nouveau partenariat pour réduire la dépendance de l’Europe envers l’énergie russe et réduire lentement les milliards de dollars que le Kremlin tire des ventes de combustibles fossiles.

Malgré les efforts visant à cibler l’économie russe pour pousser le Kremlin à changer de cap, la misère des civils ne cesse de s’aggraver dans des villes qui, jour après jour, ressemblent de plus en plus aux ruines que les forces russes ont laissées derrière elles lors des précédentes campagnes en Syrie et en Tchétchénie.

Valeurs communes

Lors d’un sommet d’urgence de l’OTAN à Bruxelles jeudi, M. Zelensky a plaidé auprès des alliés occidentaux par vidéo pour des avions, des chars, des roquettes, des systèmes de défense aérienne et d’autres armes, affirmant que son pays «défendait nos valeurs communes».

L’invasion a avivé un dilemme énergétique et moral pour les nations européennes qui chauffent leurs maisons et alimentent leurs industries avec les hydrocarbures russes. Alarmés que les milliards qu’elles paient puissent être canalisés par le Kremlin vers son effort de guerre, elles accélèrent la recherche d’alternatives.

L’Allemagne a déclaré vendredi qu’elle avait conclu avec de nouveaux fournisseurs des contrats qui réduiraient considérablement sa dépendance au charbon, au gaz et au pétrole russes dans les semaines à venir. M. Biden a expliqué que le nouveau partenariat d’approvisionnement en gaz entre les États-Unis et l’UE contribuera à saper l’utilisation des ventes d’énergie par le président russe Vladimir Poutine pour «tordre un bras et manipuler ses voisins» et «faire rouler sa machine de guerre». Dans le cadre de ce plan, les États-Unis et d’autres pays augmenteront leurs exportations de gaz naturel liquéfié vers l’Europe de 15 milliards de mètres cubes cette année.