Ukraine: Poutine doit payer, dit Biden

KYIV — La Russie a renouvelé son assaut mercredi contre la deuxième plus grande ville d’Ukraine dans un assaut qui a illuminé l’horizon avec des boules de feu au-dessus des zones peuplées, alors même que les deux parties se déclaraient prêtes à reprendre les pourparlers.

L’intensification des attaques contre des villes fait suite à une première série de discussions entre l’Ukraine et la Russie, lundi, qui n’a abouti qu’à une promesse de se revoir. Il n’était pas clair quand de nouveaux pourparlers pourraient avoir lieu – ou ce qu’ils donneraient. Le dirigeant ukrainien a déclaré plus tôt que la Russie devait arrêter les bombardements avant une autre réunion.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié le bombardement russe de campagne terroriste flagrante, tandis que le président américain Joe Biden a averti mardi que si le dirigeant russe ne «payait pas le prix» de l’invasion, l’agression ne s’arrêterait pas à un seul pays.

Les bombardements se sont poursuivis mercredi. L’agence de presse ukrainienne UNIAN a cité le chef de l’administration de la santé de la ville de Tchernihiv, dans le nord du pays, disant que deux missiles de croisière ont touché un hôpital à cet endroit.

Le bâtiment principal de l’hôpital a subi des dommages, a déclaré Serhiy Pivovar, et les autorités s’efforçaient de déterminer le nombre de victimes. Aucune autre information n’était disponible dans l’immédiat.

Une frappe russe a également touché le siège régional de la police et des renseignements à Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine avec une population d’environ 1,5 million d’habitants, tuant quatre personnes et en blessant plusieurs, a annoncé le service d’urgence de l’État ukrainien. Il a ajouté que des bâtiments résidentiels avaient également été touchés, mais n’a pas fourni plus de détails.

Une explosion a soufflé le toit du bâtiment de police de cinq étages et incendié le dernier étage, selon des vidéos et des photos publiées par le service. Des morceaux du bâtiment étaient éparpillés dans les rues adjacentes.

La veille, une attaque contre la place centrale de Kharkiv avait tué au moins six personnes et choqué de nombreux Ukrainiens pour avoir ciblé le cœur de la grande ville. Une frappe russe a également visé une tour de télévision dans la capitale de Kyiv.

Environ 874 000 personnes ont fui l’Ukraine et l’agence des Nations Unies pour les réfugiés a averti que ce nombre pourrait bientôt franchir la barre du million. D’innombrables autres se sont réfugiés sous terre.

Le bilan global des morts de la guerre qui dure depuis sept jours n’est pas clair, ni la Russie ni l’Ukraine n’ayant publié le nombre de soldats perdus. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU a déclaré avoir enregistré 136 morts civiles, bien que le bilan réel soit certainement beaucoup plus élevé.

Les autorités ukrainiennes ont indiqué que cinq personnes avaient été tuées dans l’attaque contre la tour de télévision, qui a également frappé le site du mémorial de l’Holocauste de Babi Yar. Un porte-parole du mémorial a déclaré qu’un cimetière juif sur le site, où les occupants nazis avaient tué plus de 33 000 Juifs en deux jours en 1941, avait été endommagé.

La Russie avait précédemment dit aux personnes vivant à proximité des installations de transmission utilisées par l’agence de renseignement ukrainienne de quitter leur domicile. Mais le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konashenkov, a affirmé mercredi que la frappe aérienne sur la tour de télévision n’avait touché aucun bâtiment résidentiel. Il n’a pas abordé les décès signalés ou les dommages causés à Babi Yar.

M. Zelensky, qui a qualifié la frappe sur la place de Kharkiv de crime de guerre que le monde n’oublierait jamais, a exprimé son indignation mercredi face à l’attaque contre Babi Yar et sa crainte que d’autres sites historiques et religieux, tels que la cathédrale Sainte-Sophie, ne soient pris pour cible. Des bombardements ont frappé plus tôt la ville d’Ouman, un important lieu de pèlerinage pour les juifs hassidiques.

«C’est au-delà de l’humanité, a déclaré M. Zelensky dans un discours publié sur Facebook. Ils ont pour ordre d’effacer notre histoire, notre pays et nous tous.»

M. Zelensky, qui est juif, a appelé les Juifs du monde entier à protester contre l’invasion.

Alors même que la Russie poursuivait son assaut, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, déclarait mercredi qu’une délégation serait prête plus tard dans la journée pour rencontrer des responsables ukrainiens.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a également déclaré que son pays était prêt, mais a noté que les exigences de la Russie n’avaient pas changé et qu’il n’accepterait aucun ultimatum. Aucune des deux parties n’a indiqué où les pourparlers pourraient avoir lieu.

Alors que la guerre se prolonge, la Russie se retrouve de plus en plus isolée, assaillie par les sanctions qui ont plongé son économie dans la tourmente et laissé le pays pratiquement sans amis, à l’exception de quelques nations comme la Chine, le Bélarus et la Corée du Nord. La principale banque russe Sberbank a annoncé mercredi qu’elle se retirait des marchés européens dans le contexte du durcissement des sanctions occidentales.

À Washington, M. Biden a profité de son premier discours sur l’état de l’Union mardi pour souligner la détermination d’une alliance occidentale revigorée qui a travaillé pour réarmer l’armée ukrainienne et adopter ces sanctions sévères.

«Tout au long de notre histoire, nous avons appris cette leçon – lorsque les dictateurs ne paient pas le prix de leur agression, ils provoquent plus de chaos, a déclaré M. Biden. Ils continuent de sévir. Et les coûts et les menaces pour l’Amérique et le monde ne cessent d’augmenter.»

Pendant que M. Biden parlait, un convoi long de 65 kilomètres et composé de centaines de chars russes et d’autres véhicules avançait lentement sur Kyiv, la capitale de près de 3 millions d’habitants, dans ce que l’Occident craignait d’être une tentative du président russe Vladimir Poutine de renverser le gouvernement pour installer un régime favorable au Kremlin.

Les forces d’invasion ont également poussé leur assaut sur d’autres villes et cités. Le ministère britannique de la Défense a déclaré que Kharkiv et le port stratégique de Marioupol étaient encerclés par les forces russes et que les troupes se sont déplacées vers le centre d’une troisième ville, Kherson. Le ministère russe de la Défense a déclaré qu’il s’était emparé de Kherson, bien que le maire de la ville ait nié que la Russie en ait pris le contrôle total.

L’Agence internationale de l’énergie atomique basée à Vienne, l’organisme de surveillance nucléaire des Nations Unies, a révélé avoir reçu une lettre de la Russie indiquant que son armée avait pris le contrôle de la plus grande centrale nucléaire d’Ukraine. Selon la lettre, le personnel de la centrale a poursuivi son «travail sur la sécurité nucléaire et la surveillance des radiations en mode de fonctionnement normal», et «les niveaux de radiation restent normaux».

La Russie a déjà pris le contrôle de la centrale nucléaire déclassée de Tchernobyl, théâtre de la pire catastrophe nucléaire au monde en 1986.

L’AIEA dit avoir reçu une demande de l’Ukraine pour «fournir une assistance immédiate dans la coordination des activités liées à la sécurité» de Tchernobyl et d’autres sites.

De nombreux experts militaires craignent que la Russie ne change de tactique. La stratégie de Moscou en Tchétchénie et en Syrie consistait à utiliser l’artillerie et les bombardements aériens pour pulvériser les villes et écraser la détermination des combattants.

Le ministère britannique de la Défense a déclaré avoir constaté une augmentation des frappes aériennes et d’artillerie russes sur les zones urbaines peuplées au cours des deux derniers jours. Le groupe new-yorkais de défense des droits de la personne Human Rights Watch a indiqué avoir documenté une attaque à la bombe à fragmentation devant un hôpital dans l’est de l’Ukraine ces derniers jours. Les habitants ont également signalé l’utilisation de telles armes à Kharkiv et dans le village de Kiyanka. Le Kremlin a nié avoir utilisé des bombes à fragmentation.

Les bombes à fragmentation tirent de plus petites «bombettes» sur une vaste zone, dont plusieurs qui n’explosent que longtemps après avoir été larguées. Si leur utilisation est confirmée, cela représenterait un nouveau niveau de brutalité dans la guerre.

Dans la ville portuaire méridionale de Marioupol, le maire a déclaré mercredi matin que les attaques avaient été implacables.

«Nous ne pouvons même pas sortir les blessés des rues, des maisons et des appartements aujourd’hui, puisque les bombardements ne s’arrêtent pas», a déclaré le maire de Marioupol, Vadym Boychenko, cité par l’agence de presse Interfax.

M. Boychenko a qualifié les actions de la Russie de «génocide» – en utilisant le même mot que M. Poutine a utilisé pour justifier l’invasion.

Mardi, Moscou a proféré de nouvelles menaces d’escalade, quelques jours après avoir évoqué le spectre d’une guerre nucléaire. Un haut responsable du Kremlin a averti que la «guerre économique» de l’Occident contre la Russie pourrait se transformer en une «vraie».

La Russie a imputé le conflit aux menaces occidentales à la sécurité de la Russie, et M. Peskov, le porte-parole du Kremlin, a déclaré que Moscou étudiait des contre-sanctions contre les «pays hostiles». Il n’a pas précisé ce que le régime russe pourrait cibler.

M. Peskov a reconnu que les sanctions économiques mondiales frappant la Russie et les Russes étaient désormais «sans précédent», mais a déclaré que Moscou était prête à toutes sortes de sanctions et que les dommages potentiels avaient été pris en compte avant de lancer l’invasion.

«Nous avons de l’expérience dans ce domaine. Nous avons traversé plusieurs crises», a-t-il déclaré.

Le ministère ukrainien de la Défense a déclaré qu’il avait des preuves que le Bélarus, un allié de la Russie, se préparait à envoyer des troupes en Ukraine. Un communiqué du ministère publié tôt mercredi sur Facebook indique que les troupes biélorusses ont été mises en état de préparation au combat et sont concentrées près de la frontière nord de l’Ukraine. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a déclaré que son pays n’envisageait pas de se joindre aux combats.