Un adorateur du tueur de Polytechnique à nouveau arrêté

MONTRÉAL — Un blogueur faisant l’apologie de l’auteur de la tuerie de Polytechnique a été arrêté de nouveau, jeudi, à la veille du 30e anniversaire de cet attentat antiféministe.

Le Service de police de la Ville de Montréal rapporte que Jean-Claude Rochefort a comparu vendredi au palais de justice de Montréal pour répondre à des accusations d’avoir fomenté la haine envers les femmes.

À la suite d’un signalement du public, au début du mois de septembre, des enquêteurs ont retracé jusqu’à lui des textes «inquiétants», qu’il publiait sous le couvert d’un pseudonyme.

Une enquête «de longue haleine» a été nécessaire pour démontrer une certaine urgence d’agir et obtenir les renseignements nécessaires à son arrestation auprès de fournisseurs de services internet, a expliqué l’agent Manuel Couture, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«La crainte qu’avaient les enquêteurs, c’est que des gens lisent ce blogue et décident eux aussi de faire l’apologie de Marc Lépine et de recréer un événement semblable pendant la commémoration», a-t-il précisé.

Le septuagénaire a été épinglé à son domicile à Montréal, où les policiers ont mené une perquisition lors de laquelle du matériel informatique a été saisi. Il demeurera détenu jusqu’à la tenue de son enquête sur remise en liberté provisoire, prévue lundi.

Jean-Claude Rochefort avait déjà été traduit en justice pour incitation à la haine, il y a dix ans, mais l’accusation avait été rejetée puisque la cour ne considérait pas qu’elle pouvait s’appliquer aux femmes en général. Le Code criminel a depuis été modifié pour étendre la protection contre la propagande haineuse à toute section du public qui se différencie par son sexe, ou encore par l’identité ou l’expression de genre.

Mélissa Blais, professeure associée à l’Institut de recherches et d’études féministes à l’UQÀM, compte parmi ceux qui avaient signalé la dangerosité de ses propos à l’époque.

Elle invite les autorités à prendre au sérieux ce phénomène d’«héroïsation» des tueurs antiféministes, présentés comme «des modèles à reproduire» sur certaines plateformes.

L’arrestation de Jean-Claude Rochefort constitue à ses yeux l’occasion de «faire le bilan des préjugés à l’endroit du mouvement féministe», d’en défendre la pertinence et de mieux en protéger les militantes.

«La peur est présente, mais ce n’est pas un jeu de l’esprit puisque les féministes sont bel et bien la cible d’hommes qui désirent en finir avec le féminisme», fait valoir celle qui y voit néanmoins «un moteur d’action». 

«Les commémorations de Polytechnique sont un bel exemple de ces moments où les féministes, malgré les menaces de mort, disent qu’il ne faut jamais lâcher et surtout, penser à celles qui n’ont pas l’occasion de défendre leurs droits», souligne Mélissa Blais, en évoquant les communautés plus marginalisées «qui vont se trouver au croisement de discours haineux», comme les femmes autochtones, les femmes trans et les femmes racisées.

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