Un animal domestique peut être bénéfique pour briser l’isolement en confinement

MONTRÉAL — Il y a bel et bien une manière de briser l’isolement en période de confinement sans briser la loi.

Certes, les moyens technologiques de garder le contact avec ses semblables sont désormais multiples, mais personne ne prétendra que ces échanges virtuels sont l’équivalent d’un contact physique, dont l’absence peut être éprouvante particulièrement pour les personnes vivant seules.

Or, c’est là que Minou et Pitou et même Némo peuvent venir à la rescousse.

Catherine Amiot, professeur en psychologie sociale à l’UQAM, étudie depuis plusieurs années les relations humains-animaux: «On peut penser qu’en contexte de pandémie et de confinement, la capacité des animaux domestiques pour certaines personnes à diminuer le stress, à sécréter des hormones plus calmantes, ça pourrait être particulièrement fort et activé».

Certaines études — mais pas toutes, avertit-elle — démontrent en effet que «la présence des animaux domestiques peut favoriser la sécrétion d’une hormone, l’ocytocine, qui est associée au comportement de soin, d’attachement et qui fait en sorte que les gens vont se sentir bien».

Le meilleur ami de l’humain confiné

«Aussi, on sait que les animaux domestiques facilitent les liens entre humains, poursuit-elle. Évidemment, on peut moins en profiter en contexte de pandémie, mais il reste que quand les gens se croisent dans la rue avec leurs chiens, ils peuvent quand même se dire bonjour, se parler à distance. À l’intérieur de la famille aussi, l’animal peut susciter des discussions entre les gens ou amener les gens à prendre soin ensemble d’un animal.»

À cela s’ajoute le fait que la recherche sur les chiens a démontré que «le fait de sortir dehors, de faire l’exercice avec le chien, ça contribue aussi au bien-être psychologique».

Certaines études font aussi état d’une diminution mesurable du stress lorsque les sujets étaient accompagnés d’un animal domestique en situation d’examen oral. Fait à noter, la diminution de stress — mesurée avec des facteurs tels le pouls, la tension artérielle, etc. — était plus grande en présence d’animaux domestiques qu’en présence des conjoints. L’histoire ne dit pas, cependant, si l’on avait analysé la nature des relations conjugales impliquées.

Mme Amiot souligne à cet effet que «la situation dans laquelle on se trouve est très stressante. Il y a beaucoup d’incertitude et c’est comme si, à ce moment-là, les animaux domestiques pourraient diminuer le stress aigu, pourraient nous donner un certain réconfort aussi.»

«Même les poissons peuvent calmer, ajoute la chercheure. Il y a eu des études faites, par exemple, dans les bureaux de dentistes qui montraient que le fait d’avoir un aquarium dans la salle d’attente pouvait calmer les gens dans ce contexte.»

«Pas une panacée»

Catherine Amiot prévient cependant que rien n’est absolu en telle matière: «Avoir un animal domestique n’est pas toujours associé à plus de bien-être ou de santé. Dans certaines études, oui, les gens qui ont des animaux domestiques sont en meilleure santé, ont un meilleur bien-être que ceux qui n’en ont pas, mais dans d’autres études ce n’est pas le cas et pour certaines personnes, ce n’est pas toujours nécessairement associé de façon uniforme à plus de santé ou de bien-être chez les humains».

«Sur la base des recherches menées jusqu’à maintenant, la relation avec un animal domestique n’est pas une panacée. Certaines personnes ne retirent pas ces bienfaits en présence d’animaux domestiques. Il faut voir comment on peut organiser la relation pour que ce soit bénéfique.»

Ruée vers le poil

Sans surprise, de nombreux Québécois, voyant venir une forme de confinement avant que celui-ci ne prenne l’ampleur que l’on connaît, ont voulu se trouver un compagnon pour briser l’isolement.

Les refuges d’animaux ont ainsi été submergés de demandes d’adoption — qui implique un engagement à vie comme son nom l’indique — et d’offres de famille d’accueil, une solution intermédiaire qui consiste à prendre l’animal chez soi de manière temporaire.

«Dans les premiers jours de la pandémie, alors qu’on annonçait la fermeture des écoles, mais qu’on n’était pas encore au confinement maximum, on a vu le nombre de demandes tripler pour être famille d’accueil», raconte la directrice générale de la SPCA de Montréal, Élise Desaulniers.

«Et même au refuge, où les gens se présentent pour adopter des animaux, les jours de semaine ressemblaient à des jours de week-end. Il y avait des files d’attente, alors que le mois de mars est habituellement assez calme chez nous. Il y avait deux, trois, quatre fois plus de demandes qu’à la même période l’an dernier ou qu’avant la pandémie.»

«Les gens se disaient: les enfants vont être à la maison pour une période de temps. On cherche quelque chose pour les occuper. Aussi, plusieurs personnes nous ont dit que ça faisait longtemps qu’elles voulaient adopter un chat, un chien ou un lapin, qu’on n’avait jamais le temps et là, je pense qu’on va avoir le temps dans les prochaines semaines».

«C’est sûr que l’idée d’être enfermé chez soi pendant plusieurs semaines est beaucoup moins triste si on sait qu’on va avoir un compagnon non humain pour nous tenir compagnie. Je pense qu’il y a plein de gens qui cherchaient à rompre l’isolement avec un nouveau ‘coloc’ à poil ou à plumes!»

Un changement de nom «juste à temps»

Même son de cloche chez Proanima, un grand refuge situé à Boucherville sur la rive-sud.

«On a au moins doublé sinon triplé le nombre de familles d’accueil qu’on a dans notre banque régulière. Il y en a même pour lesquelles on n’avait pas d’animaux disponibles à la fin», explique la directrice générale de l’établissement, Anny Kirouac.

«On n’a pas manqué d’animaux, mais on a manqué d’animaux qui pouvaient être placés en famille d’accueil! Je crois que ça ne nous est jamais arrivé dans le passé.»

Jusqu’à tout récemment, Proanima s’appelait le Service animalier de la Rive-Sud et était connu par son acronyme de SARS, soit l’acronyme anglais du SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère, soit le fameux coronavirus qui avait été à l’origine de la pandémie de 2002-2003: «On n’avait pas de boule de cristal, mais on a changé en septembre 2019. On était juste à temps! Ce n’était pas la seule raison, mais c’en était une parce que je vivais à Toronto durant l’épisode du SARS en anglais, donc du SRAS, et je n’aimais pas trop notre acronyme pour cette raison-là!», s’exclame-t-elle en riant.

Adopter au temps du coronavirus

La pandémie a évidemment grandement modifié les façons de faire. Les refuges ont beaucoup moins d’animaux disponibles, puisqu’ils n’accueillent plus que les cas en situation d’urgence, mais ils en ont quand même. Et le personnel sur place a été réduit au maximum pour respecter la distanciation sociale tout en continuant de s’occuper des animaux qui restent.

«C’est encore tout à fait possible d’adopter un animal chez nous, précise Élise Desaulniers de la SPCA. Par contre, les procédures sont un petit peu plus longues que d’habitude, un peu plus complexes pour protéger notre personnel et le public. Il faut aller sur le site web où les animaux disponibles sont affichés, remplir un formulaire et une employée va par la suite contacter les personnes pour fixer un rendez-vous.»

«On continue d’avoir des adoptions parce qu’il faut que les animaux sortent au même rythme qu’ils entrent», fait-elle valoir.

Chez Proanima, on a cessé les adoptions temporairement, mais la donne est sur le point de changer affirme Anny Kirouac: «On est en train de voir comment on peut débuter des adoptions de façon virtuelle. La nouvelle mode maintenant c’est de faire des adoptions par vidéoconférence pour que les gens puissent quand même voir et obtenir toute l’information sur les animaux et qu’on puisse aller leur porter à domicile pour que l’échange se fasse à l’extérieur et pour qu’il n’y ait pas de contact humain.»

Il en va de même pour les familles d’accueil, ajoute-t-elle: «On a toujours des demandes à l’heure où on se parle aujourd’hui. Les gens peuvent toujours aller s’inscrire sur notre site web sous l’onglet famille d’accueil. Ça peut être pour la durée de la COVID, mais on en a toujours besoin, ce qui fait que ça peut être pour après aussi.»

Même chose du côté de la SPCA, dit Mme Desaulniers, qui précise toutefois qu’il y a maintenant une liste d’attente pour les familles d’accueil, de sorte qu’on les oriente ailleurs: «Les gens qui nous appellent, qui nous écrivent, on les renvoie souvent sur des groupes Facebook qui font des pairages ou des sites web qui font la même chose.»

Appel à la compassion des propriétaires

Élise Desaulniers ne cache pas toutefois qu’elle entrevoit l’arrivée du premier juillet avec énormément d’appréhension.

«La pointe d’été est toujours une période apocalyptique chez nous et tout nous laisse croire que ça va être encore pire cette année. Déjà que les familles ont du mal à se trouver un logement avec des animaux et que c’est de plus en plus difficile d’année en année avec la pénurie de logements. Avec la situation actuelle, ça risque d’être encore pire.»

La SPCA doit incessamment lancer une campagne de sensibilisation pour demander aux propriétaires «de faire preuve d’un peu de compassion et d’un peu plus d’ouverture et d’accepter les gens, les familles, qui ont des animaux. On est vraiment dans une période où il faut faire preuve d’un peu plus de compassion que d’habitude parce que nous, dans nos refuges, alors qu’on fonctionne avec un personnel réduit, avec une capacité limitée, on ne pourra pas prendre tous ces animaux que l’on prenait par les années passées.»

Coup de coeur coûteux pour l’animal?

Catherine Amiot a entamé à l’automne dernier une recherche auprès de plusieurs SPCA afin de suivre les nouveaux adoptants, recherche qui se poursuit dans le cadre de la pandémie actuelle et elle ne cache pas sa grande curiosité sur l’impact qu’aura la situation et sur les suites de ces adoptions massives.

«Les animaux domestiques ont aussi des besoins et quand on les adopte, oui ils vont nous apporter quelque chose, ils vont contribuer à notre bien-être à certains niveaux, pour l’exercice, la réduction du stress, mais en même temps il faut tenir compte du fait que ce sont des êtres vivants qui ont leurs propres besoins aussi. Aussi, il faut se poser la question: quand le confinement sera terminé, est-ce qu’on va avoir les ressources, le temps, l’énergie pour prendre soin de cet animal? À moyen et à long terme, une fois la routine revenue, est-ce que les gens vont vraiment avoir la motivation pour continuer de prendre soin des besoins de l’animal?»

Selon elle, choisir la voie de la famille d’accueil, une situation temporaire, peut s’avérer une solution idéale en cas d’incertitude.

Anny Kirouac, de son côté, se montre très confiante: «C’est sûr que des moments comme ceux que nous vivons nous font réaliser à quel point un animal nous apporte beaucoup au quotidien en termes de compagnie, d’amour, de distraction, mais dans notre processus d’adoption le fait que l’adoption d’un animal ce n’est pas temporaire est toujours au coeur de la discussion. C’est important d’y avoir réfléchi pas juste pour la crise du COVID ou la quatorzaine ou la quarantaine, mais bien à long terme. On leur dit toujours qu’adopter c’est pour la vie.»

«C’est très très rare qu’on ait des retours d’adoption», conclut-elle, ajoutant qu’au contraire, «les familles d’accueil, au départ, c’est souvent prévu comme étant temporaire, mais les gens s’attachent à l’animal après avoir cohabité avec lui pendant quelques semaines et ils finissent par les adopter.»

«Beaucoup de familles d’accueil se sont proposées pour offrir leur aide durant la crise parce qu’elles avaient du temps à la maison, mais je pense qu’il y en a plusieurs qui vont être surprises à découvrir à quel point la relation avec l’animal est intéressante et qui vont se trouver l’énergie pour continuer la relation par la suite. C’est ce qu’on leur souhaite.»